« M’aider à aider votre famille ? C’est donc ainsi qu’il voyait les choses ? »

« Je ne savais pas qu’il avait prévu de transférer trente millions. Je te le jure. »

« Je ne vous demande pas de jurer. Je vous demande de conserver tous les documents et de coopérer avec l’enquête. »

Camille s’avança.

« Il y a encore quelque chose. »

Elle ouvrit une conversation sur son téléphone et fit défiler plusieurs messages.

« Marc écrivait à Julien depuis des mois. Il lui disait que le mariage devait avoir lieu avant la clôture du prochain exercice. Il parlait de “sécuriser l’accès aux garanties” et de “mettre Élodie en confiance”. »

Elle tendit le téléphone.

Élodie lut les messages sans rien dire.

L’un d’eux, envoyé par Marc trois semaines avant la demande en mariage, disait :

Une fois qu’elle sera engagée avec toi, elle aura du mal à refuser. Il faut simplement qu’elle signe les documents au bon moment.

Un autre, envoyé la veille du mariage, était encore plus explicite :

Après la cérémonie, ta mère prendra les choses en main. Elle saura lui faire comprendre qu’une épouse doit soutenir son mari.

Élodie reposa le téléphone.

Les paniers de linge. La buanderie. La gifle. L’humiliation soigneusement organisée.

Tout prenait une signification nouvelle.

Ils n’avaient pas seulement voulu obtenir son argent. Ils avaient peut-être voulu la placer dans une position où elle se sentirait obligée de céder, de se taire et de financer une entreprise au bord de l’effondrement.

Mais il manquait encore une pièce.

« Pourquoi les signatures falsifiées ? » demanda-t-elle. « Si vous comptiez me convaincre après le mariage, pourquoi fabriquer de faux documents avant ? »

Personne ne répondit.

Puis Camille murmura :

« Parce que Marc pensait que tu finirais par découvrir les dettes. Il voulait que le transfert soit déjà lancé avant que tu puisses poser des questions. »

Julien se tourna brusquement vers sa sœur.

« Tu ne sais pas de quoi tu parles ! »

« Si. J’ai vu les courriels. J’ai vu les tableaux de dettes. Et je t’ai entendu dire à Marc que tu ne pouvais pas continuer à lui mentir. »

« Tu nous espionnais ? »

Camille éclata en sanglots.

« Je cherchais à comprendre pourquoi tu avais changé ! Tu parlais de cette femme comme d’un investissement, Julien. Un investissement ! Et après, tu rentrais à la maison en disant que tu l’aimais. »

Le silence qui suivit fut terrible.

Élodie regarda son alliance, posée près du flacon de lessive.

Elle avait imaginé beaucoup de choses en se mariant. Des disputes, peut-être. Des désaccords, des difficultés à s’adapter à une nouvelle famille.

Jamais elle n’avait imaginé devoir se demander si les déclarations d’amour qu’elle avait reçues étaient sincères.

Elle sortit de son sac la carte de son avocate, Maître Sophie Delmas, spécialisée dans les contentieux patrimoniaux et les affaires commerciales complexes.

Elle l’avait appelée quelques mois auparavant pour mettre à jour certains documents successoraux. Elle ne pensait pas avoir besoin de ses services le jour de son mariage.

Cette fois, elle n’hésita pas.

« Sophie ? C’est Élodie. J’ai besoin de toi immédiatement. Il y a eu des violences physiques, une possible tentative de détournement de fonds et plusieurs documents dont l’authenticité est contestée. Je veux que tu prennes le dossier en main. »

Elle écouta la réponse, puis ajouta :

« Oui, je suis en sécurité pour le moment. Je vais quitter les lieux avec Camille si elle le souhaite. Je ne signerai rien et je ne discuterai d’aucun arrangement financier sans toi. »

Lorsqu’elle raccrocha, Catherine se précipita vers elle.

« Tu ne peux pas partir comme ça ! Les invités vont parler. Que va-t-on leur dire ? »

Élodie la regarda avec une lassitude presque paisible.

« Vous devriez peut-être vous demander ce que vous leur avez déjà donné à raconter. »

« Tu vas détruire notre famille ! »

« Non, Catherine. Je refuse simplement d’être celle qui paie pour sauver les apparences. »

Julien avait les yeux humides.

« Élodie, je t’en supplie. On peut réparer ça. Je t’aime. »

Elle le fixa longuement.

« Peut-être que tu as fini par éprouver quelque chose pour moi. Je ne peux pas savoir ce qu’il y avait dans ton cœur. Mais je sais ce que tu as choisi de faire de ma confiance. »

Il tenta de répondre.

Elle l’interrompit.

« Et je sais que l’amour ne donne à personne le droit de frapper l’autre, de l’humilier ou de décider à sa place de ce qu’il doit sacrifier. »

Elle récupéra son téléphone, son sac et le voile qu’elle avait soigneusement plié avant de descendre dans la buanderie.

Puis elle se tourna vers Camille.

« Tu viens avec moi ? »