Le père de Léa avait conservé plusieurs documents dans une boîte métallique, selon les informations que sa famille avait données aux enquêteurs. Après sa mort, Sonia avait affirmé l’avoir jetée parce qu’elle ne contenait que de vieux papiers.
Pourtant, lorsque les gendarmes retournèrent au domicile, ils ne retrouvèrent aucune trace de cette boîte.
Ils découvrirent en revanche que Sonia avait récemment loué un petit espace de stockage sous un faux motif.
Une perquisition autorisée permit d’y retrouver des documents appartenant à Paul, des relevés bancaires et plusieurs courriers liés à l’assurance. Certains semblaient indiquer que Sonia avait tenté d’obtenir le contrôle de fonds destinés à l’avenir de Léa.
L’enquête devait encore déterminer précisément ce qui avait été déplacé, si des sommes avaient été indûment utilisées et quelles infractions pouvaient être retenues. Mais l’ensemble des éléments rendait désormais la version de Sonia de moins en moins crédible.
Quant à son accusation contre Marc, elle ne résistait plus aux vérifications.
Lorsque l’adjudant Morel l’interrogea de nouveau, Sonia changea de récit. Elle affirma d’abord avoir confondu les dates, puis prétendit que Marc lui avait promis de l’argent sans le lui avoir effectivement remis.
Les enquêteurs lui présentèrent les éléments contradictoires.
Son visage se décomposa.
— Vous ne comprenez pas, finit-elle par lâcher. Je n’en pouvais plus ! Paul m’avait laissé une enfant et des problèmes d’argent. Tout le monde s’attendait à ce que je joue à la mère parfaite !
— Cela ne justifie pas d’abandonner une enfant sur une route, répondit Morel. Et cela ne justifie pas non plus d’accuser quelqu’un sans preuve.
Sonia ne répondit pas.
Elle fut poursuivie dans le cadre de la procédure, tandis que les enquêteurs poursuivaient leurs vérifications sur les questions financières. Marc, de son côté, fut informé que les éléments réunis ne confirmaient pas l’accusation portée contre lui.
Lorsqu’il apprit que ses visites pourraient reprendre, il ne manifesta aucune joie bruyante. Il demanda simplement :
— Est-ce que Léa va bien ?
Claire lui répondit qu’elle avait traversé des moments difficiles, mais qu’elle était entourée par une équipe attentive.
— Elle demande encore après vous.
Marc détourna le regard quelques secondes.
— Alors, si c’est autorisé, dites-lui que je viendrai demain.
Le lendemain, il arriva au foyer avec un petit sac en papier. Il contenait un livre sur les animaux des forêts et un minuscule renard en bois qu’il avait sculpté lui-même dans son garage.
Léa l’attendait dans la salle de visite.
Quand elle le vit, elle se leva si vite que son lapin tomba par terre.
— Vous êtes revenu !
Marc se baissa pour ramasser le lapin et le lui rendit.
— Je t’avais dit : à demain.
La fillette resta silencieuse, les yeux brillants.
— Ils ont dit que vous m’aviez achetée.
Marc sentit sa gorge se serrer.
— Certaines personnes ont dit des choses fausses à mon sujet. Les adultes chargés de vérifier les faits ont fait leur travail. Mais ce qui compte, c’est que tu n’es responsable ni de leurs mensonges ni de ce qui t’est arrivé.
— Vous n’êtes pas fâché contre moi ?
— Pourquoi serais-je fâché contre toi ?
Elle haussa les épaules.
— Parce que je vous ai apporté des problèmes.
Marc posa le petit renard sur la table.
— Léa, les problèmes des adultes appartiennent aux adultes. Tu n’as pas à les porter à leur place.
Pour la première fois depuis des jours, la fillette sourit.
Ce n’était pas encore le sourire libre d’une enfant qui se sent en sécurité. Il était timide, presque hésitant. Mais Marc comprit qu’il ne fallait pas lui demander davantage.
Il était venu pour tenir une promesse, pas pour exiger sa confiance.
Les semaines passèrent. Léa commença à dormir un peu mieux et à participer aux activités du foyer. Elle parlait parfois de son père, de ses crêpes ratées et des petits animaux qu’il fabriquait dans son atelier.
Marc continua ses visites dans le respect des décisions des services sociaux. Il ne demanda jamais à ce qu’on lui confie immédiatement la fillette. Il savait que l’aider ne lui donnait aucun droit sur elle.
Un jour, il demanda toutefois à Claire quelles possibilités existaient pour devenir famille d’accueil, si cela pouvait correspondre aux besoins de Léa et si les professionnels estimaient qu’un tel projet serait approprié.
Claire lui expliqua qu’une évaluation approfondie serait nécessaire : sa situation personnelle, son logement, son entourage et sa capacité à répondre durablement aux besoins d’un enfant seraient examinés. Son apparence, ses tatouages ou son passé ne décideraient pas à eux seuls de l’issue.
— Vous devez aussi comprendre que Léa aura besoin de temps, ajouta-t-elle. Elle peut s’attacher à vous et avoir malgré tout peur que vous partiez. Il faudra accepter ses hésitations.
Marc hocha la tête.