Julien n’attendit pas la réponse de Léa. Il lui prit doucement la caisse des mains et la posa dans la voiture de Marc.
— On va chercher cette boîte, dit-il. Mais personne ne va se jeter dans un piège sans réfléchir.
Marc sortit son téléphone et appela son avocate, puis la police. Il expliqua que des individus venaient de pénétrer dans la chambre d’une jeune femme pour y chercher des documents. Il donna l’adresse de la pension et demanda qu’une patrouille s’y rende immédiatement.
Léa le regardait avec méfiance.
— Vous avez attendu vingt-deux ans pour me retrouver. Pourquoi devrais-je vous croire aujourd’hui ?
Marc baissa les yeux.
— Tu as raison de me poser cette question. Je ne peux pas te demander de me faire confiance simplement parce que je suis ton père. Laisse-moi te prouver ce que je dis.
Ces mots ne suffirent pas à effacer la colère de Léa. Pourtant, elle accepta de les accompagner, à condition que Julien reste à ses côtés.
Lorsqu’ils arrivèrent à la pension, la police avait déjà sécurisé les lieux. Deux hommes avaient été interceptés dans le couloir. Ils prétendaient s’être trompés d’adresse, mais les enquêteurs découvrirent dans leur véhicule une liste de documents à récupérer, ainsi que le nom de Claire Delcourt.
Dans la chambre, le plancher avait été arraché. La boîte à couture avait disparu.
Léa sentit ses jambes fléchir.
— Tout ce que maman avait gardé…
Un policier lui indiqua qu’une petite boîte métallique avait été retrouvée sous le matelas, probablement oubliée par les intrus. À l’intérieur se trouvaient plusieurs lettres, une photographie et une clé USB enveloppée dans un morceau de tissu.
Léa reconnut immédiatement l’écriture de sa mère.
Sur la première enveloppe, il était écrit : « Pour Léa, quand elle sera assez grande pour connaître la vérité. »
Elle ouvrit la lettre d’une main tremblante.
Élise y racontait sa rencontre avec Marc, leur projet de mariage et les premiers mois de sa grossesse. Elle expliquait aussi comment Claire, qui dirigeait alors une partie des affaires familiales, avait découvert leur relation.
Au départ, Claire s’était montrée courtoise. Elle avait même proposé d’aider Élise à préparer leur mariage. Puis son attitude avait changé. Elle avait affirmé que cette union compromettrait l’avenir du groupe et que Marc risquait de perdre le contrôle de plusieurs sociétés si son père apprenait qu’il souhaitait épouser une femme sans fortune.
Marc serra les poings.
— Mon père m’avait toujours dit qu’Élise était partie de son plein gré. Claire m’avait remis une lettre prétendument écrite par elle.
— Une lettre qui disait quoi ? demanda Léa.
— Qu’elle ne m’aimait plus et qu’elle ne voulait pas que je la retrouve.
Léa reprit la lecture.
Élise affirmait avoir tenté de contacter Marc à plusieurs reprises. Chaque fois, ses courriers lui étaient retournés ou restaient sans réponse. Un soir, elle s’était même présentée au domicile familial avec le bébé dans les bras.
Mais elle n’avait jamais pu lui parler.
La dernière page contenait une phrase qui fit trembler Marc :
« J’ai vu Marc derrière la fenêtre du salon. Il regardait dans notre direction. J’ai cru qu’il allait sortir. Mais Claire est apparue à côté de lui, a fermé le rideau et m’a fait comprendre que je devais partir. Je ne sais pas s’il a entendu les pleurs de sa fille. Je sais seulement que personne n’est venu. »
Marc porta une main à son visage.
— Je n’ai jamais su que tu étais venue.
— Vous étiez à dix mètres de moi, murmura Léa. Et vous ne m’avez jamais cherchée.
— Je ne savais même pas que tu existais.
— Mais vous avez cru une lettre sans vérifier ?
Il n’eut rien à répondre.
Julien posa une main sur l’épaule de Léa, sans chercher à parler à sa place.
La clé USB contenait des enregistrements audio et des copies de documents financiers. Dans l’un des fichiers, une femme que les enquêteurs identifièrent provisoirement comme Claire discutait avec un ancien employé de maison. Elle lui demandait de confirmer qu’Élise avait quitté Lyon volontairement et de ne jamais évoquer la visite de la jeune mère.
Un autre document semblait montrer que des paiements avaient été effectués à cet employé pendant plusieurs années. Leur objet exact restait à déterminer.
L’avocate de Marc recommanda de remettre l’ensemble aux autorités et de ne rien diffuser publiquement. Les enquêteurs saisirent les fichiers pour en vérifier l’authenticité et établir leur provenance.
Mais il restait une personne capable d’éclairer ce qui s’était réellement passé vingt-deux ans auparavant.
Madame Vasseur, l’ancienne gouvernante de la famille Delcourt.
Elle vivait désormais dans une petite maison près de Vienne. Lorsque Marc et Léa arrivèrent chez elle, la vieille femme les attendait derrière sa porte, le visage marqué par l’inquiétude.
En voyant Léa, elle porta la main à sa bouche.