Claire relut le message de Thomas trois fois.
« Julien est tombé dans l’escalier. Les pompiers l’emmènent aux urgences. »
Malgré la colère, malgré les humiliations de ces derniers jours, son premier réflexe fut de rappeler.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
La voix de Thomas tremblait.
— Il a voulu redescendre chercher son portefeuille dans la voiture. Il a raté une marche. Il s’est cogné la tête et il se plaint de la jambe. Claire, viens, s’il te plaît. Je ne sais pas quoi faire.
Claire ferma les yeux quelques secondes.
— Quel hôpital ?
— Édouard-Herriot.
Elle enfila son manteau, prit son sac et sortit. Non pas parce qu’elle avait pardonné à Julien, mais parce qu’elle ne souhaitait pas qu’un homme soit seul face à un accident, même lorsqu’il l’avait profondément blessée.
Aux urgences, elle trouva Thomas dans le couloir, les mains sur la tête. Julien était encore en cours d’examens. Selon les premières informations, il souffrait d’une fracture à la jambe et d’un traumatisme crânien nécessitant une surveillance.
En apercevant Claire, Thomas se précipita vers elle.
— Merci d’être venue. Je savais qu’au fond, tu ne le laisserais pas tomber.
Elle le regarda froidement.
— Ne confonds pas ma présence avec un pardon.
Thomas baissa les yeux.
Quelques minutes plus tard, un médecin vint les informer que Julien était conscient et que son état était stable, mais qu’il devrait rester hospitalisé pour surveillance.
Claire sentit la tension quitter légèrement ses épaules.
Puis Thomas lui tendit le téléphone de Julien.
— Il veut te parler.
Elle hésita avant de le prendre.
— Claire ? murmura Julien d’une voix faible.
— Je suis là. Le médecin dit que tu es stable.
— Tu vois… tu es quand même venue.
Même à l’hôpital, il trouvait le moyen de transformer sa présence en preuve qu’il avait raison.
— Je suis venue parce que tu as eu un accident, Julien. Pas parce que ce qui s’est passé entre nous n’a aucune importance.
Un silence s’installa.
— Tu peux venir me chercher quand ils me laisseront sortir ? Je ne peux pas rester seul.
Claire regarda Thomas, qui faisait semblant de ne pas écouter.
— On organisera ton retour. Mais tu ne reviendras pas vivre chez moi comme si rien ne s’était passé.
Julien ne répondit pas.
Le lendemain matin, alors qu’elle était rentrée chez elle, Claire reçut un appel de sa banque. Une conseillère souhaitait vérifier une opération récente liée à leur compte commun. Claire expliqua qu’elle n’avait pas autorisé les dépenses effectuées par Julien et demanda la liste détaillée des mouvements.
En consultant les relevés, elle découvrit quelque chose de plus inquiétant encore.
Les 12 000 euros n’avaient pas tous servi au voyage. Une partie avait été transférée, quelques jours auparavant, vers un compte au nom de Thomas. Plusieurs paiements avaient également été effectués auprès d’un organisme de crédit.
Claire appela immédiatement la banque pour signaler les opérations qu’elle ne reconnaissait pas et demander quelles mesures de protection étaient possibles. Elle conserva les relevés et prit rendez-vous avec un conseiller juridique afin de comprendre ses droits et les conséquences des mouvements effectués sur leur compte commun.
Le soir même, Thomas lui téléphona.
— Il faut que je t’explique quelque chose.
Claire ne répondit pas.
— Julien m’avait demandé de lui avancer de l’argent il y a quelques mois. Il avait des dettes que je ne connaissais pas au départ. Il m’a remboursé une partie, puis il m’a proposé de me transférer de l’argent avant le départ. Je pensais que c’était sa part des économies.
— Tu pensais vraiment que cet argent lui appartenait entièrement ?
Thomas resta silencieux.
— Je savais que vous économisiez ensemble, reprit-il enfin. Mais Julien m’a dit que vous étiez d’accord pour qu’il utilise sa part.
— Et tu ne t’es jamais demandé pourquoi il fallait vider le compte pour partir en vacances ?
— Je suis désolé.
Claire sentit une immense fatigue l’envahir.
— Tu aurais pu me poser une seule question. Une seule. Au lieu de profiter d’une situation que tu savais au minimum douteuse.
Elle raccrocha sans attendre de réponse.
Trois jours plus tard, Julien sortit de l’hôpital avec des béquilles. Claire avait accepté de venir le chercher, mais elle l’emmena chez sa sœur, qui avait proposé de l’héberger temporairement.
Avant de descendre de la voiture, Julien se tourna vers elle.
— Tu ne vas vraiment pas me laisser rentrer ?
— Non.
— Après tout ce qu’on a vécu ?
— Justement. Après tout ce qu’on a vécu, tu savais ce que cet argent représentait pour moi. Tu savais que je travaillais pour qu’on puisse terminer les travaux, qu’on puisse vivre plus sereinement. Tu as choisi de le dépenser sans mon accord et de demander à ma mère de nous nourrir à ta place.