Puis il sortit son téléphone.

— Je vais appeler mon avocat.

— Vous êtes libre de le faire, répondit la commandante. Mais nous aurons besoin de vous entendre sur plusieurs points.

Elle lui demanda de la suivre pour un entretien.

Luc regarda Marc une dernière fois.

— Après tout ce qu’on a vécu, tu me laisses tomber ?

Marc ne détourna pas les yeux.

— Ce n’est pas moi qui ai mis Anne dans ce lit.

La preuve inattendue

À midi, le laboratoire hospitalier confirma que le patch ne correspondait pas au dispositif médical habituellement prescrit à Anne. Son contenu devait encore être caractérisé précisément, et l’enquête devait déterminer comment il avait été obtenu et appliqué.

Mais un autre élément venait d’apparaître.

L’enquêteur avait retrouvé, dans les messages sauvegardés sur le téléphone d’Anne, une conversation avec une certaine Lise Moreau, présentée par Luc comme une simple collaboratrice.

Lise avait écrit :

« Tu m’avais promis qu’elle ne découvrirait jamais les documents. Je ne veux pas être mêlée à ça. »

Luc avait répondu :

« Tu n’as rien à craindre. Tout sera terminé avant la fin du mois. »

La date des messages correspondait à la période pendant laquelle Anne avait commencé à douter de son traitement.

La commandante Leroux fit rechercher Lise et demanda que les échanges soient authentifiés. Elle ne pouvait pas encore conclure que cette femme avait participé à une tentative d’homicide. Mais elle pouvait désormais envisager que Luc n’avait pas agi seul.

À 14 h 30, Paul reçut un appel d’un numéro inconnu.

Une voix de femme murmura :

— Je suis désolée. Je ne savais pas qu’il irait aussi loin.

— Qui êtes-vous ? demanda Paul.

— Lise. Il faut que vous sachiez quelque chose sur votre père.

Paul activa l’enregistrement de l’appel et prévint immédiatement la police, qui organisa la suite des échanges.

Lise hésita longtemps avant de reprendre :

— Il m’avait dit qu’Anne était gravement malade et qu’elle avait accepté de revoir ses dispositions financières. Je l’ai cru. Mais il y a deux semaines, j’ai vu un document qu’il avait oublié dans son bureau. Il prévoyait de récupérer l’argent de l’assurance après son décès.

— Et vous n’avez rien fait ?

— J’ai eu peur. Il m’a dit que si je parlais, il ferait croire que j’avais falsifié les documents avec lui. J’ai conservé des copies.

Elle transmit ensuite aux enquêteurs plusieurs fichiers dont l’authenticité devait être vérifiée.

Parmi eux figurait un courriel dans lequel Luc évoquait l’assurance, des dettes importantes et une échéance imminente.

Ce n’était pas encore la preuve de tout ce qu’on lui reprochait. Mais c’était une pièce supplémentaire, indépendante du témoignage d’Anne.

Et cette fois, Marc comprit qu’il ne pouvait plus se contenter d’espérer que son ami trouverait une explication.

Quarante ans d’amitié, une seule vérité

Le soir, Marc retourna auprès d’Anne.

Elle était encore faible, mais son état s’était stabilisé.

— Tu lui as parlé ? demanda-t-elle.

— Oui.

— Et tu le crois toujours ?

Marc s’assit près de son lit.

— Je crois que je me suis longtemps accroché à l’homme que je connaissais à seize ans. Je pensais que quarante ans d’amitié suffisaient à me garantir que je savais qui il était.

Anne lui prit la main.

— Tu n’es pas responsable de ce qu’il a fait.

Il baissa la tête.

— Je suis désolé de ne pas avoir compris plus tôt.

— Tu ne pouvais pas tout savoir. Mais quand je t’ai dit que j’avais peur, j’aurais aimé que tu me poses davantage de questions.

Ces mots le blessèrent davantage que n’importe quelle accusation.

Il avait voulu croire que les problèmes du couple ne le concernaient pas. Il avait conseillé à Anne de discuter avec son mari, comme si la confiance pouvait toujours réparer les choses.

— Tu as raison, murmura-t-il.

Deux jours plus tard, Luc fut placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête. Les investigations se poursuivirent pour établir l’origine du patch, les responsabilités éventuelles de chacun et le mobile financier. Il contestait les accusations, et aucune décision judiciaire définitive n’avait encore été rendue.

Marc ne lui rendit pas visite.

Il ne savait pas s’il pourrait un jour lui pardonner. Il savait seulement qu’il ne confondrait plus jamais loyauté et silence.

Quant à Anne, elle entama une longue convalescence auprès de Paul. Elle devrait affronter les conséquences physiques de l’incident, mais aussi la douleur d’avoir partagé sa vie avec un homme dont elle ignorait une partie essentielle.

Un matin, alors que Marc lui apportait un café, elle lui posa une dernière question :

— Tu sais ce qui m’a fait le plus peur ?

— Quoi ?