Claire verrouilla la porte de son bureau.
— Ouvre, Claire ! s’impatienta Nathalie. Ton père attend !
— Je vous rejoins dans cinq minutes.
Elle entendit Nathalie marmonner une insulte avant de s’éloigner. Claire appela aussitôt son avocate, Maître Delcourt, et lui expliqua ce qu’elle venait de découvrir. Elle lui envoya une copie de l’enregistrement ainsi que les photographies des documents retrouvés sur son bureau.
— Ne signez rien, lui conseilla l’avocate. Conservez les vidéos originales, changez vos mots de passe depuis un appareil sécurisé et gardez vos documents de propriété hors de leur portée. Nous allons vérifier si des démarches ont déjà été entreprises concernant votre terrain.
Claire suivit ses conseils. Elle changea les accès à ses comptes, sauvegarda les enregistrements sur un support sécurisé et photographia les documents avant de remettre les originaux dans un coffre.
Puis elle sortit de son bureau.
Michel et Nathalie l’attendaient dans le salon. Sur la table reposait une procuration.
— Voilà, ma chérie, commença son père avec un sourire forcé. C’est simplement pour me permettre de gérer la vente du terrain à ta place. Tu travailles beaucoup, tu n’as pas le temps de t’occuper de tout ça.
Claire prit le document et le parcourut lentement.
La procuration autorisait Michel à négocier la vente, à signer certains actes au nom de sa fille et à recevoir des sommes liées à la transaction.
— Pourquoi veux-tu vendre mon terrain ?
Michel perdit son sourire.
— Parce que j’ai des dettes. Et parce qu’un père a le droit de demander de l’aide à sa fille.
— Demander de l’aide, oui. Me prendre mon héritage, non.
Nathalie se leva brusquement.
— Après tout ce que ton père a fait pour toi, tu oses parler comme ça ?
Claire sentit sa joue lui brûler au souvenir de la gifle du matin.
— Vous m’avez frappée chez moi. Vous avez fouillé mon ordinateur. Et maintenant, vous voulez que je vous donne le pouvoir de vendre mon terrain.
— Fais attention à ce que tu racontes ! lança Nathalie.
Michel frappa la table du plat de la main.
— Ça suffit ! Tu vas signer ce papier et nous allons arrêter cette comédie.
Claire posa calmement la procuration.
— Non.
Le silence qui suivit fut brutal.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ? demanda son père.
— J’ai dit non. Et je vous demande de quitter ma maison.
Michel se mit à rire, persuadé qu’elle bluffait.
— Tu ne vas pas mettre ton propre père à la porte !
— Je vous ai accueillis parce que vous m’aviez dit que vous étiez en difficulté. Je ne vous ai jamais donné le droit de me frapper ni de disposer de mes biens.
Nathalie fit un pas vers elle.
— Tu vas regretter cette humiliation.
Claire recula et sortit son téléphone.
— J’ai enregistré votre conversation de ce matin. Et les caméras ont filmé ce que vous avez fait dans mon bureau.
Le visage de Michel changea.
— Quelles caméras ?
Claire ne répondit pas. Elle n’avait aucune raison de leur révéler davantage d’informations.
Son père tenta de lui arracher le téléphone. Elle recula immédiatement et appela les forces de l’ordre, expliquant qu’elle se sentait menacée par deux personnes qui refusaient de quitter son domicile.
Cette fois, Michel ne rit plus.
Lorsque les agents arrivèrent, Claire leur raconta les faits et leur montra les images. Ils recueillirent les déclarations de chacun et lui expliquèrent les démarches possibles concernant la gifle et les menaces. Michel et Nathalie finirent par quitter les lieux avec leurs effets personnels essentiels, tandis que Claire organisa la récupération du reste de leurs affaires sans rester seule avec eux.
Mais l’histoire ne s’arrêta pas là.
Trois jours plus tard, Maître Delcourt rappela Claire.
— J’ai vérifié la situation de votre terrain. Aucune vente n’a été enregistrée à ce jour. En revanche, nous avons retrouvé la trace d’une demande de renseignements adressée à un professionnel de l’immobilier par une personne se présentant comme votre représentante. Nous allons obtenir les documents nécessaires pour déterminer exactement ce qui a été transmis.
Claire sentit son estomac se nouer.
— Ils sont donc allés jusque-là…
— Nous n’avons pas encore la preuve qu’ils ont tenté de conclure une vente frauduleuse. Mais nous avons suffisamment d’éléments pour prendre des mesures préventives.
L’avocate fit vérifier le titre de propriété et recommanda à Claire de prévenir les professionnels concernés qu’aucune transaction ne devait être engagée sans vérification directe de son identité et de son consentement. Elle lui expliqua aussi qu’une procuration ne pouvait pas être créée ou utilisée légalement simplement parce qu’on était un parent.
Quelques jours plus tard, Michel se présenta au garage où Claire faisait entretenir sa voiture. Il avait les traits tirés et paraissait beaucoup moins sûr de lui.
— Nous devons parler.