Elle quitta le bureau sans attendre une réponse.
Dans le couloir, elle s’appuya contre le mur.
Pour la première fois depuis le début de cette histoire, elle eut envie de pleurer. Non parce qu’elle regrettait d’avoir sauvé Gabriel, mais parce qu’elle comprenait à quel point il était facile de faire basculer une vie honnête dans le chaos lorsqu’on disposait d’argent, de relations et de personnes prêtes à mentir.
Son téléphone vibra.
Un numéro inconnu.
Elle faillit ne pas répondre.
— Claire Moreau ?
— Qui êtes-vous ?
La voix masculine était basse, pressée.
— Je ne peux pas vous donner mon nom. Mais je travaille avec Gabriel depuis longtemps. Et je sais qui a transmis vos informations.
Claire ferma les yeux un instant.
— Pourquoi devrais-je vous croire ?
— Vous ne devriez pas. Pas encore.
Il marqua une pause.
— Regardez les documents de la fondation médicale. Pas ceux qui sont publics. Ceux qui concernent les contrats de transport et les factures de matériel.
— Pourquoi ?
— Parce que la personne qui vous a livrée n’a pas seulement voulu faire taire Gabriel. Elle a voulu s’assurer que, si l’affaire éclatait, quelqu’un d’autre porterait la responsabilité.
Claire sentit un frisson lui parcourir le dos.
— Et qui est cette personne ?
La réponse tomba, presque inaudible.
— Antoine Leroy.
La ligne se coupa.
Claire resta figée au milieu du couloir, le téléphone collé à l’oreille.
Antoine, celui qui avait affirmé vouloir la protéger. Celui qui lui avait donné les coordonnées de l’officier. Celui qui prétendait chercher la personne responsable.
Était-il un complice ?
Un homme manipulé ?
Ou quelqu’un avait-il choisi son nom précisément parce qu’il était le plus crédible ?
Claire ne savait pas encore quelle hypothèse était la bonne.
Mais elle savait une chose : elle ne pouvait plus se permettre de croire quelqu’un simplement parce qu’il semblait vouloir l’aider.
Elle allait devoir faire ce qu’elle avait toujours fait aux urgences : observer les faits, distinguer les suppositions des preuves et ne jamais confondre une apparence rassurante avec une certitude.
Cette fois, pourtant, la personne dont dépendrait peut-être la vérité n’était pas sur une table d’opération.
C’était l’homme qui avait affirmé être le plus proche de Gabriel.
Et si Antoine avait réellement livré son nom, Claire devrait découvrir pourquoi avant que sa carrière, sa mère et sa propre sécurité ne soient définitivement détruites.