En mars, elle avait proposé un week-end de deux jours à Annecy pour souffler après plusieurs semaines de travail. Nicolas avait refusé, expliquant qu’ils devaient préserver chaque euro pour leur futur logement.

Deux jours plus tard, un virement de 4 400 euros avait été effectué.

Elle se souvenait de chaque conversation. À l’époque, elle avait pris ses paroles pour de la prudence. À présent, elle se demandait combien de fois elle avait renoncé à quelque chose pendant que son mari décidait de financer la maison de son frère.

À minuit passé, une autre notification apparut.

Virement annulé.

Amandine relut le message plusieurs fois.

Elle ne savait pas si l’annulation résultait de sa demande ou d’une autre intervention. Elle appela la banque le lendemain matin pour obtenir une confirmation. La conseillère lui indiqua que l’ordre de 4 800 euros avait bien été annulé avant son exécution et qu’une vérification complémentaire était nécessaire concernant les autres opérations.

Ce n’était pas une victoire définitive. Mais, pour la première fois depuis des mois, une décision concernant leur argent n’avait pas été prise uniquement par Nicolas.

À neuf heures, son téléphone se mit à vibrer sans interruption.

Mireille l’appelait.

Amandine laissa sonner.

Puis un message arriva.

« Tu as monté mon fils contre son frère. Tu as toujours voulu séparer Nicolas de sa famille. Tu es une femme égoïste. »

Un second message suivit presque aussitôt.

« Laurent a des enfants. Il a besoin de cette maison. Toi, tu as un salaire et un mari. Tu devrais avoir honte. »

Amandine fixa l’écran.

Elle aurait pu répondre. Elle aurait pu rappeler à Mireille qu’elle avait passé des heures à l’hôpital après l’opération de sa belle-mère, qu’elle lui avait apporté des courses, qu’elle avait organisé ses rendez-vous médicaux lorsque Nicolas était trop occupé.

Mais elle comprit qu’aucune liste de services rendus ne suffirait à convaincre quelqu’un qui avait déjà décidé que sa place était inférieure à celle des autres.

Elle bloqua les notifications de Mireille, puis appela Nicolas.

Il répondit immédiatement.

—Tu as annulé le virement ?

—Oui. J’ai demandé à la banque de sécuriser le compte et d’examiner les opérations.

—Tu n’avais pas le droit de faire ça sans me prévenir !

—Et toi, tu avais le droit de vider notre épargne sans m’en parler ?

—C’est temporaire !

—Alors donne-moi une date précise à laquelle Laurent nous remboursera.

Nicolas ne répondit pas.

—Un mois ? Six mois ? Deux ans ? demanda-t-elle. Combien ?

—Je ne sais pas !

—Et pourquoi les libellés parlent-ils de fenêtres, d’artisans et de travaux ?

Il expira avec impatience.

—Parce que c’est ce qu’on finance !

Amandine sentit son cœur ralentir.

—Depuis quand ?

—Qu’est-ce que ça peut te faire ?

—Depuis quand, Nicolas ?

Il finit par répondre, d’une voix sèche :

—Depuis l’automne dernier.

Elle regarda le calendrier sur son téléphone.

L’automne dernier, c’était avant leur mariage.

—Tu savais donc déjà que tu allais aider Laurent quand tu m’as promis qu’on économiserait ensemble pour notre appartement.

—Je pensais pouvoir gérer les deux.

—Avec quel argent ? Le mien aussi ?

—Tu ne comprends pas. Maman m’a expliqué que Laurent devait agrandir sa maison. Les enfants grandissent, ils ont besoin de chambres. La maison appartient à la famille.

—Et notre futur appartement ?

—On pourra en acheter un plus tard.

Amandine resta muette.

—Tu as décidé de notre avenir sans me demander mon avis, murmura-t-elle.

—Tu es ma femme. Tu devrais me faire confiance.

—La confiance ne signifie pas que tu peux disposer de mon salaire comme tu le souhaites.

Nicolas baissa enfin le ton.

—Écoute, rentre à la maison. On va discuter calmement. Maman regrette un peu ce qui s’est passé hier. Elle était fatiguée.

Amandine eut un rire sans joie.

—Elle regrette de m’avoir donné les restes ou de m’avoir empêchée de dormir dans la chambre d’amis ?

—Tu sais comment elle est.

—Oui. Maintenant, je sais aussi comment tu es quand elle me traite ainsi.

—Tu vas vraiment détruire neuf mois de mariage pour un déjeuner et quelques virements ?

Amandine ferma les yeux.

—Non, Nicolas. Je suis en train de comprendre ce qui se passait pendant ces neuf mois.

Elle mit fin à l’appel.

Le lundi, elle consulta une avocate pour connaître ses droits concernant le compte joint, les sommes transférées et les démarches possibles en vue d’une séparation. Elle apporta ses relevés, ses justificatifs de salaire et les messages de Nicolas.

L’avocate lui expliqua que les conséquences dépendraient notamment des conditions du compte, de l’origine des fonds, des autorisations données et des circonstances précises de chaque opération. Il ne fallait ni accuser Laurent sans preuves ni supposer que l’annulation du dernier virement réglerait tout. En revanche, Amandine pouvait conserver les documents, contester les opérations qu’elle n’avait pas autorisées et prendre conseil avant toute décision financière importante.