Il avait préparé quelque chose.

Quelque chose qu’il voulait absolument terminer avant qu’elle quitte la maternité.

— Quelles demandes ? murmura Élise.

Sophie hésita, puis répondit :

— Votre mari a demandé que les informations concernant Gabriel soient communiquées uniquement à lui. Il a également demandé que les rendez-vous de suivi soient organisés sans vous transmettre directement les comptes rendus.

Élise releva lentement la tête.

— Pourquoi ?

Julien s’interposa.

— C’était pour éviter de la bouleverser davantage. Elle n’était pas en état de gérer toutes ces informations.

— Vous n’aviez pas le droit de décider cela à ma place, répondit Élise.

— Tu étais épuisée !

— J’avais accouché de mon enfant. Je n’avais pas perdu le droit d’être sa mère.

Sophie ouvrit une autre page.

— Il y a également une demande concernant un document que vous auriez signé avant la naissance.

Élise fronça les sourcils.

— Avant la naissance ?

— Oui. Une autorisation de communication de données médicales et administratives, présentée comme un document préparatoire.

Julien tendit brusquement la main.

— Donne-moi ça.

Sophie recula.

— Non.

Un agent de sécurité, alerté par l’agitation, s’approcha à quelques mètres.

Élise regarda son mari.

— Qu’as-tu signé en mon nom ?

— Rien qui puisse te faire du mal.

— Ce n’est pas une réponse.

Julien passa une main sur son visage.

Pendant un instant, elle retrouva l’homme qu’elle avait épousé quatre ans plus tôt : celui qui l’attendait à la sortie du travail avec un sandwich lorsqu’elle oubliait de déjeuner, celui qui avait peint la chambre de Gabriel jusqu’à deux heures du matin, celui qui lui avait promis qu’ils apprendraient ensemble à être parents.

Puis il baissa les yeux.

— Je voulais seulement trouver une solution.

— Quelle solution ?

Il ne répondit pas.

Sophie prit une profonde inspiration.

— Madame Morel, je ne peux pas interpréter les intentions de votre mari. Mais je peux vous dire que vous n’êtes pas obligée de quitter cet établissement avec ces démarches en cours. Vous pouvez demander à rencontrer le médecin, l’assistante sociale et un responsable du service avant toute autre décision.

Élise regarda le siège-auto vide.

Elle avait passé deux jours à croire qu’elle était incapable de prendre une décision. Pourtant, depuis qu’elle avait entendu le premier cri de Gabriel, une certitude demeurait en elle.

Elle voulait son fils.

— Je retourne auprès de lui, dit-elle.

Julien lui attrapa le bras.

— Élise, réfléchis. Tu ne sais pas ce que tu fais.

Elle se dégagea.

— C’est justement le problème. Depuis deux jours, tu prétends réfléchir à ma place.

Elle fit demi-tour.

Cette fois, elle ne regarda pas les portes de sortie.

Elle remonta le couloir jusqu’au service de néonatalogie, suivie de Sophie.

Gabriel était dans son berceau, enveloppé dans une couverture blanche. Une petite étiquette indiquait son nom et sa date de naissance.

Élise s’approcha.

— Bonjour, mon petit cœur.

Sa voix se brisa.

Elle posa un doigt contre la main du bébé. Gabriel remua et referma ses doigts autour des siens.

Elle pleura, mais ces larmes n’avaient plus la même saveur que celles des jours précédents.

Elle ne savait pas encore comment serait leur vie. Elle ne connaissait ni les difficultés précises qu’ils rencontreraient ni les progrès que son fils accomplirait. Elle savait seulement qu’un diagnostic ne permettait à personne de prédire entièrement l’avenir d’un enfant.

Le pédiatre les rejoignit quelques minutes plus tard.

Il confirma que les premiers examens évoquaient fortement une trisomie 21 et qu’une analyse génétique était en cours. Il expliqua les suivis médicaux habituels, les possibilités d’accompagnement précoce et les professionnels qui pourraient répondre à leurs questions.

Puis il ajouta :

— Vous n’avez pas besoin de décider aujourd’hui de toute la vie de votre fils. Nous allons avancer étape par étape.

Élise hocha la tête.

C’était la première fois depuis la naissance que quelqu’un lui parlait de l’avenir sans lui présenter son enfant comme une catastrophe.

Elle demanda ensuite à rencontrer l’assistante sociale seule.

Dans un petit bureau, elle expliqua ce que Julien lui avait dit, la pression exercée sur elle et les documents qu’elle avait signés dans un état d’épuisement extrême.

La professionnelle l’écouta attentivement.

Elle lui expliqua les démarches déjà engagées, les possibilités de les suspendre ou de les retirer selon leur nature et les vérifications nécessaires. Elle lui rappela également qu’aucune décision définitive concernant l’avenir de Gabriel ne devait être prise sous la contrainte.

Élise demanda que toutes les démarches soient réexaminées et qu’aucun document supplémentaire ne soit signé avant qu’elle ait reçu des explications complètes.

Puis elle demanda une copie des pièces du dossier.

C’est alors qu’une autre information apparut.

Julien avait sollicité, avant même la naissance de Gabriel, un premier rendez-vous avec une structure privée spécialisée dans l’accompagnement des familles souhaitant envisager une adoption.