L’avion avait déjà quitté la passerelle lorsque Adrien aperçut, au bout du terminal, deux agents de la Police aux frontières qui couraient vers eux.
— Les enfants sont ici, lança-t-il. La passagère s’appelle Camille Vautrin. Elle a abandonné ces jumeaux et semble vouloir quitter le territoire sans eux.
L’un des agents prit immédiatement contact avec ses collègues chargés du vol. L’autre s’agenouilla devant Léa et Noé, leur parla doucement et demanda à Adrien de ne plus toucher aux documents trouvés dans le sac.
— Vous avez bien fait de nous prévenir, monsieur. Nous allons nous occuper de leur sécurité.
Adrien acquiesça. Il n’était ni policier ni enquêteur. Il avait seulement refusé de détourner le regard.
Quelques minutes plus tard, l’avion s’immobilisa. Le débarquement de Camille fut demandé pendant que les autorités vérifiaient la situation. Elle réapparut dans le terminal, furieuse, traînant sa valise derrière elle.
— C’est une plaisanterie ? cria-t-elle. Je suis leur tutrice ! J’ai parfaitement le droit de voyager sans eux !
L’agent lui demanda de le suivre pour clarifier les circonstances de l’abandon. Camille se raidit.
— Je les avais confiés à quelqu’un ! Ils devaient être récupérés !
— À qui ? demanda l’agent.
Elle resta silencieuse.
Léa se recroquevilla contre son frère. Noé, lui, fixait la boîte rouge qu’il tenait toujours contre sa poitrine.
— Elle nous a dit qu’on devait attendre jusqu’à ce qu’une personne nous trouve, murmura-t-il.
Camille tourna brusquement la tête vers lui.
— Tais-toi !
L’agent intervint immédiatement et éloigna Camille des enfants. Ce geste, plus que les cris, confirma à Adrien que la priorité était désormais de mettre les jumeaux à l’abri.
Les enfants furent conduits dans un espace calme, accompagnés par une professionnelle chargée de leur protection. Adrien resta à proximité, à leur demande, jusqu’à ce qu’un responsable lui explique qu’ils allaient être confiés temporairement à un service compétent, le temps de vérifier leur situation familiale.
Avant de quitter la pièce, Noé tira doucement la manche d’Adrien.
— Monsieur, vous avez vu le papier sur le flacon bleu ?
— Oui. Tu peux me raconter ce dont tu te souviens, si tu le souhaites. Tu n’as pas besoin d’inventer ni de deviner quoi que ce soit.
Le garçon inspira profondément.
— La nuit où papa est mort, Camille était dans la cuisine. Elle avait un petit flacon bleu. Elle a dit que c’était un médicament pour l’aider à dormir. Après, papa a eu très mal au ventre. Il a appelé Camille, mais elle lui a dit d’arrêter de faire semblant.
Léa se mit à pleurer.
— Elle nous a enfermés dans notre chambre. Elle disait qu’on ferait du mal à papa si on sortait.
Adrien sentit la colère lui monter à la gorge, mais il la contint.
— Vous n’êtes responsables de rien, tous les deux. Vous avez le droit de parler de ce dont vous vous souvenez. Ce sont les adultes qui vont vérifier les faits.
Un psychologue pour enfants fut sollicité afin de recueillir leurs paroles sans les influencer. Les autorités prirent note de leurs déclarations et décidèrent de transmettre les éléments concernant le décès d’Étienne Vasseur aux enquêteurs compétents.
Car le document d’assurance-vie soulevait une autre question : pourquoi Camille était-elle devenue bénéficiaire de 22 millions d’euros quelques jours seulement avant la mort de son mari ?
Il ne suffisait pas d’un contrat ni du témoignage d’enfants pour établir un crime. Mais l’ensemble justifiait des vérifications approfondies.
Le lendemain matin, Adrien fut contacté par une enquêtrice.
— Monsieur Delmas, les documents trouvés dans le sac ont été placés sous scellés. Nous avons également demandé la conservation des images de vidéosurveillance de l’aéroport. Nous souhaiterions comprendre comment vous avez découvert l’enveloppe.
Adrien raconta précisément ce qu’il avait vu, sans embellir son rôle ni interpréter les faits.
— Et le flacon bleu ? demanda-t-il. A-t-il été retrouvé ?
— Pas à ce stade. Nous cherchons à établir où il se trouve et s’il existe un lien avec le décès de monsieur Vasseur.
L’enquêtrice ajouta que l’examen du dossier médical et les circonstances de la souscription de l’assurance feraient partie des investigations. Les enquêteurs vérifieraient notamment les dates, les signatures et les éventuelles modifications apportées au contrat.
Adrien raccrocha, conscient que la vérité ne serait pas révélée en une journée.
Pendant ce temps, Léa et Noé furent installés dans un lieu d’accueil adapté. Ils dormaient mal, sursautaient au moindre bruit et demandaient plusieurs fois par jour si Camille allait venir les chercher. Les professionnels chargés de leur accompagnement leur expliquèrent avec des mots simples qu’ils étaient en sécurité et que personne ne les obligerait à raconter leur histoire à répétition.
Adrien leur rendit visite lorsque cela fut autorisé. Il apportait des livres, des crayons et parfois des biscuits, mais jamais de cadeaux extravagants. Il savait que ces enfants avaient davantage besoin de stabilité que de promesses.