Puis elle appela son père.
— Papa, est-ce que tu sais ce qu’est une donation ?
Michel pâlit.
— Claire m’a parlé d’une donation-partage.
Élodie sentit son cœur s’accélérer.
— À qui voulait-elle donner quoi ?
— Elle disait que ce serait plus simple de mettre la maison à son nom. Que je pourrais continuer à y vivre et qu’elle s’occuperait de moi jusqu’à la fin.
Un silence lourd s’installa.
La maison de Tours avait été achetée par Michel et son épouse, la mère des deux sœurs, après des années d’économies. Elle représentait leur vie entière : le jardin où ils avaient planté des rosiers, la cuisine où ils préparaient les repas de Noël, la chambre où Élodie avait appris à lire.
Et Claire voulait peut-être la récupérer avant même que son père soit mort.
Mais il restait à savoir ce qu’il avait réellement signé.
2. Élodie ne confronte pas sa sœur
À midi, Claire descendit enfin.
Elle portait une tenue élégante et tenait son téléphone à la main.
— Alors, tu as bien dormi ? demanda-t-elle à Élodie.
— Pas vraiment. Je m’inquiète pour papa.
Claire soupira.
— Tu arrives après des mois d’absence et tu remets tout en question. Tu ne sais pas ce que c’est que de vivre ici, de gérer ses crises, ses médicaments et ses rendez-vous.
— C’est vrai. Je ne sais pas tout ce que tu fais. C’est justement pour ça que je veux comprendre.
Claire parut surprise par cette réponse calme.
— Eh bien, si tu veux comprendre, tu peux rester quelques semaines. Tu verras ce que c’est.
— C’est possible. Mais j’aimerais aussi rencontrer le médecin qui le suit.
Le visage de Claire se ferma.
— Il n’y a rien à rencontrer. Papa perd la mémoire. Il ne faut pas le fatiguer avec des examens inutiles.
— Tu m’as dit qu’un neurologue avait évoqué Alzheimer. J’aimerais connaître son diagnostic.
— Tu me prends pour une menteuse ?
Élodie soutint son regard.
— Je veux simplement vérifier son état de santé.
Claire posa brutalement sa tasse.
— Tu as toujours été comme ça. Tu débarques, tu poses des questions et tu crois que tu sais mieux que tout le monde parce que tu as fait des études et que tu vis aux États-Unis.
Élodie aurait voulu lui rappeler qu’elle avait payé chaque mois les dépenses de leur père, précisément parce qu’elle ne pouvait pas être présente.
Mais elle se retint.
— Je ne sais pas mieux que tout le monde, répondit-elle. Je veux juste que papa soit bien.
Claire la fixa longuement, puis quitta la pièce.
Élodie comprit qu’elle avait touché un point sensible.
Elle appela ensuite le médecin traitant de Michel, en respectant les règles de confidentialité et avec l’aide de son père pour organiser la consultation. Elle demanda également un rendez-vous médical rapide, car Michel semblait dénutri et avait des ecchymoses inexpliquées.
Le médecin accepta de venir examiner Michel à domicile dans la journée.
Élodie ne voulait pas transformer cette affaire en règlement de comptes entre sœurs.
Elle voulait savoir si son père était en danger, obtenir des soins adaptés et préserver sa liberté de décision.
Si des actes illégaux avaient été commis, les preuves parleraient.
3. Le médecin découvre une vérité inquiétante
Le docteur Bernard arriva en début d’après-midi.
Claire tenta de prendre les choses en main dès l’entrée.
— Docteur, papa est très confus ces derniers temps. Il mange peu, il dort mal et il refuse de faire ses exercices.
Le médecin ne répondit pas immédiatement. Il salua Michel, lui demanda comment il se sentait et prit le temps de l’interroger directement.
Michel répondit à plusieurs questions avec précision. Il savait où il se trouvait, connaissait la date approximative et pouvait raconter les circonstances de sa fracture.
Il était fatigué, mais rien dans cet entretien ne permettait, à lui seul, de conclure à une démence.
Le médecin procéda à un examen et posa des questions sur l’alimentation, les médicaments et la rééducation.
Lorsqu’il aperçut les ecchymoses au poignet de Michel, il lui demanda comment elles étaient apparues.
— Je me cogne, répondit le vieil homme.
Le médecin regarda Claire.
— Ces marques doivent être évaluées. Il faut également vérifier son état nutritionnel et revoir l’ensemble de ses traitements.
Claire intervint aussitôt :
— Il prend beaucoup de médicaments. C’est normal qu’il soit un peu dans les nuages.
— Justement, répondit le médecin. Il faut connaître exactement les produits administrés et les doses.
Il demanda à voir les boîtes et les ordonnances.
Julien, qui venait d’arriver, prétendit qu’il ne savait plus où se trouvaient certains médicaments.