Véronique ne cherchait pas simplement à se débarrasser d’Élise. Elle voulait probablement mettre la main sur un héritage que le père d’Élise avait tenté de protéger, et le mariage avec Gabriel faisait partie d’un plan préparé bien avant la mort de cet homme.
Mais ce qu’elle ignorait, c’est que Gabriel avait lui aussi commencé à enquêter sur le dossier.
La vérité derrière le mariage
Lorsque Véronique arracha les feuilles des mains d’Élise, Gabriel ne bougea pas. Il observa simplement la date inscrite en haut de la page.
— Six mois avant la mort de son père, murmura-t-il. C’est bien ce que je pensais.
Véronique se retourna brusquement.
— Vous n’avez aucune raison de vous mêler de cette affaire.
— Vous êtes entrée chez moi avec un contrat concernant ma femme, mes parts et une succession dont vous prétendez ne rien savoir. Je crois que j’ai toutes les raisons de m’en mêler.
Élise regarda Gabriel, stupéfaite. Il avait donc découvert quelque chose avant elle.
Il sortit un dossier du tiroir de son bureau.
— Le père d’Élise détenait une participation importante dans une société d’investissement créée avec mon père. Après sa mort, ces parts auraient dû revenir à sa fille. Pourtant, elles ont disparu des documents successoraux.
Véronique serra le dossier contre elle.
— Votre père et le mien avaient des accords privés. Vous ne comprenez pas les affaires auxquelles vous touchez.
— Alors expliquez-nous pourquoi le nom d’Élise apparaît sur un document préparé avant le décès de son père.
Pour la première fois, Véronique ne trouva rien à répondre.
Élise sentit sa gorge se nouer. Pendant trois ans, elle avait cru que son père était mort en lui laissant des dettes. Véronique lui avait interdit de consulter certains papiers, prétendant qu’ils ne feraient que raviver sa peine.
À présent, chaque interdiction prenait un sens nouveau.
— Qu’est-ce que vous lui avez fait signer ? demanda Élise.
— Rien qui te concerne.
— Mon nom est sur ce document.
— Ton père m’avait confié la gestion de ses affaires. Il me faisait confiance.
— Et vous avez utilisé cette confiance pour me dépouiller ?
Véronique s’approcha d’elle.
— Fais attention à ce que tu dis. Tu n’as aucune preuve.
Gabriel posa calmement une enveloppe sur le bureau.
— C’est exact. Pas encore.
À l’intérieur se trouvaient des copies certifiées de courriers échangés entre deux cabinets juridiques. L’un mentionnait une modification suspecte de la succession. L’autre évoquait un transfert de parts conditionné à un mariage.
Le mariage d’Élise et Gabriel.
Véronique pâlit.
Le plan était plus pervers qu’Élise ne l’avait imaginé. Si elle épousait Gabriel, certaines clauses de gestion pouvaient être activées. Véronique espérait alors faire valider un transfert de parts au profit d’une société qu’elle contrôlait indirectement, en présentant l’opération comme une disposition familiale déjà approuvée par le père d’Élise.
Elle avait choisi Gabriel parce qu’elle le croyait isolé, diminué par son accident et incapable de défendre ses intérêts. Elle avait choisi Élise parce qu’elle la croyait pauvre, docile et reconnaissante envers celle qui l’avait hébergée.
Elle avait sous-estimé les deux.
Le secret que Gabriel gardait depuis des mois
Lorsque Véronique quitta le domaine, Élise se tourna vers son mari.
— Depuis quand savez-vous tout cela ?
Gabriel baissa les yeux.
— Depuis trois mois.
— Trois mois ? Vous m’avez laissée croire que je n’étais ici que parce que je n’avais nulle part où aller !
— Je ne savais pas si vous participiez au plan.
Élise recula, blessée.
— Vous m’avez observée comme si j’étais une suspecte.
— Oui. Et c’était injuste.
Il ne chercha pas d’excuse.
Gabriel lui expliqua qu’il avait découvert des incohérences dans les comptes de son entreprise après son accident. Plusieurs mouvements financiers avaient été autorisés en son nom alors qu’il était hospitalisé. En remontant les opérations, il avait retrouvé les traces de la société liée à Véronique et des documents portant la signature du père d’Élise.
Il avait alors engagé un avocat indépendant pour vérifier les pièces.
Puis Véronique avait proposé ce mariage.
Gabriel avait accepté parce qu’il espérait attirer les responsables dans un piège légal, mais il avait sous-estimé le prix humain de sa décision.
— J’aurais dû vous dire la vérité avant le mariage, reconnut-il. Je vous ai privée du choix que j’essayais moi-même de récupérer.
Élise resta longtemps silencieuse.
Elle ne pouvait pas oublier qu’il l’avait laissée entrer dans cette maison sans lui révéler les enjeux. Pourtant, elle voyait aussi l’homme qui travaillait chaque jour pour retrouver son autonomie, qui n’avait jamais exigé d’elle qu’elle joue l’épouse parfaite et qui venait de risquer ses propres intérêts pour empêcher Véronique de signer un transfert frauduleux.
— Je ne veux plus être un pion, dit-elle finalement.
— Vous ne le serez plus.