À cinq heures du matin, Juliette s’est mise à trembler.

J’ai posé la main sur son front. Sa fièvre n’avait pas baissé et sa respiration me semblait plus rapide que d’habitude. J’ai cessé d’hésiter, je l’ai installée dans son siège et j’ai pris la direction des urgences pédiatriques.

Je n’avais toujours pas son dossier médical. Je n’avais même pas tous ses documents d’identité.

Mais je n’allais pas laisser ma fille souffrir pour un morceau de papier.

À l’accueil, une infirmière a rapidement compris que mon inquiétude n’était pas exagérée. Juliette a été examinée, sa température contrôlée et sa respiration évaluée. Le médecin a décidé des examens nécessaires et m’a posé plusieurs questions sur ses précédents épisodes respiratoires.

J’ai répondu du mieux que j’ai pu, en montrant les photographies des ordonnances conservées dans mon téléphone.

Quand le médecin est revenu, il m’a expliqué qu’il fallait surveiller attentivement son état et poursuivre les investigations. Il m’a également rassurée sur un point : nous avions eu raison de venir.

Je me suis assise près du lit, épuisée, et j’ai pris la petite main de ma fille.

À huit heures, mon téléphone a sonné.

Un numéro inconnu.

— Madame Élodie Martin ?

— Oui, qui est à l’appareil ?

— Je m’appelle Laurent Perrin. Je suis l’entrepreneur qui s’occupe des travaux chez vos parents. Je vous appelle parce que je viens de découvrir quelque chose qui vous concerne.

Je me suis redressée.

— Quoi donc ?

Il a hésité avant de poursuivre.

— Hier soir, en préparant les documents de fin de chantier, j’ai remarqué que le paiement de votre sœur avait été enregistré sous un intitulé assez particulier. Je voulais simplement vérifier une information : est-ce bien vous qui avez demandé que les travaux de la cuisine soient financés avec l’argent destiné aux soins de votre père ?

J’ai senti mon cœur se serrer.

— Pardon ?

— Le virement de quatre cent vingt euros que vous avez effectué hier matin. Votre mère m’avait expliqué qu’il s’agissait d’une aide de votre part pour régler une partie du chantier. Mais sur le reçu qu’elle m’a transmis, la somme était présentée comme un remboursement de frais médicaux.

Je suis restée silencieuse.

Quatre cent vingt euros.

L’argent que j’avais envoyé parce que ma mère m’avait affirmé que mon père avait besoin de médicaments et d’examens.

— Monsieur Perrin, vous êtes certain de ce que vous me dites ?

— Je peux vous transmettre les documents que j’ai reçus. Mais il y a autre chose. Dans le dossier du chantier, j’ai trouvé un devis plus ancien, signé plusieurs mois auparavant. Il indique que votre sœur avait déjà prévu ces travaux. Et votre nom apparaît dans la partie concernant le financement.

Je me suis levée, faisant attention à ne pas tirer sur la chaise près du lit.

— Mon nom ? Je n’ai jamais signé de devis pour la cuisine de ma sœur.

— C’est justement ce qui m’inquiète.

Il m’a envoyé les documents quelques minutes plus tard.

Le premier était un reçu de paiement. Le second, une copie du devis initial. Le troisième était une feuille portant mon nom, mon adresse et une signature que je n’avais jamais tracée.

Au bas de la page, une mention précisait que je m’engageais à participer au financement des travaux.

Je relus cette phrase plusieurs fois.

Ma sœur ne s’était pas contentée de profiter de mon aide. Quelqu’un avait utilisé mon identité pour me présenter comme garante d’une dépense que je n’avais jamais acceptée.

Je rappelai immédiatement Laurent.

— Je vous confirme que je n’ai jamais signé ce document et que je n’ai jamais consenti à financer ces travaux.

— C’est bien ce que je craignais, répondit-il. Je ne voulais pas vous accuser de quoi que ce soit sans vous demander directement.

Je le remerciai et lui demandai de conserver les documents originaux ainsi que les échanges relatifs au chantier.

Puis je contactai ma banque pour vérifier si d’autres opérations inhabituelles avaient été effectuées. Je demandai également conseil à un avocat sur les démarches à entreprendre concernant cette signature contestée.

À cet instant, une pensée me traversa l’esprit.

Mes parents détenaient encore les documents de Juliette.

Et ils m’avaient refusé l’accès à leur appartement alors que j’avais besoin de ces papiers pour les soins de ma fille.

Je ne pouvais pas encore prouver qu’il existait un lien entre ces deux faits. Mais je savais désormais que je ne devais plus considérer leurs explications comme acquises.

En fin de matinée, Juliette s’était un peu apaisée. Sa température était surveillée et les médecins poursuivaient sa prise en charge. Je lui ai caressé les cheveux avant de sortir dans le couloir pour rappeler ma mère.

Elle a décroché à la deuxième sonnerie.

— Enfin ! Tu pourrais au moins prévenir quand tu comptes revenir. Chloé est furieuse, tu as perturbé toute l’organisation du chantier.