— Dans les archives de Lucie Marin, mon ancienne associée. Elle est décédée il y a deux ans. Elle m’avait confié des dossiers en me demandant de les conserver jusqu’à ce que quelqu’un de la famille Delmas se manifeste.
— Pourquoi ne m’avez-vous jamais contactée ?
— Je ne savais pas que vous étiez la mère de Camille. Je n’ai découvert votre identité qu’en vérifiant les documents de la société.
Sandrine sortit une dernière feuille.
C’était une lettre manuscrite, datée de trente ans plus tôt.
Hélène reconnut immédiatement l’écriture de son mari.
Laurent avait écrit :
« Je refuse que le nom de ma fille soit utilisé pour couvrir les actes de mon frère. Si cette société revient un jour, elle devra répondre de ses propres opérations. Je ne laisserai pas Camille devenir la garantie d’une dette qu’elle n’a jamais contractée. »
Camille releva brusquement la tête.
— Mon père savait que cela pouvait arriver ?
Sandrine acquiesça.
— Il avait découvert que son frère cherchait à utiliser les données d’anciennes entreprises pour monter de nouvelles structures. Il avait essayé de l’en empêcher. Après leur dispute, il a quitté la famille et n’a plus voulu en parler.
Hélène relut la lettre.
Son mari ne lui avait jamais raconté cette partie de l’histoire.
Il lui avait dit qu’il avait rompu avec son frère pour des raisons personnelles. Il avait probablement voulu la protéger de ce dossier, mais son silence avait laissé une histoire inachevée.
— Où est l’original ? demanda-t-elle.
— Chez un notaire. Il existe également un testament complémentaire.
Cette fois, Hélène comprit que les 145 000 euros disparus n’étaient peut-être pas l’ensemble du problème.
Quelqu’un avait utilisé l’identité de Camille pour réactiver une structure financière ancienne.
Et le prêt de 480 000 euros n’était peut-être qu’une étape.
Le lendemain, l’avocate de Camille obtint la confirmation que le prêt n’avait pas été débloqué. La banque avait suspendu le dossier après avoir reçu les éléments relatifs à l’usurpation d’identité.
Les enquêteurs examinèrent ensuite les documents transmis par Sandrine.
Leur première découverte fut que LM Accompagnement avait été présentée à plusieurs investisseurs comme une entreprise déjà rentable, alors qu’une partie de son chiffre d’affaires provenait de factures sans prestation clairement identifiable.
Les deux salariées avaient bien travaillé pour la société. Le bureau existait. Le logiciel médical avait été acheté. Certaines familles avaient effectivement reçu des services.
Mais ces activités légitimes semblaient avoir servi à rendre crédibles des opérations financières plus opaques.
L’entreprise n’était donc pas entièrement fictive.
C’était précisément ce qui la rendait difficile à examiner.
Une société pouvait fournir de vrais services et, dans le même temps, être utilisée pour masquer des transferts irréguliers. Il fallait déterminer quelles dépenses étaient réelles, quelles factures étaient justifiées et qui avait autorisé chaque opération.
L’avocate demanda à Camille de ne signer aucun document supplémentaire et de conserver tous les échanges avec Adrien.
Puis elle lui posa une question :
— Votre mari avait-il accès à vos documents d’identité ?
Camille réfléchit.
— Oui. Avant la naissance, il avait préparé mon dossier de congé maternité, les assurances et plusieurs formalités bancaires. Je lui avais envoyé des copies de mes papiers.
— Aviez-vous signé une procuration ?
— Pas pour créer une entreprise ou demander un prêt.
L’avocate nota sa réponse.
— Il faudra vérifier comment votre identité a été utilisée. Pour le moment, nous allons contester les documents concernés et demander que les opérations soient examinées une par une.
Camille regarda sa mère.
— Est-ce que je risque de devoir rembourser ces 480 000 euros ?
— Nous ne pouvons pas garantir l’issue avant l’examen complet du dossier, répondit l’avocate. Mais vous avez des éléments importants pour contester le prêt : vous affirmez ne pas l’avoir demandé, votre signature est contestée et la banque a été informée avant le déblocage. Nous allons défendre vos droits.
Camille ferma les yeux.
Pour la première fois depuis des jours, elle put respirer sans avoir l’impression que chaque minute allait lui apporter une nouvelle catastrophe.
Mais Adrien restait introuvable.
Et Hélène savait que son absence ne signifiait pas que l’affaire était terminée.
Trois jours plus tard, Camille reçut un courriel de son mari.
Il n’y avait ni excuse ni explication.
Seulement un fichier joint intitulé « Convention de régularisation ».
Le message disait :
« Signe ce document et tout redeviendra normal. Je pourrai rembourser l’argent, le prêt sera annulé et nous pourrons retrouver notre famille. Ne laisse pas ta mère détruire notre mariage. »
Camille transmit immédiatement le courriel à son avocate.
La convention contenait une clause par laquelle elle reconnaissait avoir autorisé la création de LM Accompagnement et accepté personnellement la dette de 480 000 euros.
Elle aurait également renoncé à contester les virements effectués depuis les comptes communs.