Chapitre 1 — Le visage qu’elle n’aurait jamais dû demander
Quatorze jours après l’intervention, Clara Beaumont se tenait dans une chambre privée de la clinique, les mains tremblantes. Depuis son admission, elle avait respecté toutes les consignes du docteur Valmont. Aucun miroir, aucune photographie, aucune visite. Elle avait même accepté que son téléphone soit conservé par le personnel médical, convaincue que cette attente rendrait sa transformation encore plus spectaculaire.
Ce matin-là, Éléonore entra dans la pièce avec une petite boîte blanche et un miroir recouvert d’un tissu noir.
— Vous êtes prête ? demanda-t-elle.
Clara hocha vivement la tête.
— Je veux voir la femme dont Thomas va tomber amoureux.
Éléonore ne répondit pas immédiatement. Elle posa la boîte sur la table de chevet et observa cette jeune femme qui avait dépensé une fortune pour devenir quelqu’un d’autre, sans jamais se demander pourquoi elle devait changer pour être aimée.
— Avant de retirer ce tissu, j’aimerais vous poser une dernière question, dit-elle. Si Thomas vous quittait demain, est-ce que vous regretteriez cette opération ?
Clara eut un petit rire.
— Il ne me quittera pas. Il m’a promis que nous construirions une vie ensemble dès qu’il serait débarrassé de sa femme.
Ces mots achevèrent de briser quelque chose en Éléonore.
Elle avait passé dix-huit ans à aimer Thomas, à l’accompagner dans ses difficultés professionnelles, à élever leurs deux enfants et à soutenir ses ambitions. Elle avait travaillé de nuit à l’hôpital, parfois en sacrifiant son sommeil et ses vacances, pour offrir à sa famille une vie stable.
Et pendant tout ce temps, son mari préparait secrètement son remplacement.
— Très bien, murmura-t-elle. Regardez.
Elle retira le tissu.
Clara fixa son reflet.
D’abord, elle ne comprit pas. Elle se rapprocha du miroir, tourna la tête à gauche, puis à droite. Elle toucha son nez, ses joues, le contour de ses yeux.
Le silence devint insupportable.
Le visage qu’elle découvrait n’était pas celui d’une nouvelle beauté éclatante. C’était celui de la femme photographiée sur le téléphone, avec ses traits familiers, son expression douce et les signes discrets de la fatigue.
Le visage d’Éléonore.
— Non… souffla Clara.
Elle saisit le miroir à deux mains.
— Qu’est-ce que vous m’avez fait ?!
Éléonore resta calme.
— Vous m’avez montré le visage d’une femme que vous vouliez remplacer. Vous m’avez demandé de vous rapprocher de cette femme. Je vous ai expliqué que toute intervention comportait des risques et que les résultats dépendaient de limites médicales précises.
— Vous avez volontairement fait ça !
— Non, Clara. Je ne vous ai pas opérée pour vous punir. Je ne pratiquerais jamais une intervention irréversible dans le seul but de me venger. Mais je ne vous ai jamais promis de vous transformer en une autre personne non plus.
Clara se leva brusquement, puis grimaça sous l’effet de la douleur et de la tension.
— Je vais vous poursuivre ! Vous allez perdre votre clinique !
Éléonore appuya sur le bouton d’appel du personnel.
— Vous avez parfaitement le droit de demander un avis médical indépendant et de faire examiner votre dossier. Je vous fournirai les comptes rendus, les consentements et toutes les informations nécessaires.
Puis elle ajouta, d’une voix plus basse :
— Mais avant de menacer qui que ce soit, demandez-vous pourquoi Thomas vous a convaincue qu’il fallait effacer une autre femme pour mériter sa place.
Clara détourna les yeux.
Pour la première fois depuis des mois, elle n’avait aucune réponse.
Chapitre 2 — Le véritable cadeau de Thomas
Le lendemain, Clara exigea de récupérer son téléphone. Elle voulait appeler Thomas, lui raconter ce qui s’était passé et lui demander de venir immédiatement.
Il répondit au bout de la troisième sonnerie.
— Clara ? Tu ne devrais pas m’appeler sur cette ligne.
— Thomas, tu dois venir à Paris. Tout a mal tourné !
— Qu’est-ce que tu racontes ?
Elle lui expliqua l’intervention, le miroir et le visage qu’elle avait découvert. Au bout du fil, un long silence s’installa.
Puis Thomas posa la question qui lui glaça le sang :
— Tu as dit à quelqu’un que c’était moi qui payais ?
Clara cessa de pleurer.
— C’est la première chose qui t’inquiète ?
— Tu ne comprends pas. Ma femme est médecin. Si elle apprend quoi que ce soit, elle peut détruire ma famille.
— Ta famille ? Tu m’avais dit que tu ne restais avec elle que pour les enfants !
Thomas soupira avec impatience.
— Écoute-moi. Je vais régler le problème. Ne contacte personne. Ne parle à aucun journaliste. Et surtout, ne viens pas chez moi.
Il raccrocha.
Clara resta immobile, le téléphone contre son oreille.