—Qui a transféré 7 500 euros de notre compte vers celui de papa ?
Le silence a été immédiat.
Gérard s’est raclé la gorge.
—Tu nous as donné de l’argent pour nous aider.
—Je ne vous ai jamais donné 7 500 euros.
—Tu nous avais dit que tu ferais ce qu’il fallait pour ta famille.
—Aider quelqu’un quand on le décide, ce n’est pas lui donner accès à son compte bancaire.
Martine s’est redressée.
—Nous sommes tes parents. Tu ne vas tout de même pas nous traiter comme des voleurs !
Thomas n’a pas haussé la voix.
—Alors expliquez-moi les virements.
Gérard a jeté un regard à sa femme avant de répondre.
—C’était pour les dépenses de la maison. Nous sommes ici depuis plusieurs jours, et nous avons dû acheter des choses.
J’ai regardé l’écran.
—Sept mille cinq cents euros pour quelques courses et des repas ?
Chloé a éclaté de rire, mais son rire s’est éteint quand Thomas s’est tourné vers elle.
—Et toi, pourquoi as-tu demandé une copie de mon attestation de revenus le mois dernier ?
Elle a pâli.
—Je ne sais pas de quoi tu parles.
—J’ai retrouvé ton message. Tu m’avais écrit que tu voulais vérifier les conditions d’une location.
—C’est ce que je voulais faire !
—Alors pourquoi notre banque a-t-elle enregistré une demande de financement complémentaire ?
Chloé a regardé sa mère.
Ce bref échange a suffi à me faire comprendre qu’il y avait des choses dont ils avaient parlé entre eux, mais pas avec nous.
Martine s’est levée brusquement.
—Tu n’as pas à interroger ta sœur comme une criminelle !
—Je lui demande pourquoi des documents concernant notre foyer ont été utilisés sans que ma femme et moi soyons informés.
Gérard s’est mis à parler plus fort.
—Tu crois que tu es arrivé où tu es tout seul ? Qui t’a élevé ? Qui t’a aidé quand tu étais jeune ? Maintenant que tu as ta maison, tu nous tournes le dos ?
Thomas est resté silencieux quelques secondes.
Puis il a répondu :
—Je vous ai aidés quand je pouvais. Mais je ne vous ai jamais autorisés à prendre notre argent, ni à engager notre avenir financier sans notre accord.
Il a désigné la porte.
—Je vous ai demandé de partir demain matin. Je change d’avis : vous pouvez commencer à préparer vos affaires ce soir.
Martine a ouvert la bouche, outrée.
—Tu nous mets dehors ?
—Oui.
—Après tout ce qu’on a fait pour toi ?
Thomas a soutenu son regard.
—Je ne vous mets pas dehors parce que vous avez besoin d’aide. Je vous demande de partir parce que vous avez profité de notre confiance et que je dois protéger ma femme et ma fille.
Chloé s’est levée à son tour.
—Tu vas vraiment choisir Amandine plutôt que ta propre famille ?
Thomas a répondu sans hésiter :
—Amandine et Louise sont ma famille. Et vous êtes aussi ma famille, mais cela ne vous donne pas le droit de leur faire du mal.
Je me suis détournée pour cacher mes larmes.
Ce n’était pas seulement le soulagement de le voir enfin prendre position. C’était la douleur de comprendre combien de fois j’avais dû me demander si j’étais trop exigeante, trop sensible ou incapable de m’adapter.
Pendant des semaines, j’avais accepté leurs remarques, leurs exigences et leur indifférence parce que je ne voulais pas provoquer de conflit.
Je pensais que le problème venait peut-être de moi.
Mais ce soir-là, je compris que mon épuisement n’était pas une faiblesse. C’était le résultat d’une situation dans laquelle tout le monde attendait de moi que je donne davantage, sans jamais se demander ce qu’il me restait.
La nuit fut courte.
Martine et Chloé passèrent plusieurs heures à faire leurs valises en claquant les portes des placards. Gérard refusait de regarder son fils. Aucun d’eux ne présenta d’excuses.
Le lendemain matin, Thomas les aida à transporter leurs bagages jusqu’à leur voiture. Il ne les humilia pas et ne les menaça pas. Il répéta simplement que leur séjour était terminé et qu’il ne les laisserait plus utiliser notre domicile pour exercer une pression sur nous.
Avant de partir, Martine s’est tournée vers moi.
—Tu dois être contente. Tu as réussi à séparer mon fils de sa famille.
Je l’ai regardée calmement.
—Je n’ai jamais demandé à Thomas de choisir entre vous et moi. Je lui ai demandé de ne pas me laisser seule quand vous me traitiez comme une domestique dans ma propre maison.
Elle n’a rien répondu.
La voiture a quitté le parking.
Lorsque la porte de l’appartement s’est refermée, je me suis mise à pleurer. Thomas m’a entourée de ses bras.
—Je suis désolé, Amandine.
Je me suis reculée pour le regarder.