Le dinosaure tomba sur le carrelage dans un bruit ridicule, presque joyeux, qui n’avait rien à faire dans ce couloir.
Julien se baissa pour le ramasser. Ses doigts tremblaient.
— Docteure, dites-moi qu’il va bien. Dites-moi qu’il va se réveiller.
La docteure Martin ne répondit pas immédiatement. Elle invita Claire et Julien à entrer dans une petite salle de consultation. Sur la table, elle posa le dossier de Léo, puis joignit les mains.
— Votre fils est toujours vivant. Mais son état reste critique. Les examens montrent des lésions cérébrales liées notamment au manque d’oxygène. Nous ne pouvons pas encore déterminer l’étendue des séquelles ni prévoir avec certitude ce qu’il pourra récupérer.
Julien s’effondra sur une chaise.
— Non… Non, ce n’est pas possible.
Claire, elle, fixait la médecin.
— Est-ce qu’il peut nous entendre ?
— C’est difficile à savoir. Parlez-lui doucement. Même si nous ne pouvons pas affirmer ce qu’il perçoit, votre présence compte.
Claire se leva aussitôt.
— Alors je vais le voir.
Julien se leva à son tour.
— Moi aussi.
Elle se retourna vers lui. Pour la première fois depuis des années, elle ne chercha ni à comprendre sa peur ni à excuser ses choix.
— Tu veux le voir maintenant parce que tu as peur de le perdre. Mais hier, quand il avait besoin de toi, tu as menti.
— Je sais.
— Non, Julien. Tu sais que tu as menti. Tu ne sais pas encore ce que tu lui as fait risquer.
Il baissa les yeux.
La docteure Martin intervint calmement :
— Monsieur, votre présence auprès de votre fils peut être importante. Mais nous devons aussi respecter les besoins de l’enfant, le calme du service et la situation familiale. Nous allons organiser les visites avec l’équipe. Et je vous demande de répondre honnêtement à nos questions sur les événements de cette nuit.
Julien acquiesça sans discuter.
Claire entra seule dans la chambre.
Léo était allongé sous une couverture blanche, entouré de moniteurs. Un tube l’aidait à respirer. Ses cheveux bruns, habituellement en bataille, avaient été soigneusement écartés de son front.
Elle prit sa petite main entre les siennes.
— Mon amour, maman est là.
Sa voix se brisa.
— Tu n’as rien fait de mal, tu sais ? Tu n’as pas besoin d’être courageux pour nous faire plaisir. Tu as le droit d’avoir peur. Tu as le droit d’être fatigué.
Elle posa son front contre ses doigts.
— Je t’avais promis que je te protégerais. Je suis désolée de ne pas avoir compris plus tôt à quel point les choses étaient graves.
Une infirmière s’approcha et posa doucement une main sur son épaule.
— Vous avez demandé de l’aide. Vous l’avez amené ici. Vous avez continué à vous battre pour qu’on le prenne en charge. Ne portez pas seule la responsabilité de cette nuit.
Claire ferma les yeux. Pour la première fois, elle laissa les larmes couler.
Les mensonges commencent à se fissurer
Dans le couloir, Julien fut interrogé par un médecin, puis par le responsable du service. On lui demanda pourquoi il avait affirmé qu’Inès était arrivée avant Léo, alors que les informations recueillies à l’accueil ne correspondaient pas à son récit.
Il essaya d’abord de se justifier.
— J’étais paniqué. Je voulais éviter qu’Inès fasse une crise plus grave.
— Vous avez présenté des informations inexactes au personnel chargé du triage, répondit le médecin. Nous devons comprendre précisément ce qui s’est passé.
La vérité finit par sortir, par morceaux.
Julien avait reçu l’appel de Claire alors qu’il se trouvait avec Maud et Inès. Il avait entendu Léo convulser à travers le téléphone. Il avait même demandé à Claire de rappeler le 15 si la situation empirait.
Quand il avait rejoint l’hôpital, Maud lui avait dit qu’Inès risquait d’être hospitalisée et qu’elle ne voulait pas attendre des heures. Julien avait choisi de la faire passer en premier. Pour justifier sa décision, il avait menti sur l’ordre d’arrivée et minimisé les symptômes de son propre fils.
Ce n’était pas une simple confusion. Il avait compris que Léo était en danger et avait volontairement présenté la situation autrement.
Maud, de son côté, affirma qu’elle ignorait la gravité de l’état de Léo. Elle soutint qu’elle n’avait jamais demandé à Julien de mentir. Les enquêteurs devraient établir les responsabilités de chacun à partir des témoignages et des éléments disponibles.
Mais une autre personne avait entendu une partie de la scène : l’infirmière de l’accueil. Et les données enregistrées par le service permettaient de reconstituer l’heure d’arrivée des enfants et le déroulement de leur prise en charge.
Lorsque Julien apprit que les faits seraient signalés et examinés, il se tourna vers Claire.
— Je vais tout expliquer. Je vais réparer ça.
Elle le regarda longuement.