Je relus cette dernière phrase plusieurs fois.

Dis simplement que tu as fait le virement.

Ce n’était pas une demande d’aide. C’était une tentative de me faire porter la responsabilité d’un acte dont il savait que je n’étais pas l’auteure.

Je fis des captures d’écran et les transmis à l’enquêtrice.

Puis je m’assis dans la cuisine, sans allumer la lumière.

Pendant onze ans, j’avais défendu Bastien devant sa mère, mes amis et mes collègues. Lorsqu’il traversait des difficultés financières, j’avais accepté de réduire nos dépenses. Lorsqu’il rentrait furieux du garage, je lui préparais un repas et j’attendais qu’il se calme. Je m’étais convaincue que les périodes difficiles révélaient le pire de chacun, mais qu’elles finissaient toujours par passer.

Je n’avais jamais compris que, pour lui, ma patience était devenue une permission.

Le lendemain matin, l’hôpital m’appela.

Monique souhaitait me voir.

J’hésitai quelques secondes, puis j’acceptai.

Elle était assise dans son lit, le visage pâle, les mains posées sur une couverture. Lorsqu’elle m’aperçut, ses yeux se remplirent de larmes.

— Maud… Pardonne-moi.

Je m’approchai et pris sa main.

— Vous n’avez pas à me demander pardon. Je veux seulement comprendre ce qui se passe.

Elle regarda la porte avant de parler.

— Bastien est venu me voir hier matin. Il m’a dit que tu avais pris de l’argent sur mon compte et que tu voulais me faire signer d’autres papiers. Il m’a demandé de retirer ma plainte.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Il vous a dit que c’était moi ?

Elle hocha la tête.

— Mais je savais que ce n’était pas vrai. J’avais vérifié les relevés. Le virement de quarante-trois mille huit cents euros avait été effectué avant que tu ne règles les frais de ma convalescence. Et je n’avais jamais autorisé cette somme.

— Pourquoi ne m’avez-vous rien dit ?

Monique détourna les yeux.

— Parce que j’avais honte. Et parce que j’ai longtemps refusé de croire que mon propre fils puisse me voler.

Sa voix se brisa.

Elle m’expliqua qu’elle avait découvert, plusieurs mois plus tôt, des retraits qu’elle ne reconnaissait pas. Au départ, il s’agissait de petites sommes. Elle avait pensé à une erreur de la banque. Puis elle avait remarqué des paiements liés à des dettes professionnelles de Bastien.

Elle l’avait confronté.

Il lui avait promis de rembourser.

Mais les opérations avaient continué.

— J’ai fait modifier mes accès bancaires, poursuivit-elle. J’ai demandé la révocation de sa procuration. Je pensais que cela suffirait. Puis, à l’hôpital, j’ai appris qu’un nouveau virement avait été effectué avec une autorisation portant ton nom.

Je serrai doucement sa main.

— Il a utilisé mon identité pour me faire accuser.

— Je le crains.

Monique inspira profondément avant de poursuivre.

— Il y a autre chose. Quelques jours avant mon hospitalisation, Bastien m’a apporté des documents en me disant qu’il s’agissait de formulaires pour organiser mon retour à domicile. Il voulait que je signe rapidement. J’ai refusé parce que je n’avais pas pu les lire correctement. Je les ai gardés dans mon tiroir.

— Où sont-ils maintenant ?

— Chez moi. Dans le secrétaire, sous les enveloppes d’assurance.

Elle me regarda droit dans les yeux.

— Je veux que les enquêteurs les récupèrent. Je ne veux plus protéger mon fils au détriment de la vérité.

Je restai auprès d’elle une heure supplémentaire. Avant de partir, je lui promis de transmettre l’information aux enquêteurs, mais je lui demandai de ne plus affronter Bastien seule.

En quittant l’hôpital, je ressentis une douleur étrange. Je n’étais pas seulement en colère contre mon mari. Je pleurais aussi la famille que j’avais cru avoir.

Deux jours plus tard, les enquêteurs me convoquèrent de nouveau.

Ils avaient récupéré les documents de Monique et examiné les premières données bancaires. Plusieurs éléments concordaient : la somme de quarante-trois mille huit cents euros avait été transférée vers un compte professionnel lié au garage de Bastien, alors que celui-ci traversait une grave crise de trésorerie.

Mais le détail le plus accablant se trouvait dans un dossier électronique.

Une copie de ma pièce d’identité y était jointe, ainsi qu’un ordre de virement portant ma fausse signature. Le document avait été créé depuis un ordinateur utilisé au garage, plusieurs jours avant que je ne règle les frais de convalescence de Monique.

Mon nom avait donc été placé sur les papiers avant même que Bastien ne m’accuse.

Il n’avait pas improvisé un mensonge sous l’effet de la panique. Il avait préparé une version des faits dans laquelle je deviendrais la coupable idéale : l’épouse qui avait accès aux factures, qui s’occupait de sa belle-mère et qui avait effectué un virement parfaitement légitime de douze mille huit cents euros.

Il comptait mélanger cette opération à la fraude, puis prétendre que j’avais profité de la confiance de Monique.