Claire avait déjà pris sa décision.
Ce que Julien ignorait, c’est qu’elle ne préparait pas seulement son départ. Elle préparait la fin de tous les mensonges qu’il avait construits autour d’elle.
Le samedi suivant, Julien reçut un appel de sa mère, Françoise.
— Tu dois absolument venir déjeuner dimanche. J’ai invité ta sœur et son mari. Et prends Claire avec toi.
— Pourquoi ?
— Parce que votre couple ne peut pas continuer ainsi. Une femme mariée doit savoir pardonner. Je lui parlerai.
Julien hésita. Depuis des semaines, il ne reconnaissait plus sa femme. Elle ne lui demandait plus où il allait, ne vérifiait plus son téléphone et ne cherchait même plus à savoir pourquoi il rentrait tard.
Il avait pris son silence pour une stratégie destinée à le faire culpabiliser.
Il accepta donc le déjeuner, persuadé que sa mère réussirait à ramener Claire à la raison.
Il ne savait pas que Claire avait déjà préparé une chemise cartonnée contenant des documents qu’elle attendait le bon moment pour présenter.
Le dimanche, à midi, Claire arriva chez sa belle-mère avec vingt minutes d’avance. Elle portait un tailleur beige, ses cheveux étaient attachés et elle tenait une grande chemise sous le bras.
Françoise l’accueillit avec un sourire forcé.
— Enfin ! J’espère que tu as réfléchi. Julien traverse une période compliquée. Un homme qui travaille autant peut parfois faire des erreurs.
Claire posa son manteau.
— Trois ans, ce n’est pas une erreur, Françoise.
Le sourire de sa belle-mère disparut.
— Tu exagères. Tous les couples traversent des épreuves. Une vraie épouse pardonne au lieu de détruire son foyer.
Claire ne répondit pas.
À table, Julien évita son regard. Sa sœur, Sandrine, tenta de parler des vacances de printemps, mais Françoise revint rapidement au sujet qui l’intéressait.
— Claire, je vais être franche. Julien a construit une belle situation. Il t’a toujours entretenue. Tu as un appartement magnifique, tu n’as jamais manqué de rien. Tu ne peux pas jeter dix années de mariage pour une aventure.
Claire posa sa fourchette.
— Cet appartement, justement. Parlons-en.
Julien releva brusquement la tête.
— Quel rapport avec notre mariage ?
— Un rapport très direct.
Elle ouvrit la chemise et sortit plusieurs documents.
Le premier était l’acte d’acquisition de l’appartement parisien dans lequel ils vivaient depuis leur mariage.
Françoise parcourut la première page, puis fronça les sourcils.
— Je ne comprends pas.
— C’est normal, répondit Claire. Tu n’as jamais demandé qui avait réellement financé cet appartement.
Elle se tourna vers Julien.
— Tu racontes à ta famille que tu as acheté notre logement grâce à tes revenus. Pourtant, avant notre mariage, j’avais vendu le petit appartement hérité de ma grand-mère. Le produit de cette vente a servi à financer une grande partie de notre achat.
Julien se redressa.
— Nous avons acheté ensemble !
— Oui. Mais les apports de chacun sont documentés. Et les actes notariés précisent les droits de propriété. Tu as toujours présenté ce logement comme un cadeau que tu m’aurais généreusement offert.
Elle fit glisser le document vers Sandrine.
— Regarde la date et les montants.
Sandrine lut en silence. Son expression changea.
Claire sortit ensuite des relevés bancaires, des factures et des justificatifs de virements.
— Pendant trois ans, Julien a utilisé une partie de nos ressources pour financer des séjours à l’hôtel, des restaurants, des cadeaux et plusieurs week-ends avec Camille. J’ai retrouvé les paiements parce que certains ont été effectués depuis un compte auquel j’avais encore accès.
Françoise secoua la tête.
— Tu as fouillé dans les comptes de ton mari ?
— Dans nos comptes communs, oui. J’avais parfaitement le droit de comprendre où allait notre argent.
Julien tendit la main vers les papiers.
— Donne-moi ça. Tu sors des choses de leur contexte.
Claire retira calmement la chemise.
— Les factures sont accompagnées des dates, des montants et des relevés correspondants. Si tu contestes quelque chose, tu pourras le faire avec les justificatifs nécessaires.
Puis elle posa une dernière feuille sur la table.
Il s’agissait d’un récapitulatif des dépenses identifiées, établi avec l’aide de son conseil juridique. Le montant total était suffisamment important pour que Sandrine repose lentement son verre.
— Julien… tu as vraiment dépensé tout ça ?
— Ce sont des dépenses professionnelles pour certaines !
Claire sortit les factures de l’hôtel.
— Alors explique-nous pourquoi les chambres étaient réservées pour deux personnes et pourquoi les mêmes dépenses apparaissent sur les relevés de Camille.
Le silence s’installa.
Françoise regarda son fils, puis sa belle-fille.
— Tu aurais dû me prévenir avant de venir avec tout cela.
Claire eut un sourire triste.
— Quand j’ai découvert son infidélité, j’ai d’abord essayé de comprendre. Mais pendant des années, chaque fois que je lui posais une question, Julien me répondait que j’étais trop sensible, trop inquiète ou trop exigeante. Je n’avais plus envie de discuter sans fin. J’ai préféré vérifier les faits.