Élise ne répondit pas tout de suite à sa belle-mère.
Elle regarda Thomas, puis Monique, puis Gérard, qui s’était arrêté au milieu du couloir, sa boîte de médicaments serrée contre lui.
— Vous pensiez vraiment que j’allais mettre ma maison à vos deux noms ? demanda-t-elle.
Monique croisa les bras.
— Thomas nous a expliqué que c’était prévu. Il nous a dit que tu avais accepté, mais que tu voulais attendre le bon moment pour les papiers.
Élise sentit une boule se former dans sa gorge.
Depuis trois ans, elle avait cru construire un mariage avec un homme qui respectait son indépendance. Elle découvrait qu’il avait peut-être utilisé cette indépendance comme une réserve d’argent et de garanties sur laquelle sa famille pouvait compter.
— Je n’ai jamais accepté ça, dit-elle.
Thomas tenta de sourire.
— Maman a mal compris. On en a parlé entre nous, c’est tout.
— Non, Thomas, répondit Monique. Tu m’as dit que la maison deviendrait notre sécurité. Tu as même parlé d’une signature avant la fin de l’année.
L’avocate d’Élise, Maître Delmas, sortit un carnet de son sac.
— Puisque nous sommes tous réunis, je vous propose de clarifier les faits. Mais je précise une chose : nous ne signerons rien aujourd’hui. Madame Élise est venue récupérer l’accès à son domicile et comprendre les engagements qui auraient été pris en son nom.
Thomas se raidit.
— Vous n’avez pas à intervenir dans notre couple.
— Votre épouse m’a mandatée pour défendre ses intérêts, répondit calmement l’avocate. Et le fait que vous soyez mariés ne vous donne pas automatiquement le droit de disposer seul de son bien immobilier.
Cette phrase sembla faire tomber quelque chose dans la pièce.
Monique se tourna vers son fils.
— Thomas, qu’est-ce que tu as fait ?
Il ne répondit pas.
Et ce silence fut le début de la vérité.
1. Les 32 000 euros n’étaient pas destinés à aider Gérard
Élise posa sur la table les photographies des documents qu’elle avait prises la veille.
Elle reprit chaque ligne du devis. Une chambre à rénover, des meubles, une télévision, une voiture d’occasion, plusieurs factures anciennes et une somme importante présentée comme une aide aux parents.
— Gérard, demanda-t-elle doucement, avez-vous demandé qu’on achète tout cela ?
Le vieil homme secoua lentement la tête.
— Je voulais seulement un logement sans escaliers. Monique m’a dit que nous allions vivre ici parce que Thomas avait tout arrangé.
— Et les 32 000 euros ?
— Je n’en ai jamais parlé.
Monique pâlit.
Elle prit le dossier et parcourut les feuilles.
— Thomas, tu m’avais dit que cette somme servirait à régler les frais de notre installation et à rembourser ce que nous devions.
— C’est exactement ce que j’ai dit, répondit-il.
— Non. Tu m’as dit que tu avais déjà trouvé une solution.
Élise remarqua alors plusieurs lignes qu’elle n’avait pas comprises la veille : des remboursements de crédits, des pénalités de retard et des paiements adressés à une société de financement.
Elle regarda son mari.
— Ce n’est pas un budget pour tes parents. Ce sont tes dettes.
Thomas se passa une main sur le visage.
— J’ai eu des problèmes avec plusieurs dossiers professionnels. Des clients ont payé en retard. J’ai pris de l’argent pour tenir le coup, et maintenant les échéances s’accumulent.
— Combien dois-tu réellement ?
— Ça ne te regarde pas.
Maître Delmas intervint :
— Si vous demandez à votre épouse de financer ces dettes, elle a le droit de connaître leur nature et leur montant. Elle n’a aucune obligation de les accepter sans examen.
Thomas se tourna vers Élise.
— Je voulais juste éviter que mes parents se retrouvent à la rue. Tu aurais pu faire un effort.
— Quel effort ? demanda-t-elle. Payer des factures que tu m’as cachées, accueillir tes parents sans me consulter et te laisser décider de ce que je dois faire de ma maison ?
— Tu as toujours eu plus d’argent que moi !
— J’ai travaillé pour l’avoir. Et j’ai acheté cette maison avant même de te connaître.
Il détourna le regard.
Monique, qui jusque-là avait défendu son fils, posa soudain la chemise cartonnée sur la table.
— Tu nous as donc fait croire que cette maison était déjà à moitié à toi ?
Thomas ne répondit pas.
Gérard s’assit lentement.
— Mon fils, dis-moi que tu n’as pas menti à ta femme pour nous faire entrer ici.
Thomas resta immobile.
Et, pour la première fois, ses parents comprirent qu’ils n’étaient peut-être pas les bénéficiaires d’un projet familial, mais les instruments d’un projet dont ils ignoraient tout.
2. La promesse faite aux parents
Maître Delmas demanda à Thomas de préciser ce qu’il avait annoncé à ses parents au sujet de la maison.