Notre avocate nous a conseillé de transmettre tous les éléments aux autorités et de demander les dossiers d’admission.
Quelques jours plus tard, nous avons appris que Wendy avait présenté Fiona comme une enfant dont les parents avaient autorisé un programme temporaire. Elle avait également donné des informations inexactes sur nos disponibilités et notre accord.
Les responsables du centre ont été invités à fournir leurs documents. Une enquête a été ouverte pour vérifier leurs pratiques et les circonstances des deux visites.
Ce que Jessi ignorait
Mais il restait une question : pourquoi Wendy avait-elle fait cela ?
Jessi a fini par obtenir une explication lors d’une conversation avec sa mère, en présence de notre avocate.
Wendy a d’abord prétendu qu’elle voulait simplement aider. Puis elle a reconnu qu’elle n’acceptait pas notre manière d’élever Fiona.
— Tu étais différente quand tu étais petite, Jessi. Tu obéissais. Tu ne discutais pas chaque règle.
Jessi l’a regardée avec tristesse.
— J’étais surtout terrifiée à l’idée de te décevoir.
Wendy a détourné les yeux.
— Je ne voulais pas lui faire de mal.
— Alors pourquoi lui avoir dit que son père ne la croirait pas ? Pourquoi lui avoir fait penser qu’elle risquait d’être envoyée loin de nous ?
Wendy n’a pas répondu.
Elle a finalement admis qu’elle avait pris ces décisions sans nous consulter, convaincue que nous finirions par accepter les résultats si Fiona devenait plus docile.
Cette explication n’effaçait rien.
Jessi lui a annoncé qu’elle ne pourrait plus venir vivre dans notre maison ni s’occuper de Fiona sans notre présence. Toute reprise de contact devrait se faire progressivement, dans un cadre que notre fille accepterait et avec l’accompagnement nécessaire.
Wendy s’est mise à pleurer.
Mais cette fois, Jessi n’a pas cédé simplement pour mettre fin à la dispute.
La promesse de Fiona
Les semaines suivantes, Fiona a bénéficié d’un accompagnement psychologique adapté. Nous avons également réorganisé nos emplois du temps pour qu’elle ne se retrouve plus dans une situation où elle aurait peur de parler.
Un soir, alors que je la bordais, elle m’a demandé :
— Papa, tu vas encore partir à Chicago ?
Je lui ai caressé les cheveux.
— Oui, parfois je devrai voyager pour mon travail. Mais nous allons toujours t’expliquer où nous allons, quand nous reviendrons et qui sera avec toi.
Elle réfléchit un instant.
— Et si Mamie dit encore que les promesses ne comptent pas ?
— Alors tu peux venir nous le dire. Tu n’as pas besoin de garder un secret qui te rend triste ou qui te fait peur.
Elle s’est blottie sous sa couverture.
— Je préfère quand tu restes pour manger les gaufres avec moi.
J’ai souri.
— Alors demain matin, nous ferons des gaufres. Et tu pourras expliquer au chien pourquoi elles sont moralement supérieures aux tartines.
Elle a éclaté de rire.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, son rire a rempli la chambre sans être interrompu par un regard inquiet vers la porte.
J’ai compris ce matin-là que l’acquisition de Chicago pouvait attendre. Les contrats, les réunions et les millions de dollars auraient toujours leur place dans mon agenda.
Mais l’enfance de Fiona, elle, ne se présenterait qu’une seule fois.
Et aucune réussite professionnelle ne vaudrait jamais le prix de sa confiance.