— Il faut également vérifier si cette pratique existe sur d’autres vols.

Nadia acquiesça.

— Je vais demander un contrôle des réaffectations manuelles effectuées par les comptes concernés au cours des trois derniers mois. Nous devons déterminer si cet incident est isolé ou s’il révèle un problème plus large.

Julien intervint enfin :

— Je veux que l’enquête soit menée par une équipe indépendante de vos services opérationnels. Et je ne veux pas que mon titre devienne une excuse pour traiter mon dossier différemment de celui d’un autre passager.

Antoine le regarda avec gravité.

— Vous avez raison.

— Non, monsieur Mercier. Ce n’est pas seulement une question d’avoir raison. Imaginez une personne qui n’aurait aucun moyen de se défendre, aucun contact dans la compagnie et aucun enregistrement de ce qui vient de se passer. Elle aurait simplement été déplacée, humiliée, puis présentée comme responsable de son propre désagrément.

Le silence s’installa dans le bureau.

Antoine ne trouva rien à répondre.

2. Pendant ce temps, en première classe

Véronique Delmas avait remarqué l’agitation sur la passerelle, mais elle n’en connaissait pas encore la cause exacte.

Installée au siège 1A, elle avait commandé un verre d’eau et demandé à Sophie de vérifier que ses bagages seraient traités en priorité à l’arrivée.

Lorsque la cheffe de cabine s’approcha, Véronique lui demanda :

— Alors, ce monsieur est parti ?

Sophie resta debout devant elle.

— Madame Delmas, nous devons vous demander de patienter. Une vérification interne est en cours concernant l’attribution de votre siège.

— Quelle vérification ? Il est parti de son plein gré, non ?

Sophie baissa les yeux.

— Le dossier indique qu’il a accepté la modification, mais nous n’avons trouvé aucune confirmation de sa part.

Le sourire de Véronique disparut.

— Écoutez-moi bien. Mon groupe fait voyager des dizaines de collaborateurs chaque semaine. Je ne vous conseille pas de transformer une simple réorganisation en affaire publique.

— Je comprends l’importance de votre contrat, madame. Mais nous devons respecter nos procédures.

— Vos procédures ? Vous venez de me laisser m’installer à la place d’un homme qui n’avait manifestement pas les moyens de voyager ici !

Deux rangées plus loin, un passager releva brusquement la tête.

— Pardon, madame, dit-il. Son billet indiquait clairement son siège.

Véronique se tourna vers lui.

— Je ne vous ai rien demandé.

— Non. Mais vous avez demandé qu’on fasse descendre quelqu’un qui avait payé sa place.

Une autre passagère prit la parole.

— Et sa petite fille avait l’air terrifiée.

Véronique sentit les regards se tourner vers elle. Elle avait compté sur le silence des autres voyageurs. Elle découvrait que ce silence n’était pas forcément de l’approbation.

Sophie, de son côté, venait de recevoir une instruction officielle : aucune nouvelle attribution de siège ne devait être validée avant la fin du contrôle.

— Madame Delmas, dit-elle avec calme, le siège 1A ne peut pas vous être attribué tant que nous n’avons pas clarifié les circonstances de la modification.

— Vous plaisantez ? J’y suis déjà installée !

— Je suis désolée. Je vais devoir vous demander de rejoindre votre siège confirmé, le 3C.

Véronique se leva si brusquement que son sac heurta l’accoudoir.

— Vous savez combien vaut mon contrat annuel ?

— Oui, madame. Mais votre contrat ne vous donne pas droit au siège d’un autre voyageur.

Cette fois, personne ne détourna les yeux.

3. Le choix de Julien

Sur la passerelle, Antoine proposa à Julien de remonter immédiatement dans l’avion.

— Le siège 1A vous est réservé. Nous pouvons vous y réinstaller et présenter des excuses officielles avant le départ.

Julien regarda sa fille.

Emma tenait toujours son cahier de dessins contre elle. Elle avait préparé une petite illustration pour la cérémonie du lendemain : sa mère, debout devant une table de laboratoire, entourée de plantes et de bocaux colorés.

— Papa, est-ce qu’on va quand même arriver à temps pour l’école ?

Il s’agenouilla devant elle.

— Je vais tout faire pour qu’on y arrive.

Puis il se releva et répondit à Antoine :

— Nous allons reprendre nos sièges. Emma a un rendez-vous important demain, et je ne vais pas la priver de ce moment pour prolonger une confrontation. Mais je veux que le dossier soit conservé dans son intégralité.

— Ce sera fait.

— Je veux également que les personnes impliquées ne puissent pas modifier les traces de cette opération et que les conclusions soient transmises au comité d’audit.

Antoine acquiesça.

— Je m’y engage.

Julien ajouta :

— Et ne faites pas de mon identité le centre de cette histoire. Le problème n’est pas qu’un président ait été mal traité. Le problème, c’est qu’un passager a été mal traité parce que son apparence ne correspondait pas à l’idée que certains se font d’un client important.