— Tu as toujours tout eu ! Papa t’a donné des responsabilités, il t’a fait confiance, il te consulte pour chaque décision. Moi, je devais toujours attendre. Même aujourd’hui, tu allais avoir ton grand mariage parfait, avec ton beau mari et tous ces gens qui t’admirent !
Camille la regarda sans colère.
— Alors tu as décidé que je devais souffrir pour que tu te sentes mieux ?
— Tu ne comprends pas !
— Non, Léa. C’est toi qui ne comprends pas. Tu pouvais me demander de l’aide. Tu pouvais construire quelque chose par toi-même. Tu as préféré essayer de me détruire.
Sarah, restée silencieuse près de la porte, finit par parler.
— Je ne savais pas pour l’argent. Léa m’avait dit que c’était une plaisanterie entre sœurs, que Camille allait réagir de façon excessive et que tout le monde trouverait ça drôle.
Camille tourna la tête vers elle.
— Et quand tu m’as vue couverte de peinture, tu as continué à filmer.
Sarah baissa les yeux.
— Je suis désolée.
— Tu as filmé ma détresse pour obtenir des vues. Tu savais que ma sœur m’humiliait. Tu as choisi de participer.
Sarah ne trouva rien à répondre.
Quelques minutes plus tard, Marc entra dans la suite, accompagné du directeur de l’établissement et de son avocate.
Il s’arrêta en découvrant la robe de sa fille.
Puis il regarda Nathalie.
— Je t’avais demandé de ne pas intervenir dans les affaires de la société tant que l’audit n’était pas terminé.
— Marc, tu ne vas pas croire cette fille plutôt que ta propre femme !
— Je vais croire les preuves.
Il se tourna vers Léa.
— J’ai passé des années à essayer de t’aider. J’ai financé tes projets, j’ai couvert tes erreurs et j’ai accepté des explications qui ne tenaient pas debout parce que tu étais ma fille. Mais je ne couvrirai pas un détournement de fonds.
Léa secoua la tête.
— Papa, je n’ai rien volé !
— Alors tu n’auras aucune difficulté à fournir les justificatifs à l’auditeur indépendant.
Il demanda à son avocate de sécuriser les documents comptables, de faire vérifier les signatures électroniques et de transmettre les éléments pertinents aux autorités compétentes si les vérifications confirmaient une infraction. Les accès aux comptes concernés furent suspendus dans le cadre des mesures de contrôle, sans préjuger des conclusions de l’enquête.
Nathalie comprit que cette fois, son mari ne céderait pas.
— Tu vas détruire ta famille pour une histoire d’argent ?
Marc répondit calmement :
— Non. Je refuse de laisser notre famille détruire ce que nous avons construit.
Puis il s’approcha de Camille.
— Ma chérie, je suis désolé. J’aurais dû voir plus tôt ce qui se passait entre vous. J’ai cru que vous finiriez par trouver votre équilibre.
Camille sentit les larmes lui monter aux yeux.
— J’ai essayé, papa. Pendant des années, j’ai essayé de ne pas faire de vagues.
Il lui prit les mains.
— Tu n’as plus besoin de le faire.
À l’extérieur, les invités commençaient à s’interroger sur le retard de la cérémonie. Julien demanda à Camille si elle souhaitait annuler le mariage.
Elle regarda sa robe tachée, puis le visage de l’homme qu’elle aimait.
— Je ne veux pas que leurs actes décident de ma journée.
Julien hocha la tête.
— Alors nous ferons comme tu le souhaites. Même si nous devons reporter la cérémonie.
Camille réfléchit quelques secondes.
Elle ne voulait pas descendre devant cent quatre-vingts personnes dans une robe abîmée, avec le visage encore marqué par les larmes qu’elle avait retenues. Mais elle ne voulait pas non plus laisser sa sœur lui voler le jour qu’elle avait préparé pendant huit mois.
Le directeur de l’hôtel proposa de faire apporter une seconde robe, une tenue ivoire simple que Camille avait conservée comme solution de secours après ses derniers essayages.
Elle l’enfila quelques minutes plus tard.
Cette robe n’avait ni la longue traîne de la première ni les broderies délicates choisies avec sa grand-mère. Pourtant, lorsqu’elle se regarda dans le miroir, elle se sentit plus forte qu’au début de la journée.
Elle descendit finalement dans la cour, au bras de son père.
Les invités se levèrent.
Personne ne savait exactement ce qui venait de se passer, mais plusieurs avaient déjà vu des extraits de la vidéo. Camille prit le micro avant le début de la cérémonie.
— Je vous remercie d’être venus partager cette journée avec nous. Il s’est produit un incident grave ce matin. Je ne donnerai pas de détails aujourd’hui, car certaines vérifications sont en cours. Je veux simplement vous dire une chose : je ne laisserai personne transformer mon mariage en spectacle ni décider à ma place de la personne que je suis.
Elle posa le micro.
Puis elle se tourna vers Julien.