« Est-ce qu’il t’a dit que j’avais signé des documents ? »

« Non. Jamais. »

Claire ferma les yeux un instant.

Elle n’avait pas de preuve que Sophie savait quoi que ce soit de plus. Elle ne voulait pas transformer chaque membre de la famille en suspect. Mais elle comprenait maintenant que Marc avait pu raconter des versions différentes à chacun.

« Sophie, je ne te demande pas de choisir un camp. Je te demande simplement de ne rien détruire si tu as des messages ou des documents concernant cette aide. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu crois qu’il a fait quelque chose d’illégal ? »

« Je crois qu’il y a des déclarations que je n’ai pas faites et des paiements que je n’ai jamais reçus. Le reste doit être vérifié. »

Sophie souffla.

« Je vais regarder mes messages. Et je vais venir voir maman demain. »

Pour la première fois depuis des mois, Claire sentit qu’elle n’était plus la seule à essayer de comprendre.

Mais la découverte la plus douloureuse n’était pas encore arrivée.

Deux jours plus tard, l’agence lui transmit un complément de dossier après sa demande écrite. Cette fois, il comprenait l’historique des modifications et les coordonnées de la personne qui avait transmis certains justificatifs.

Plusieurs documents avaient été envoyés depuis l’adresse électronique de Marc.

L’agence précisa toutefois que cela ne permettait pas, à lui seul, de déterminer qui avait rempli chaque formulaire ni qui avait apposé la signature contestée.

Claire imprima le relevé et le rangea dans une chemise.

Elle allait refermer le dossier lorsqu’elle remarqua une pièce jointe intitulée Attestation de disponibilité de l’aidante.

Elle l’ouvrit.

Le texte indiquait qu’elle avait réduit volontairement son activité professionnelle pour assurer la prise en charge de Monique, qu’elle disposait du temps nécessaire et qu’elle souhaitait renoncer aux interventions extérieures afin de privilégier l’accompagnement familial.

En bas de page figurait encore son nom.

Et une date.

La date correspondait au jour où Claire avait passé quatre heures à l’hôpital avec Monique, puis travaillé jusqu’à près de minuit pour rattraper une échéance professionnelle.

Elle se souvint parfaitement de cette journée. Marc lui avait envoyé un message pour lui demander de vérifier une enveloppe arrivée à la maison. Elle avait répondu qu’elle le ferait en rentrant.

Elle retrouva le message.

« Il y a un papier à signer pour maman. Je m’en occupe, ne t’inquiète pas. »

Claire relut la phrase.

Il n’avait pas écrit qu’il signerait à sa place. Il n’avait pas précisé qu’il s’agissait d’une déclaration concernant sa disponibilité professionnelle. Elle ne pouvait pas savoir, à partir de ce message, ce qu’il avait ensuite fait.

Mais il venait de lui donner une raison supplémentaire de demander une vérification complète.

Le soir même, elle posa le message imprimé à côté de l’attestation.

Marc resta silencieux longtemps.

Puis il murmura :

« Je voulais que le dossier soit accepté. »

Claire sentit son cœur se serrer.

« Pourquoi as-tu écrit que je voulais renoncer à l’aide extérieure ? »

Il frotta ses paumes sur ses genoux.

« Parce que si on faisait intervenir quelqu’un, il aurait fallu organiser les horaires, accueillir une personne à la maison… Je pensais que ce serait plus simple comme ça. »

« Plus simple pour qui ? »

Il ne répondit pas.

« Et l’argent ? » demanda-t-elle. « Tu pensais vraiment que tu pouvais recevoir des versements en mon nom sans me le dire ? »

Marc finit par lever les yeux.

« J’ai utilisé une partie pour les dépenses de maman. Une autre partie a servi à rembourser une dette personnelle. Je comptais remettre l’argent plus tard. »

Claire resta immobile.

« Quelle dette ? »

« Une dette que j’avais accumulée avant. »

« Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ? »

« J’avais honte. Et je pensais pouvoir régler ça rapidement. »

Il expliqua qu’il avait eu des difficultés financières liées à un ancien crédit et à plusieurs dépenses qu’il avait mal anticipées. Il affirma que les versements l’avaient aidé à éviter des retards de paiement. Il ne pouvait cependant pas encore fournir un relevé complet permettant de retracer toutes les sommes.

Claire ne confondit pas son explication avec une preuve.

Il pouvait avoir eu peur, avoir honte, avoir cru trouver une solution provisoire. Rien de tout cela ne justifiait de faire une déclaration en son nom sans son accord, ni de laisser croire que des services avaient été assurés si ce n’était pas le cas.

« Tu m’as laissée croire que je devais simplement être plus patiente », dit-elle. « Tu m’as reproché de faire sentir à ta mère qu’elle était de trop. Pendant ce temps, tu avais décidé que mon temps, mon travail et mon nom pouvaient servir à régler tes problèmes. »