— Qui est-ce ? demanda-t-elle.

— Vincent Ravel. Il est associé à plusieurs entreprises de transport et siège au conseil d’administration de deux fondations. Il a travaillé avec Gabriel pendant près de quinze ans.

— Et quel rapport avec moi ?

Antoine retourna la photographie.

Au dos, quelqu’un avait écrit une date et une phrase :

Elle a vu son visage. Faites en sorte qu’elle ne parle pas.

Claire sentit son cœur s’accélérer.

— Je n’ai rien vu. Je ne connaissais même pas Gabriel avant son arrivée aux urgences.

— C’est justement ce qui nous inquiète, répondit Antoine. Quelqu’un croit que vous savez quelque chose. Ou veut que vous le croyiez.

— Et vous pensez que Vincent Ravel m’a menacée ?

— Je ne pense rien sans preuve. Mais son nom apparaît dans des documents que Gabriel a récupérés avant l’attaque.

Claire repoussa la photographie.

— Vous devriez remettre ces documents à la police.

— C’est en cours.

— Alors pourquoi me les montrer ?

Antoine baissa les yeux.

— Parce qu’une information vient de nous parvenir. Quelqu’un a transmis votre nom et votre adresse à ceux qui ont préparé l’attaque contre Gabriel.

— Qui ?

Antoine resta silencieux quelques secondes.

— Nous ne le savons pas encore.

Claire se leva.

— Alors vous ne savez rien qui justifie de me demander de vous faire confiance.

— Attendez. Il y a autre chose.

Elle se rassit, malgré elle.

— La personne qui a transmis vos informations avait accès aux dossiers du projet de protection de Gabriel. Elle savait que vous seriez la première infirmière à pouvoir être identifiée. Et elle savait que vous viviez seule avec votre mère.

Claire sentit une colère froide remplacer sa peur.

Ce n’était pas seulement une menace venue d’un milieu criminel. Quelqu’un avait utilisé des informations personnelles pour l’exposer, elle et sa mère.

— Quelqu’un de votre entourage nous a livrées, dit-elle.

Antoine la regarda, surpris par le choix du pluriel.

— Vous et votre mère ?

— Oui. Et je ne veux plus que vous me parliez de protection tant que vous ne m’aurez pas dit comment vous comptez empêcher vos propres hommes de nous mettre en danger.

Pour la première fois, Antoine ne trouva pas de réponse immédiate.

Il lui proposa de lui communiquer les coordonnées d’un officier chargé du dossier, ainsi que celles d’un service d’aide aux victimes pouvant l’accompagner indépendamment de Gabriel. Il lui indiqua également qu’elle pouvait refuser toute protection privée.

Claire accepta les coordonnées, pas l’escorte.

Elle voulait pouvoir choisir, elle-même, les personnes auxquelles elle confierait sa sécurité.

Ce soir-là, elle rentra chez elle et trouva une enveloppe glissée sous sa porte.

À l’intérieur se trouvait une photographie de sa mère devant son immeuble d’Aubagne, prise le matin même.

Au dos, quelques mots avaient été écrits à l’encre noire :

Vous auriez dû le laisser mourir.

Claire resta immobile.

Puis elle photographia l’enveloppe, évita de toucher davantage aux objets et contacta les enquêteurs pour signaler cette nouvelle menace. Elle ne rappela pas Gabriel. Elle ne chercha pas à retrouver l’auteur du message. Elle savait que la peur pouvait pousser à commettre des erreurs irréparables.

Mais, le lendemain, une autre révélation allait bouleverser l’enquête.

À l’hôpital, le directeur des soins la convoqua dans son bureau. Une responsable des ressources humaines se tenait à côté de lui, un dossier fermé devant elle.

— Claire, commença-t-il, nous avons reçu une plainte concernant votre prise en charge de Gabriel Delmas.

Elle sentit son estomac se nouer.

— Quelle plainte ?

— On vous reproche d’avoir enfreint les procédures d’admission et d’avoir transmis des informations à des personnes extérieures à l’établissement.

— C’est faux.

— Nous devons examiner les faits. À titre conservatoire, vous êtes suspendue de vos fonctions le temps de l’enquête interne.

Claire le fixa, incrédule.

Douze années de travail. Des nuits entières passées à sauver des vies. Des familles qui lui avaient confié leurs proches dans leurs moments les plus terribles.

Et maintenant, elle était traitée comme si elle avait commis une faute simplement parce qu’elle avait soigné un homme dont personne ne voulait révéler l’identité.

— Qui a déposé cette plainte ?

Le directeur hésita.

— Nous ne sommes pas autorisés à vous communiquer tous les éléments à ce stade.

— Quelqu’un m’a menacée, a surveillé ma mère et m’a envoyé une photographie prise devant son domicile. Et maintenant, une plainte apparaît contre moi ?

— Nous comprenons votre inquiétude.

— Non. Vous comprenez que la situation est embarrassante pour l’hôpital.

Elle se leva.

— Je coopérerai à toute enquête officielle. Mais je veux que ma réponse soit consignée et que les éléments de preuve soient préservés. Je n’ai transmis aucune donnée médicale confidentielle à Gabriel ou à ses associés. J’ai fait mon travail et demandé l’intervention du chirurgien de garde.