Claire ne répondit pas à la question d’Élodie. Elle raccrocha, posa son téléphone sur la table et resta immobile quelques secondes.

« C’est toi qui m’avais juré que Claire était au courant. »

Cette phrase tournait en boucle dans sa tête.

Élodie pouvait mentir pour sauver sa réputation. Mais pourquoi aurait-elle cru que Claire connaissait leur liaison ? Julien lui avait-il raconté une histoire différente ? Ou avait-il utilisé le nom de sa femme pour obtenir quelque chose de plus important qu’un séjour de luxe ?

À 23 h 56, un nouveau message arriva.

« Claire, rappelle-moi. Élodie a mal compris. Je t’expliquerai tout. »

Claire fit une capture d’écran et la transféra à son avocate.

Puis elle répondit simplement :

« Toute explication devra désormais passer par mon avocate. »

Elle éteignit son téléphone.

Mais Julien n’avait aucune intention de la laisser tranquille.

Le secret derrière le voyage

À Dubaï, Julien et Élodie durent quitter l’hôtel après que leur moyen de paiement eut été refusé. Ils réglèrent finalement une partie des frais avec la carte personnelle d’Élodie, puis trouvèrent une chambre dans un établissement beaucoup moins luxueux.

L’humiliation était insupportable pour Julien.

Il avait passé des mois à raconter à Élodie qu’il contrôlait parfaitement ses finances, que Claire lui faisait confiance et que leur mariage n’était plus qu’une formalité. Il lui avait même promis qu’après ce voyage, il pourrait enfin vivre avec elle sans avoir à se cacher.

Mais Élodie commençait à comprendre que l’homme qu’elle croyait connaître n’existait peut-être pas.

— Tu m’avais dit que Claire savait que vous alliez vous séparer, lança-t-elle dans la petite chambre.

— C’est compliqué.

— Tu m’avais aussi dit que la moitié de la maison t’appartenait et que tu pouvais disposer de l’argent comme tu voulais.

Julien se passa les mains sur le visage.

— C’est notre argent.

— Alors pourquoi est-ce qu’elle a pu le bloquer ?

Il ne répondit pas.

Élodie sortit son téléphone et ouvrit un dossier qu’elle conservait depuis plusieurs semaines. Elle y avait enregistré des messages, des documents et des photographies que Julien lui avait envoyés pour la convaincre qu’il était sur le point de quitter sa femme.

L’un de ces documents l’intriguait depuis le début : une copie d’un relevé bancaire sur lequel apparaissait un virement de 24 000 euros vers une société de conseil dont elle ne connaissait pas les dirigeants.

Julien lui avait expliqué qu’il s’agissait d’un investissement professionnel.

Pourtant, lorsqu’elle avait posé des questions, il avait changé de sujet.

— Qu’est-ce que tu m’as caché ? demanda-t-elle.

— Rien qui te concerne.

Élodie se leva.

— Tu m’as fait quitter mon appartement pour venir ici. Tu m’as promis que tout était réglé. Et maintenant, tu me dis que ce n’est pas mon problème ?

Elle prit son sac.

— À partir de maintenant, tu te débrouilles tout seul.

Elle quitta la chambre et réserva un vol de retour pour Lyon.

Julien resta seul avec ses mensonges.

Le compte qui n’aurait jamais dû exister

Le lendemain matin, Claire retrouva Maître Delmas dans son cabinet.

L’avocate avait examiné les premiers documents qu’elle lui avait transmis.

— Il y a quelque chose que nous devons vérifier, dit-elle. Les dépenses liées au voyage sont une chose. Mais certains mouvements bancaires méritent une analyse plus approfondie.

Elle posa devant Claire une liste de virements.

Plusieurs transferts avaient été effectués depuis le compte joint vers une société appelée JR Conseil, créée dix-huit mois plus tôt. Les sommes étaient irrégulières, mais leur total dépassait 70 000 euros.

— Julien m’a toujours dit qu’il réinvestissait les bénéfices de son entreprise, murmura Claire.

— Cette société semble distincte de son activité principale. Nous devons déterminer à qui elle appartient, pourquoi ces transferts ont été effectués et si vous avez autorisé certaines opérations.

Claire se souvint alors d’une conversation datant de l’année précédente. Julien lui avait demandé de signer plusieurs documents qu’il présentait comme des formalités liées à leur déclaration fiscale.

Elle avait signé sans tout relire.

Cette fois, elle ne chercha pas à deviner. Elle demanda les copies complètes des documents concernés et sollicita un examen juridique indépendant.

Deux jours plus tard, l’avocate la rappela.

— Claire, votre signature apparaît sur un engagement de garantie lié à un emprunt professionnel. Mais le document comporte également une annexe que vous affirmez n’avoir jamais vue.

Claire sentit son ventre se nouer.

— Quelle annexe ?

— Une autorisation permettant à la société emprunteuse de présenter certains éléments de votre patrimoine comme justificatifs de solvabilité. Nous devons faire vérifier la validité de cet engagement et les circonstances dans lesquelles il a été signé.

L’argent du voyage n’était peut-être qu’une petite partie du problème.

Julien avait pu engager son nom dans des opérations financières sans qu’elle en comprenne réellement la portée.