Gabriel attrapa ses clés et appela immédiatement la police. Il transmit le message vocal, l’adresse de la tour Horizon et les éléments concernant la menace contre Zoé. Puis il contacta l’équipe de sécurité indépendante de Nexalis.

Il ne retournerait pas dans le passé pour agir seul. Pas cette fois.

À 21 h 18, il arriva devant la tour. Les portes du hall étaient entrouvertes. À travers les vitres, il aperçut une silhouette immobile près des ascenseurs.

C’était Laurent.

— Vous êtes venu, dit le directeur des opérations.

— Où est Claire ?

Laurent sourit sans répondre.

Gabriel remarqua alors une caméra portable posée sur un trépied, dirigée vers l’entrée. À côté se trouvait une enveloppe contenant plusieurs documents.

— Vous vouliez me voir pour me menacer, ou pour me faire porter quelque chose ?

— Vous avez toujours été plus intelligent que vous en avez l’air, monsieur Morel.

— Et vous avez toujours pensé que les autres étaient trop naïfs pour vous comprendre.

Le sourire de Laurent disparut.

Il expliqua que Nexalis était devenue trop importante pour être dirigée par une femme qui, selon lui, prenait des décisions guidées par ses principes plutôt que par les intérêts de l’entreprise. Il prétendait avoir organisé des transferts de données pour négocier des contrats à l’étranger. Les informations, disait-il, n’avaient jamais été destinées à mettre des vies en danger.

— Vous avez vendu des vulnérabilités concernant des infrastructures publiques, répondit Gabriel. Vous ne contrôlez pas ce que les acheteurs en font.

— Je contrôlais les transactions.

— Jusqu’à ce que Claire découvre les accès suspects.

Laurent détourna les yeux.

— Elle aurait dû s’arrêter.

— Alors vous avez envoyé trois hommes l’intimider ?

— Je n’ai ordonné à personne de la blesser.

Gabriel ne répondit pas. Cette affirmation ne prouvait rien, et il ne comptait pas laisser Laurent transformer la conversation en procès improvisé.

— Et la photographie de ma fille ?

Cette fois, Laurent se raidit.

— Je n’ai jamais demandé qu’on approche un enfant.

— Pourtant, quelqu’un savait où elle étudiait.

Laurent resta silencieux.

Gabriel comprit qu’il ignorait peut-être certains détails du dispositif qu’il avait contribué à créer. Mais cela ne changeait rien à la menace.

— Vous avez utilisé les accès de Nexalis, des identifiants clonés et une signature électronique réutilisée. Vous avez fait croire que Claire avait autorisé les transferts. Vous vouliez qu’elle perde son poste avant que l’audit ne remonte jusqu’à vous.

Laurent serra les mâchoires.

— Vous ne savez pas ce que cette entreprise m’a coûté.

— Ce n’est pas votre entreprise.

— J’ai sacrifié des années pour la construire !

— Vous avez travaillé pour elle. Ce n’est pas la même chose que la posséder.

Laurent fit un pas vers lui.

Gabriel ne bougea pas.

Six ans auparavant, il aurait probablement tenté de neutraliser immédiatement toute menace. Mais il avait appris, au prix d’une perte qui le hantait encore, que le courage ne consistait pas toujours à frapper le premier. Parfois, il consistait à empêcher la colère de décider à votre place.

Il désigna l’enveloppe.

— Qu’est-ce qu’il y a dedans ?

— Une copie des contrats. Les noms des intermédiaires. Les comptes utilisés pour recevoir les paiements.

— Pourquoi me les montrer ?

Laurent hésita.

— Parce que Claire ne me laissera aucune issue.

— Ce n’est pas elle qui vous a placé dans cette situation.

Un bruit résonna dans l’escalier.

Laurent tourna brusquement la tête. Une seconde silhouette apparut au bout du couloir, puis une autre. Gabriel recula vers une zone éclairée du hall, sans quitter les nouveaux arrivants des yeux.

— Vous n’étiez pas censé venir seul, dit Laurent.

— Je ne suis pas venu seul.

À cet instant, plusieurs policiers entrèrent dans le bâtiment.

Laurent recula, le visage décomposé.

— Vous m’avez piégé !

— Non, répondit Gabriel. J’ai signalé une menace et donné aux enquêteurs les informations que je possédais. C’est vous qui avez choisi de venir ici.

Les policiers lui ordonnèrent de garder les mains visibles. Laurent obtempéra après quelques secondes d’hésitation. Les agents procédèrent à son interpellation dans le cadre de l’enquête et saisirent les documents présents sur place.

Mais Claire restait introuvable.

Gabriel la chercha dans les étages avec les policiers. Au 29e étage, ils découvrirent une porte de service ouverte et un téléphone brisé sur le sol.

Puis une voix faible leur parvint de l’autre côté d’une cloison provisoire.

— Ici !

Claire était enfermée dans une petite salle technique. Elle avait les poignets attachés, mais semblait consciente. Les policiers la libérèrent et appelèrent les secours pour examiner ses blessures.

Lorsqu’elle aperçut Gabriel, ses yeux se remplirent de larmes.

— Je pensais qu’il allait me forcer à signer un document, murmura-t-elle. Il voulait que je reconnaisse avoir autorisé les transferts.

— Tu n’as rien signé ?