J’ai pris une profonde inspiration.
—Non, Marc. J’ai besoin de te parler de Chloé et de Julien. Mais je voudrais que tu sois assis avant que je t’explique.
Il est arrivé une heure plus tard.
Claire lui a ouvert la porte. Elle avait les yeux rougis.
Dès qu’il a vu nos visages, il a compris que quelque chose de grave s’était produit.
Je lui ai raconté ce que j’avais découvert à l’hôtel, sans embellir les faits. Puis je lui ai montré les relevés bancaires.
Marc est resté immobile devant les documents.
—Chloé m’a dit qu’elle avait trouvé un emploi mieux payé, a-t-il murmuré. Elle prétendait avoir remboursé toutes ses dettes.
—Je lui ai prêté 600 euros, ai-je répondu. Elle m’a dit qu’elle n’arrivait pas à payer son dépôt de garantie.
Marc a fermé les yeux.
—Je lui ai aussi avancé de l’argent l’année dernière. Elle disait vouloir lancer une petite activité de décoration intérieure.
Claire s’est assise brusquement.
—Combien ?
—Un peu plus de 7 000 euros. Elle devait me rembourser progressivement.
Personne ne parla pendant plusieurs secondes.
Nous ne savions toujours pas si Julien avait financé Chloé, si elle lui avait demandé de l’argent ou si les virements correspondaient à autre chose. Les chiffres éveillaient des soupçons, pas des certitudes.
Marc a fini par se lever.
—Je vais lui demander de venir. Et cette fois, je veux des réponses précises.
Chloé est arrivée en fin d’après-midi.
Lorsqu’elle a aperçu Marc, Claire et moi dans le salon, elle s’est arrêtée sur le seuil.
—Qu’est-ce qui se passe ?
Marc a désigné le fauteuil.
—Assieds-toi.
Elle a regardé Claire, puis moi.
—Émilie, je suis désolée pour hier. Je sais que j’ai fait quelque chose d’impardonnable.
—Nous parlerons de l’hôtel ensuite, ai-je répondu. D’abord, explique-nous les virements.
Elle a fixé les documents sur la table.
Son visage a changé.
—Je peux expliquer.
—Alors explique, a dit Marc.
Chloé a commencé par prétendre qu’il s’agissait de remboursements entre Julien et elle. Puis elle a affirmé qu’il lui avait proposé de l’aider financièrement. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi les virements correspondaient à des journées passées à l’hôtel, elle s’est mise à pleurer.
Enfin, elle a reconnu que Julien lui avait donné de l’argent à plusieurs reprises.
Mais elle a aussi révélé quelque chose que nous ignorions.
—Au début, il disait qu’il voulait m’aider à me remettre sur pied. Je traversais une période difficile. Il m’a prêté de l’argent, puis il a commencé à me dire que je lui devais plus que des remboursements.
Marc s’est redressé.
—Qu’est-ce que cela signifie ?
Chloé a baissé les yeux.
—Il me disait que si je le quittais, il raconterait à toute la famille que je l’avais séduit pour obtenir de l’argent. Il gardait des messages et des captures d’écran. J’avais honte. J’ai continué à le voir parce que je ne savais pas comment sortir de cette situation.
Je l’ai regardée, bouleversée.
—Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
—Parce que je savais que j’avais accepté cet argent. Et parce que je savais que ce que je faisais avec Julien était mal. Je me disais que personne ne me croirait.
Claire avait les larmes aux yeux, mais sa voix resta ferme.
—Tu avais le droit de demander de l’aide. Tu n’avais pas le droit de mentir à Émilie et de participer à cette trahison.
Chloé acquiesça.
Elle ne cherchait plus à se justifier.
Elle avait accepté l’argent. Elle avait entretenu cette relation secrète. Elle avait continué à venir chez nous, à sourire à mes enfants et à prétendre que tout allait bien.
Même si elle avait subi des pressions, cela n’effaçait pas ce qu’elle m’avait fait.
—Je veux que tu comprennes une chose, lui ai-je dit. Je peux entendre ton histoire sans faire semblant que tu n’as rien fait. Je ne suis pas obligée de te pardonner pour reconnaître que tu as pu être en difficulté.
Chloé a pleuré plus fort.
Marc lui a demandé de fournir les justificatifs des sommes reçues et de prendre contact avec lui pour établir ce qu’elle lui devait réellement. Pour les virements provenant de notre compte commun, je laisserais les démarches bancaires et juridiques suivre leur cours.
Je ne voulais ni vengeance ni règlement de comptes improvisé. Je voulais connaître la vérité, protéger mes enfants et savoir exactement ce qu’il était advenu de notre argent.
Le soir même, Julien m’a appelée.
—Chloé t’a raconté n’importe quoi.
—Alors, donne-moi ta version. Et explique-moi les 18 000 euros.
Il a gardé le silence.
—Je savais que tu finirais par fouiller les comptes, a-t-il lâché.
Cette phrase m’a glacée.
—Tu savais que tu prenais de l’argent sur notre compte ?
—Je voulais l’aider. Elle avait des problèmes.
—Avec notre argent, sans me demander mon avis ?
—Je comptais le remettre.
—Quand ?
Il n’a pas répondu.