Le samedi suivant, Claire retrouva Marc devant l’hôtel, à 18 h 45.
Cette fois, elle n’avait pas seulement son téléphone. Elle avait aussi emporté une copie des photographies, les captures des notifications et le courage qu’elle avait mis des semaines à rassembler.
Marc semblait avoir vieilli de plusieurs années en quelques jours.
— Vous êtes certaine de vouloir voir ça de vos propres yeux ? demanda-t-il.
Claire serra son sac contre elle.
— Je crois que j’ai déjà vu assez de choses. Mais je veux savoir jusqu’où ils sont capables d’aller.
Ils entrèrent dans l’hôtel et s’installèrent dans un salon discret, près de la réception.
À 19 h 12, Sophie apparut.
À 19 h 18, Julien la rejoignit.
Mais cette fois, ils ne se dirigèrent pas vers les ascenseurs. Ils s’assirent dans le bar, à quelques mètres de Claire et Marc, sans les remarquer.
Claire entendit alors Sophie demander :
— Alors, tu lui as annoncé la vérité ?
Julien secoua la tête.
— Pas maintenant. Le mariage approche. Si je romps aujourd’hui, je vais devoir tout expliquer à sa famille.
— Et moi, je dois continuer à rentrer chez moi comme si de rien n’était ?
Julien lui prit la main.
— Encore quelques semaines. Après le mariage, je trouverai une excuse pour me séparer d’elle.
Sophie eut un rire amer.
— Tu m’avais pourtant dit que tu l’avais déjà quittée.
Claire sentit ses doigts devenir glacés.
— Je lui ai dit ce qu’elle avait besoin d’entendre, répondit Julien. Tu sais bien que Claire est parfaite pour mon image. Sa famille est respectable, elle ne me pose pas de problèmes et tout le monde pense que je suis un homme bien.
Marc baissa les yeux. Claire, elle, ne pleurait plus.
Puis Julien prononça une phrase qui acheva de détruire les derniers souvenirs heureux qu’elle conservait de lui.
— Et puis, si je l’avais quittée à l’époque, elle aurait peut-être découvert que je voyais déjà quelqu’un d’autre. Quand elle a cru être enceinte, c’était le moment idéal pour la garder près de moi. Elle était trop bouleversée pour poser les bonnes questions.
Claire cessa de respirer pendant une seconde.
Elle n’avait jamais été enceinte.
Trois ans auparavant, après un retard de règles, Julien lui avait annoncé qu’il était prêt à devenir père. Il lui avait promis qu’ils affronteraient tout ensemble. Quelques jours plus tard, son test était négatif. Elle s’en souvenait parfaitement.
Alors pourquoi parlait-il d’une grossesse comme si elle avait existé ?
Marc se tourna vers elle, stupéfait.
Claire se leva.
Cette fois, elle n’avait plus envie de se cacher derrière une vitre.
Elle s’approcha de leur table et posa calmement son téléphone devant Julien.
— Tu peux m’expliquer de quel enfant tu parles ?
Julien devint livide.
Sophie se retourna brusquement. En découvrant Marc, elle lâcha la main de Julien comme si elle venait de toucher une plaque brûlante.
— Marc…
— Ne prononce pas mon nom, répondit-il.
Julien se leva précipitamment.
— Claire, écoute-moi. Ce n’est pas ce que tu crois.
Elle eut un petit sourire triste.
— C’est toujours ce que tu dis. Quand tu mens, quand tu me caches quelque chose, quand tu me fais passer pour une femme jalouse. Tu as toujours une explication. Mais aujourd’hui, je t’ai entendu parler de moi comme d’un accessoire destiné à améliorer ton image.
Il tenta de lui saisir le bras.
Elle recula.
— Ne me touche pas.
Autour d’eux, quelques clients commençaient à regarder dans leur direction.
Sophie, elle, avait perdu toute assurance.
— Julien m’avait dit que votre relation était terminée, murmura-t-elle. Il m’avait expliqué que tu refusais simplement d’accepter la rupture.
Claire la fixa.
— Nous préparons notre mariage depuis des mois. Mes parents ont payé des acomptes. Ma robe est prête. Et toi, tu savais qu’il allait m’épouser ?
Sophie ne répondit pas.
Son silence suffisait.
Marc posa alors une enveloppe sur la table.
À l’intérieur se trouvaient des relevés de réservations d’hôtel, des factures et plusieurs échanges imprimés que Sophie avait laissés accessibles sur un ordinateur familial partagé. Il n’avait pas besoin d’en lire davantage pour comprendre que cette relation durait depuis des mois.
Julien regarda l’enveloppe, puis Marc.
— Vous n’avez pas le droit de fouiller dans ma vie privée !
— Ma vie privée ? répéta Marc. Tu fréquentes ma femme, tu lui mens, et tu oses parler de vie privée ?
La discussion dégénéra rapidement. Julien nia certaines choses, accusa Sophie de l’avoir manipulé, puis tenta de convaincre Claire qu’il avait commis une erreur passagère.
Mais Claire avait enfin compris.
Ce n’était pas une erreur. C’était une succession de choix, de mensonges et de décisions prises en sachant parfaitement qu’elle en subirait les conséquences.
Elle retira la bague de fiançailles et la déposa devant lui.