Les 183 € sur le compte de ma fille n’étaient que le début : derrière la fraude de son mari se cachait un secret que son père avait emporté dans sa tombe

Hélène relut le message de Sandrine trois fois.

« LM n’est pas le nom d’une entreprise. Ce sont les initiales d’une personne. »

Elle sentit ses doigts se refroidir.

Pendant trente et un ans, elle avait conservé dans un carton fermé à clé les pièces d’une affaire qui avait marqué sa carrière dans la police judiciaire. Des faux contrats, des sociétés écrans, des prêts obtenus grâce à des identités usurpées et des centaines de victimes ruinées.

Au centre de cette affaire se trouvait Jacques Marin.

Et parmi les personnes dont le nom avait été cité dans l’enquête figurait Laurent Marin, le jeune frère de Jacques.

Laurent était devenu son mari quelques années plus tard.

Lorsqu’elle l’avait rencontré, il lui avait raconté qu’il avait rompu tout contact avec sa famille après avoir découvert les activités de son frère. Hélène l’avait cru. Elle n’avait jamais trouvé de preuve démontrant qu’il avait participé aux fraudes.

Mais elle se souvenait d’une phrase qu’il lui avait dite, peu avant sa mort :

— Si un jour quelqu’un revient avec les initiales de notre famille, ne cherche pas seulement à savoir qui a pris l’argent. Demande-toi pourquoi cet argent a été déplacé.

À l’époque, Hélène avait pensé qu’il parlait de l’ancienne affaire.

À présent, elle n’en était plus certaine.

Elle rappela Sandrine.

La jeune femme décrocha après plusieurs sonneries.

— Vous devez me dire ce que vous savez, déclara Hélène.

— Pas au téléphone.

— Ma fille vient de découvrir que son mari a utilisé son identité pour créer une société et demander un prêt de 480 000 euros. Mon petit-fils a passé la nuit à l’hôpital parce que son appartement n’était plus chauffé. Vous ne pouvez pas me demander d’attendre sans rien expliquer.

Un silence.

Puis Sandrine répondit :

— Je n’ai pas créé cette situation. Mais j’aurais dû parler plus tôt.

— Alors commencez par le commencement.

— Je viendrai vous voir. Mais il faut que Camille soit présente. C’est son nom qui a été utilisé, et c’est elle qui doit décider de la suite.

Hélène regarda sa fille, allongée dans son lit d’hôpital, Jules endormi contre elle.

— Nous serons là.

 

Sandrine arriva à quatorze heures, avec une chemise cartonnée sous le bras.

Elle semblait avoir vieilli de plusieurs années depuis la dernière fois qu’Hélène l’avait vue.

Camille se redressa lentement.

— Vous saviez qu’Adrien me prenait de l’argent ?

Sandrine posa la chemise sur la table.

— Je savais qu’il effectuait des virements que vous n’aviez pas autorisés. Je savais aussi qu’il préparait des documents à votre nom. Mais je ne savais pas jusqu’où il irait.

— Vous travailliez pour lui ?

— Non. J’ai été engagée pour m’occuper de vous et de Jules. Au début, je pensais qu’Adrien voulait réellement créer un service destiné aux jeunes parents. Il m’a présenté des études de marché, des contrats et des prévisions financières. Il connaissait bien le secteur et avait déjà recruté deux personnes.

Elle ouvrit la chemise.

À l’intérieur se trouvaient des factures, des contrats et plusieurs courriels imprimés.

— Il m’a demandé de participer au lancement de LM Accompagnement parce que j’avais de l’expérience dans les soins postnatals. J’ai accepté un petit investissement, convaincue que le projet était sérieux.

— Combien ? demanda Hélène.

— Vingt mille euros. Une partie de mes économies.

Camille la regarda avec incrédulité.

— Vous avez investi dans une entreprise créée à mon nom sans me demander mon avis ?

— Je croyais que vous étiez au courant. Adrien m’avait montré un document qu’il disait avoir été signé par vous. Lorsque j’ai compris que votre signature avait probablement été reproduite sans votre consentement, j’ai voulu me retirer.

— Et vous avez continué à venir chez moi ?

Sandrine baissa les yeux.

— Oui. Parce qu’Adrien m’a menacée de faire porter la responsabilité de toute l’affaire sur moi si je parlais. Il avait des documents montrant mon investissement et certaines factures que j’avais validées. J’avais peur de perdre mes économies et d’être accusée d’avoir participé à une fraude.

Camille serra Jules contre elle.

— Pendant ce temps, je croyais que vous m’aidiez à récupérer après mon accouchement.

— Je sais, murmura Sandrine. Et je suis désolée.

Hélène ne laissa pas la conversation dériver vers des excuses.

— Pourquoi avez-vous écrit que Laurent avait essayé de protéger quelque chose ?

Sandrine ouvrit une autre enveloppe.

Elle en sortit une photocopie d’un ancien acte de société.

Le nom de Laurent Marin apparaissait sur la première page.

Hélène se leva si brusquement que sa chaise recula.

— Où avez-vous trouvé ce document ?