Julien fixa l’enveloppe comme si elle contenait une condamnation.

Claire resta debout au pied du lit, les bras croisés. Elle n’avait pas l’intention de lui arracher la vérité. Après douze ans de mensonges, elle savait que les secrets finissaient toujours par parler d’eux-mêmes.

— « Ouvre-la », murmura-t-elle.

Julien déglutit.

— « Claire, ce n’est pas le moment… »

— « Tu as raison. Le moment idéal aurait été il y a douze ans. Ou il y a dix ans. Ou la première fois que tu as dépensé notre argent pour entretenir une autre femme. Mais puisque tu sembles avoir attendu d’être dans un lit d’hôpital pour devenir honnête, autant commencer maintenant. »

Élodie baissa la tête. Elle ne s’attendait visiblement pas à rencontrer une épouse qui ne pleurait pas, ne criait pas et ne cherchait même pas à la chasser.

Julien tendit finalement la main vers l’enveloppe. Ses doigts tremblaient tellement qu’il dut s’y reprendre à deux fois pour l’ouvrir.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs documents : une copie d’un testament, des relevés de virements bancaires et un projet d’acte notarié.

Claire parcourut les premières pages.

Puis elle s’arrêta.

Une somme de 380 000 euros avait été transférée, en plusieurs fois, depuis une société détenue par Julien vers un compte au nom d’Élodie. Une partie provenait d’une structure d’investissement dans laquelle Claire avait elle-même placé une somme importante, héritée de sa grand-mère.

Elle releva lentement les yeux.

— « Cet argent… c’est celui que j’avais investi pour assurer l’avenir des enfants ? »

Julien ferma les paupières.

— « Je voulais le remettre. »

— « Quand ? »

Il ne répondit pas.

— « Avant de mourir ? Après ? Ou espérais-tu que je découvre tout quand tu ne serais plus là pour me répondre ? »

Élodie se mit à pleurer.

— « Il m’avait dit que vous étiez séparés de fait. Que vous ne partagiez plus rien, à part les enfants. Il m’avait promis que cet argent lui appartenait. »

Claire la regarda sans colère.

— « Et vous l’avez cru pendant douze ans ? »

— « Pas pendant douze ans… »

Un silence lourd tomba dans la chambre.

Julien tourna brusquement la tête vers Élodie.

— « Ça suffit. »

Elle eut un rire bref, amer.

— « Non, Julien. Ça ne suffit plus. Tu m’as promis que tu quitterais Claire. Puis tu m’as promis que tu le ferais quand les enfants seraient plus grands. Ensuite, quand ton entreprise serait vendue. Et enfin, quand tu serais guéri. »

Sa voix se brisa.

— « Maintenant, tu es malade et tu veux que je signe un document qui me rendrait responsable d’une partie de tes dettes. Tu m’as dit que c’était une formalité pour protéger ton patrimoine. »

Claire reprit les feuilles.

La dernière page portait une demande de reconnaissance de dette qu’Élodie devait signer. Julien voulait qu’elle assume une partie des sommes transférées, probablement pour compliquer les recherches sur leur origine.

Pendant quelques secondes, Claire éprouva quelque chose qu’elle n’avait plus ressenti depuis des années : de la surprise.

Elle avait compris les infidélités. Elle avait anticipé les mensonges. Mais elle n’avait jamais imaginé qu’il tenterait de transformer ses maîtresses en paravents financiers.

— « Tu voulais que je continue à m’occuper de toi pendant que tu organisais tout ça ? » demanda-t-elle.

Julien se mit à pleurer.

— « J’ai eu peur. Je ne savais pas combien de temps il me restait. Je voulais protéger les enfants. »

Claire posa les documents sur la table.

— « Ne te sers pas d’eux pour justifier ce que tu as fait. Tu ne les as pas protégés. Tu as mis leur avenir en danger. »

Il détourna le regard.

— « Tu m’aimes encore ? »

La question resta suspendue entre eux.

Douze ans auparavant, Claire aurait peut-être répondu immédiatement. Elle aurait cherché les mots capables de le rassurer, même si son propre cœur était en morceaux.

Cette fois, elle ouvrit son sac et en sortit un dossier bleu.

Elle le posa devant lui.

— « Je savais pour tes maîtresses depuis douze ans. Je savais aussi que tes dépenses ne correspondaient pas toujours à ce que tu déclarais. J’ai conservé les relevés, les contrats et les justificatifs de mes investissements. J’ai demandé à un avocat de vérifier mes droits et de m’expliquer comment protéger les enfants. »

Julien la regarda, livide.

— « Tu as préparé tout ça contre moi ? »

— « Non. Pour ne pas être démunie si un jour tu décidais de me laisser avec les conséquences de tes actes. La différence est importante. »

Elle sortit une copie d’un relevé bancaire, puis une liste de dates et de montants.