Marc sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
Il glissa la lettre dans sa poche et se plaça légèrement devant Lucas.
— Reste près de moi, lui murmura-t-il. Personne ne t’emmènera sans que nous sachions exactement ce qui se passe.
La femme élégante s’approcha avec un sourire forcé.
— Bonjour, monsieur l’agent. Je suis Sophie Delmas, la grand-mère de Lucas. Nous venons le chercher.
L’homme qui l’accompagnait ne disait rien. Il fixait simplement l’enfant.
Marc remarqua que Lucas avait reculé de quelques centimètres.
— Vous avez une pièce d’identité ? demanda le policier.
Sophie sortit immédiatement son portefeuille.
— Bien sûr. Et voici mon gendre, Julien. Il vit avec ma fille depuis plusieurs années.
Julien tendit la main.
— Nous sommes désolés pour le dérangement. Lucas est parfois un peu difficile. Sa mère traverse une période compliquée et nous essayons de l’aider.
Le garçon agrippa la veste de Marc.
— Ce n’est pas mon papa, murmura-t-il.
Le policier ne quitta pas Julien des yeux.
— Je vais d’abord vérifier certaines informations. En attendant, personne ne repart avec l’enfant.
Le sourire de Sophie disparut.
— Vous n’avez pas le droit de nous retenir. Nous sommes sa famille !
— Et moi, je suis responsable de m’assurer qu’un enfant en situation potentielle de danger soit protégé.
Marc appela ses collègues et demanda qu’une équipe le rejoigne. Il fit également prévenir les services chargés de la protection de l’enfance.
Julien s’impatienta.
— Nous n’avons pas de temps à perdre. Donnez-nous le garçon.
À cet instant, Lucas sortit le vieux téléphone de son sac.
— Monsieur, maman m’a dit de vous montrer ça si ces personnes venaient me chercher.
Marc prit l’appareil. Il était ancien, mais encore fonctionnel. Une vidéo avait été enregistrée dans les fichiers.
Il appuya sur lecture.
Le visage d’une femme apparut à l’écran. Elle avait l’air épuisée, mais parlait distinctement.
— Marc, si tu regardes cette vidéo, c’est que Lucas a réussi à te remettre les documents. Je m’appelle Émilie Morel. Nous nous sommes rencontrés il y a huit ans, lorsque tu travaillais encore au commissariat de Valmont.
Marc se figea.
Il se souvenait d’Émilie.
Huit ans auparavant, elle avait été témoin dans une affaire de disparition. Un homme, Thomas Bernard, avait disparu après avoir découvert un réseau de falsification de documents et de détournement d’argent lié à une société de transport.
L’enquête n’avait jamais abouti.
La vidéo continua.
— Thomas est le père de Lucas. Il n’est pas mort, contrairement à ce que j’ai été obligée de raconter à mon fils. Il a disparu après avoir découvert que Julien et Sophie utilisaient son identité pour détourner de l’argent. Ils ont ensuite fait croire à tout le monde qu’il avait abandonné sa famille.
Marc sentit sa respiration se bloquer.
Il regarda Julien.
Le tatouage sur sa main était bien celui qui apparaissait sur une photographie prise huit ans plus tôt lors de l’enquête.
Émilie poursuivit :
— Julien a épousé ma sœur après avoir prétendu vouloir m’aider. Mais il cherchait surtout à retrouver les documents que Thomas avait cachés. Sophie l’a aidé. Ils pensent que je possède encore les preuves. Je ne sais plus à qui faire confiance. J’ai essayé de contacter les autorités, mais chaque fois que je faisais une démarche, Julien semblait en être informé.
La vidéo s’interrompit.
Marc resta silencieux quelques secondes.
Puis il se tourna vers ses collègues, qui venaient d’arriver.
— Il faut sécuriser les lieux. Et vérifiez immédiatement l’identité de ces deux personnes.
Sophie protesta.
— C’est ridicule ! Cette femme est instable. Elle invente des histoires depuis des années !
Marc sortit la photographie pliée que Lucas lui avait remise.
Elle représentait deux hommes devant un entrepôt. L’un était Thomas, le père de Lucas. L’autre était Julien, plus jeune, portant le même tatouage sur la main droite.
Au dos, une date et une adresse étaient inscrites.
Marc reconnut immédiatement l’endroit : un ancien entrepôt qui avait été fermé après l’enquête de huit ans auparavant.
— Pourquoi cette photographie se trouvait-elle dans les affaires de Lucas ? demanda-t-il.
Julien ne répondit pas.
Son silence en disait déjà beaucoup.
Les policiers séparèrent les adultes et vérifièrent leurs identités. Sophie et Julien furent conduits au commissariat pour être entendus, tandis que Lucas fut confié à une intervenante spécialisée, dans un espace calme, à l’écart de l’agitation.
Marc s’assit près de lui.
— Tu as été très courageux. Mais tu n’aurais jamais dû avoir à porter tout ça tout seul.
Lucas baissa les yeux.
— Est-ce que maman est en prison ?
— Non, champion. Nous allons la retrouver et vérifier qu’elle va bien.
Le garçon sortit alors un petit papier de sa poche.
— Maman m’a donné ça aussi. Elle a dit que je devais le garder jusqu’à ce que je voie quelqu’un qui connaissait papa.