Je me suis redressée d’un bond.
Harold était déjà debout. Il a posé un doigt sur ses lèvres, comme pour me demander de ne pas intervenir tout de suite.
Un deuxième cri a retenti.
— HAROLD ! VIENS ICI IMMÉDIATEMENT !
Il a regardé l’horloge du salon.
— Voilà. Elle a trouvé.
— Trouvé quoi ? ai-je demandé, le cœur battant.
Il m’a entraînée vers l’escalier. En arrivant à l’étage, nous avons découvert Grace debout dans le couloir, en robe de chambre, les cheveux en bataille. Elle tenait son téléphone à bout de bras et fixait notre chambre, dont la porte avait été remplacée par… un grand miroir.
— Qu’est-ce que c’est que cette horreur ? a-t-elle crié.
Harold a croisé les bras.
— C’est une porte.
— Ce n’est pas une porte ! C’est un miroir ! Et pourquoi est-ce que je ne peux pas entrer ?
Il a désigné le petit panneau fixé sur le mur à côté du miroir. On pouvait y lire :
« Chambre conjugale — espace privé. Accès réservé à ses occupants. »
Grace a rougi de colère.
— Tu te moques de moi ? Je suis ta mère !
— Justement, maman. Tu m’as souvent expliqué que tu avais le droit d’entrer partout parce que tu étais ma mère. Alors j’ai voulu te montrer ce que cela donnerait si nous appliquions ta logique à toute la maison.
Elle a cligné des yeux.
Harold a poursuivi :
— Tu as retiré notre porte sans notre accord. Tu as donc perdu le droit d’utiliser cette chambre comme si elle t’appartenait. À partir de maintenant, elle reste fermée.
J’ai regardé le miroir. Il était fixé sur un panneau solide, installé à la place de l’ancienne porte. Harold avait simplement fait poser un système de fermeture de l’autre côté, avec une serrure que nous seuls pouvions ouvrir.
— Tu as fait ça pendant que j’étais en bas ? ai-je murmuré.
— J’avais appelé un menuisier dès que j’ai découvert ce qu’elle avait fait. Il est venu en début de soirée. J’ai aussi récupéré les vis et remis l’ancienne porte dans le garage.
Grace a secoué la tête, incrédule.
— Tu préfères humilier ta mère pour cette femme ?
Harold a répondu sans hausser la voix :
— Non. Je préfère protéger mon mariage et respecter ma femme. Ce sont deux choses que j’aurais dû faire dès le premier jour.
Elle a ouvert la bouche, mais aucun mot n’est sorti.
Puis son regard s’est posé sur moi.
— Tu lui as monté la tête. Depuis qu’il est avec toi, il n’est plus le même.
J’ai senti la colère monter, mais Harold m’a devancée.
— Ne lui parle pas comme ça. C’est notre maison, pas ton territoire. Nous l’avons achetée ensemble, et tu es ici parce que nous t’avons proposé de t’héberger pendant dix jours. Cela ne te donne aucun droit sur nos affaires.
— Je suis ta mère !
— Et je suis ton fils. Cela ne signifie pas que je dois accepter que tu détruises mes limites.
Grace a finalement baissé les yeux vers le miroir. Elle semblait surtout furieuse de ne plus pouvoir imposer sa présence dans notre intimité.
— Je n’ai fait que retirer une porte, a-t-elle marmonné.
— Tu as retiré une porte qui ne t’appartenait pas, ai-je répondu. Tu as fouillé dans nos affaires et tu es entrée dans notre chambre sans permission. Ce n’est pas un malentendu. C’est une intrusion.
Harold a posé une main sur mon épaule.
— Maman, nous allons te trouver une autre solution pour ton logement. Mais tu ne peux plus rester ici.
Grace a éclaté en sanglots.
Elle a parlé de son appartement inondé, de ses meubles abîmés, de tout ce qu’elle avait perdu. Pendant quelques minutes, elle a essayé de transformer notre décision en une cruauté impardonnable.
Harold ne s’est pas laissé détourner.
— Nous allons t’aider à contacter ton assurance et à trouver un hébergement temporaire. Mais tu ne dormiras plus ici.
Le lendemain matin, il a tenu parole. Il a appelé l’assurance de Grace, l’a aidée à organiser une visite de son appartement et a réservé une chambre dans une résidence temporaire proche de chez elle. Il a même proposé de payer les premiers jours, le temps que son dossier soit traité.
Mais il n’a pas retiré sa décision.
Avant de partir, Grace s’est arrêtée devant notre chambre. Elle a fixé le miroir avec une expression amère.
— Tu vas vraiment laisser cette porte comme ça ?
Harold a répondu :
— Non. Nous remettrons une vraie porte. Mais cette fois, elle aura une serrure et nous garderons les clés.
Elle est partie sans répondre.