J’avais regardé Logan.
— Je sais que je te demande beaucoup, mon grand. Mais pourrais-tu rester avec Andrew quelques heures, le temps que je trouve une solution ?
Il avait immédiatement répondu :
— Bien sûr, maman. Ne t’inquiète pas. Je m’occupe de lui.
— Tu es sûr ? Tu n’as pas besoin de sortir aujourd’hui ?
— Non. Je reste à la maison.
Je l’avais serré dans mes bras.
— Merci. Je sais que je peux compter sur toi.
Il avait souri, puis m’avait embrassée sur la joue.
— Toujours, maman.
Ces mots me revenaient maintenant en mémoire, et ils me faisaient mal.
Car quelques heures plus tard, un policier m’avait demandé de rentrer chez moi pour découvrir ce que mon fils aîné venait de faire.
À l’hôpital, une pédiatre examina Andrew. Elle vérifia sa respiration, son hydratation, sa température et ses réactions. Après un examen attentif, elle me rassura : elle ne constatait pas de signe évident de blessure, mais elle me recommanda de surveiller son comportement et de revenir immédiatement si quelque chose m’inquiétait.
Je la remerciai, incapable de retenir mes larmes.
Andrew s’endormit contre moi, épuisé par les événements.
Pendant ce temps, un autre agent était arrivé pour recueillir ma déclaration. Il m’expliqua que la police avait été appelée par un voisin qui avait entendu des cris et des bruits inquiétants provenant de la maison.
— Lorsque les agents sont arrivés, votre fils était seul avec le bébé. Nous avons estimé qu’il était nécessaire de vérifier la situation et de nous assurer que l’enfant était en sécurité.
— Mais qu’a-t-il fait ? demandai-je. Est-ce qu’il a blessé son frère ?
— Nous n’avons pas de raison de conclure cela à ce stade. Nous cherchons à comprendre ce qui s’est passé. Votre fils a été très agité, mais nous ne voulons pas tirer de conclusions avant d’avoir entendu tout le monde.
Je baissai la tête.
Je m’étais préparée à entendre le pire.
J’avais imaginé que Logan avait fait entrer des amis, qu’il avait laissé Andrew sans surveillance ou qu’un accident s’était produit pendant qu’il jouait aux jeux vidéo.
Mais le policier ne semblait pas vouloir me révéler tous les détails avant que Logan puisse s’expliquer.
Je rentrai à la maison quelques heures plus tard, accompagnée d’une collègue qui avait accepté de m’aider.
Logan était assis à la table de la cuisine. Son téléphone se trouvait devant lui, et ses yeux étaient rouges.
En me voyant entrer, il se leva immédiatement.
— Maman…
Je posai mon sac.
— Assieds-toi, Logan.
Il obéit.
Je pris place en face de lui. Je n’avais pas envie de crier. J’avais surtout besoin de comprendre.
— Je veux que tu me racontes exactement ce qui s’est passé aujourd’hui. Depuis le moment où je suis partie.
Il resta silencieux un long moment.
Puis il murmura :
— J’ai fait une bêtise.
— Quelle bêtise ?
Il passa les mains sur son visage.
— Je n’ai pas fait attention à l’heure. Je pensais que tu rentrerais plus tôt.
Je fronçai les sourcils.
— Ce n’est pas une explication.
— Je sais.
Il inspira profondément.
— J’avais promis à un ami de l’aider à récupérer quelque chose. Je lui avais dit que je pouvais sortir une demi-heure, parce que tu ne devais pas rentrer avant l’après-midi. Je pensais qu’Andrew dormirait tout le temps.
Mon cœur se serra.
— Tu es sorti en laissant ton frère seul ?
Il baissa la tête.
— Oui.
Je portai une main à ma bouche.
— Logan…
— Je sais, maman. Je sais que je n’aurais jamais dû faire ça.
Je me levai, puis me rassis aussitôt. J’avais besoin de garder mon calme pour comprendre la suite.
— Où était Andrew ?
— Dans son lit. Il dormait quand je suis parti. Je pensais revenir avant qu’il se réveille.
— Et tu l’as laissé combien de temps ?
— Je ne sais pas… Peut-être quarante minutes. Peut-être un peu plus.
Je fermai les yeux.
Quarante minutes.
Quarante minutes pendant lesquelles mon bébé avait été seul dans la maison.
— Et ensuite ?
Logan se mit à pleurer.
— Quand je suis revenu, j’ai entendu Andrew pleurer. Il était réveillé, et il avait essayé de sortir de son lit. J’ai eu tellement peur que je me suis mis à crier. Je voulais juste qu’il se calme.
Je le regardai attentivement.
— Tu lui as fait du mal ?
Il secoua vivement la tête.
— Non, maman. Je te le jure. Je ne lui ai pas fait de mal.
— Alors pourquoi la police est-elle venue ?
Logan essuya ses joues.
— Parce que le voisin m’a entendu crier.
Il marqua une pause.
— Et parce que j’ai cassé quelque chose.
Je regardai autour de nous.
— Quoi ?
— Le téléphone de papa.