Le docteur Valette demanda immédiatement que personne ne touche au dossier médical de Claire. Il fit sécuriser les images, les comptes rendus opératoires et les journaux de connexion. Puis il appela la direction de la clinique pour signaler une possible erreur médicale grave, susceptible de relever d’une falsification délibérée.
Julien tenta de reprendre contenance.
— Vous ne pouvez pas accuser qui que ce soit sur la base d’une image mal classée !
— Je ne vous accuse pas, répondit Adrien. Je refuse simplement de laisser disparaître les preuves.
Quelques minutes plus tard, Claire fut transférée dans une chambre surveillée. Son état restait fragile, mais elle était consciente et capable de prendre ses propres décisions. Avec l’aide d’une avocate indépendante, elle demanda que toute décision concernant ses soins soit suspendue jusqu’à la vérification de ses documents. L’hôpital accepta de revoir l’autorité médicale d’Élodie et de transmettre les éléments nécessaires aux autorités compétentes.
Avant de quitter la chambre, Julien se pencha vers Claire.
— Tu ne comprends pas. Si tu continues, tu vas détruire tout ce que nous avons construit.
Claire le regarda longuement.
— Non, Julien. J’ai construit cette entreprise. Toi, tu as essayé de me prendre jusqu’à ma vie.
Il partit sans répondre.
Le lendemain, une enquêtrice vint recueillir le témoignage de Claire. Celle-ci raconta les dernières semaines : les rendez-vous médicaux que Julien avait insisté pour organiser, les formulaires qu’il lui demandait de signer sans les lire, les moments où il gardait son téléphone sous prétexte de l’aider et les conversations interrompues dès qu’elle entrait dans une pièce.
L’enquêtrice lui demanda si elle avait déjà parlé de démence ou de perte de mémoire.
— Jamais. Ma mère était malade, c’est vrai, mais je n’ai jamais présenté les mêmes symptômes. Julien utilisait sa maladie pour me faire douter de moi-même.
Ce fut alors que le docteur Valette revint, accompagné d’un spécialiste en informatique médicale. Ils avaient découvert que le scanner étranger avait été importé dans le dossier de Claire deux jours avant son hospitalisation, depuis un compte professionnel utilisé par plusieurs membres du personnel. L’accès avait ensuite été modifié pour masquer l’historique habituel des consultations.
Mais le plus inquiétant se trouvait dans les documents administratifs.
Une copie d’un contrat avait été enregistrée dans le dossier partagé de l’entreprise. Elle prévoyait la cession de plusieurs centres de rééducation à un groupe d’investissement, à un prix largement inférieur à leur valeur estimée. La vente devait être finalisée dès que Julien aurait obtenu les pouvoirs nécessaires pour représenter Claire.
Au bas du document figurait une clause inattendue : si Claire décédait avant la conclusion de la transaction, certaines garanties financières seraient activées au bénéfice d’une société dont Julien était le principal bénéficiaire économique.
L’enquêtrice ne tira aucune conclusion immédiate. Elle fit saisir les documents et demanda aux experts de vérifier les signatures, les dates et les mouvements financiers. La piste était sérieuse, mais il restait à établir qui avait conçu le montage et qui en connaissait réellement les conséquences.
C’est à ce moment-là qu’Élodie demanda à parler seule à Claire.
Elle entra sans son manteau ivoire. Son visage était gonflé par les larmes et son alliance avait disparu.
— Je dois te dire quelque chose, murmura-t-elle.
Claire ne répondit pas.
Élodie s’assit, les mains tremblantes.
— Julien m’a dit que tu avais déjà signé les documents de divorce. Il m’a montré des courriels, des autorisations et une lettre dans laquelle tu demandais que je prenne les décisions médicales à ta place. Il disait que tu avais peur de devenir comme ta mère et que tu ne voulais pas souffrir inutilement.
— Et tu n’as jamais pensé à m’appeler ?
Élodie baissa la tête.
— Si. Mais il m’a dit que tu ne voulais plus me voir. Puis il m’a montré les papiers de l’entreprise. Il m’a expliqué que, si tu étais déclarée incapable, je pourrais protéger les salariés et empêcher Julien de vendre n’importe comment. Je me suis raconté que je faisais ça pour toi.
— Alors pourquoi avoir signé l’ordre de non-réanimation ?
Élodie se mit à pleurer plus fort.
— Il m’a dit que le chirurgien avait expliqué que ton cœur risquait de s’arrêter et que tu ne voudrais pas être maintenue en vie si les complications étaient irréversibles. Il m’a présenté le document comme une formalité. Je n’ai pas demandé à parler au médecin. Je n’ai pas vérifié auprès de toi.
— Tu savais que j’étais anesthésiée.
— Oui.
Ce simple mot fit plus mal à Claire que toutes les explications précédentes.
Élodie affirma ne pas avoir su que le scanner était celui d’une autre patiente et nia avoir voulu provoquer la mort de Claire. Elle reconnut toutefois avoir signé des documents sans vérifier leur authenticité et avoir accepté de participer à la prise de contrôle de l’entreprise. Elle remit aux enquêteurs les messages que Julien lui avait envoyés, dont certains semblaient montrer qu’il voulait que Claire ne puisse plus contester les décisions prises en son nom.