J’aurais accepté une protection temporaire, mais à une condition : qu’elle soit organisée avec des professionnels compétents et que je garde le contrôle de mes décisions. Claire ne pouvait pas savoir si Gabriel était un allié fiable ou un homme dangereux qui cherchait à l’entraîner dans ses affaires. Et, bientôt, elle allait découvrir que le véritable danger ne venait peut-être pas de l’endroit qu’elle imaginait.

Le lendemain matin, à 6 h 20, Claire reçut un appel de sa mère.

— Ma chérie, il y a une voiture devant la maison.

Claire se redressa dans son lit.

— Une voiture comment ?

— Un gros véhicule noir. Il y a deux hommes dedans depuis un moment. Ils ne bougent pas.

— Maman, reste à l’intérieur. N’ouvre à personne. Je vais m’occuper de ça.

Elle raccrocha et appela immédiatement Antoine.

— Vous m’aviez dit que ma mère était protégée.

— Elle l’est. Mes hommes sont à proximité.

— Alors pourquoi deux inconnus sont-ils devant chez elle ?

Un silence lui répondit.

— Je vais vérifier.

— Non, monsieur Leroy. Vous allez me dire ce que vous savez. Maintenant.

Antoine expira.

— Depuis l’attaque, nous avons découvert que quelqu’un avait transmis des informations sur les déplacements de Gabriel. Nous ne savons pas encore qui. Nous avons renforcé la surveillance autour des personnes susceptibles d’être visées.

— Et vous avez décidé que ma mère devait vivre avec des inconnus devant sa porte sans même me prévenir ?

— Je reconnais que nous aurions dû vous en parler.

— Vous ne reconnaissez rien du tout. Vous prenez des décisions à ma place, exactement comme si j’étais un élément de votre dossier.

Elle mit fin à l’appel.

Puis elle fit quelque chose qu’elle n’avait jamais imaginé faire : elle se rendit au commissariat pour signaler les menaces, le bouquet anonyme et le véhicule stationné près de son domicile. Elle remit les captures d’écran, l’heure de l’appel masqué et les coordonnées dont elle disposait. Elle précisa aussi que Gabriel Delmas lui avait proposé une protection, mais qu’elle ne savait pas qui surveillait réellement sa famille.

Elle ne voulait pas échanger un danger inconnu contre une dépendance envers un homme qu’elle connaissait à peine.

Lorsqu’elle arriva à Aubagne, sa mère l’attendait derrière la porte, encore en robe de chambre. La voiture noire avait disparu.

Françoise la serra contre elle.

— Je savais que cette nuit n’allait pas s’arrêter à l’hôpital.

— Pourquoi tu ne m’as pas appelée plus tôt ?

— Parce que tu travailles déjà assez. Je ne voulais pas devenir un problème de plus.

Claire recula légèrement pour regarder son visage.

— Maman, tu n’es jamais un problème.

Elle prononça ces mots avec une assurance qu’elle aurait aimé avoir lorsqu’elle-même s’était retrouvée malade, seule et terrifiée dans les couloirs de l’hôpital.

Elles passèrent la journée ensemble. Claire installa des contacts d’urgence sur le téléphone de sa mère et lui demanda de ne plus répondre aux inconnus. Elle lui expliqua aussi qu’elle avait signalé les menaces.

Mais, au fond d’elle, une question grandissait.

Comment quelqu’un avait-il pu obtenir son adresse aussi rapidement ?

Elle n’avait publié aucune information. Elle ne connaissait presque rien de Gabriel. Pourtant, quelqu’un savait où elle travaillait, où elle vivait et qui était sa mère.

En fin d’après-midi, son téléphone vibra.

Un message d’Antoine.

Nous devons nous voir. Il y a quelque chose que vous devez savoir. Je vous demande de ne pas venir seule.

Claire hésita, puis répondit :

Nous nous verrons dans un lieu public. Vous ne choisirez pas qui m’accompagne.

Il accepta.

Ils se retrouvèrent dans un café près du Vieux-Port, à une table éloignée des fenêtres. Antoine paraissait plus fatigué que lors de leur première rencontre.

— Gabriel a demandé à vous parler, dit-il.

— Il peut m’appeler.

— Il veut vous montrer quelque chose.

Claire posa son sac sur ses genoux.

— Je vais vous expliquer ma position une fois pour toutes. J’ai soigné un homme blessé. Je ne travaille pas pour lui. Je ne suis pas son informatrice. Je ne veux ni argent, ni cadeau, ni faveur. Et je ne participerai à aucune affaire qui ne concerne pas mon métier.

Antoine acquiesça.

— Il le sait.

— Alors pourquoi suis-je encore menacée ?

Il sortit une photographie de sa poche et la posa sur la table.

On y voyait Gabriel devant un entrepôt, quelques jours avant son agression. À côté de lui se tenait un homme d’une cinquantaine d’années, élégant, cheveux grisonnants, costume bleu nuit.

Claire reconnut immédiatement son visage.

Elle l’avait déjà vu.

Pas à l’hôpital.

Sur les affiches d’une fondation médicale qui finançait depuis des années des équipements pour plusieurs établissements de la région. L’homme était présenté comme un mécène, un entrepreneur généreux qui organisait des collectes de fonds pour les patients défavorisés.