Le lendemain matin, Gabriel comprit que la peur pouvait être une arme, mais qu’elle pouvait aussi devenir un piège pour celui qui l’utilisait.
À 7 h 15, Ofelia entra dans sa chambre avec un plateau. Elle posa un bol de porridge, un verre de jus d’orange et les deux comprimés habituels sur la table de nuit.
— Vous avez meilleure mine, monsieur, observa-t-elle.
Gabriel laissa retomber sa tête contre l’oreiller.
— J’ai passé une nuit terrible.
Ofelia s’approcha pour arranger la couverture.
— Votre épouse s’inquiète beaucoup. Elle espère que vous signerez bientôt les documents que le notaire doit apporter.
Gabriel tourna lentement la tête.
— Quels documents ?
La femme se figea.
Ce ne fut qu’une fraction de seconde, mais il le remarqua.
— Des formalités administratives, monsieur. Madame Renata veut vous éviter des soucis.
— Je vois.
Il ferma les yeux et fit semblant de s’endormir.
Ofelia attendit quelques secondes avant de repartir.
Gabriel entendit la porte se refermer, puis des pas s’éloigner dans le couloir.
Il rouvrit les yeux.
Des documents. Un notaire. Un testament.
Laura avait peut-être sauvé sa vie, mais il devait maintenant comprendre ce que Renata préparait exactement.
À 9 heures, il appela son médecin personnel, le docteur Esteban Ruiz, en utilisant un téléphone que Laura avait discrètement apporté. Il lui raconta tout : les symptômes, les comprimés, l’analyse et les soupçons concernant son épouse.
Le médecin ne lui posa aucune question inutile.
— Gabriel, écoutez-moi attentivement. Ne prenez plus aucun de ces comprimés. Ne cherchez pas à les analyser vous-même et ne tentez surtout pas de provoquer une réaction pour vérifier vos soupçons. Vous devez être examiné immédiatement dans un service hospitalier indépendant.
— Si je quitte la maison, Renata saura que je me méfie.
— Votre sécurité passe avant votre enquête. Je vais organiser votre prise en charge et prévenir les professionnels compétents. Nous conserverons les échantillons et les documents sans les manipuler davantage.
Gabriel hésita.
Puis il répondit :
— D’accord. Mais je veux que vous veniez ici. Je ne veux pas que mon épouse puisse faire annuler le rendez-vous.
— Je serai là dans une heure.
Gabriel raccrocha.
Il avait construit son entreprise en anticipant les risques, en vérifiant les contrats et en refusant de signer un document qu’il n’avait pas lu. Pourtant, dans sa propre maison, il avait accepté des médicaments sans jamais demander leur nom.
Il avait cru que le mariage suffisait à garantir la confiance.
Cette erreur risquait de lui coûter la vie.
À 10 h 20, le docteur Ruiz arriva.
Il fut conduit directement dans la chambre, où Laura l’attendait avec les comprimés conservés dans leur emballage et le compte rendu du laboratoire.
Le médecin examina Gabriel, prit connaissance de ses symptômes et demanda une évacuation vers l’hôpital. Gabriel était encore très faible et présentait des signes qui nécessitaient des analyses urgentes.
Avant de partir, il confia à Laura une consigne :
— Si Renata demande où je suis, dites-lui que je me suis senti plus mal et que le médecin m’a fait transporter à l’hôpital. Ne lui cachez pas les informations médicales nécessaires aux soins, mais ne touchez à rien dans cette chambre et ne confrontez personne.
— Et vous ?
— Je vais cesser de faire semblant d’être incapable de comprendre ce qui se passe.
Quelques minutes plus tard, l’ambulance quitta la propriété.
Pour la première fois depuis dix-huit jours, Gabriel ne dépendait plus des décisions de ceux qui l’entouraient.
À l’hôpital, les résultats préliminaires confirmèrent qu’il présentait une anomalie grave de la coagulation. Les médecins commencèrent immédiatement le traitement adapté à son état et poursuivirent les examens afin de déterminer précisément la substance en cause.
Le docteur Ruiz ne lui promit pas une guérison miraculeuse.
— Nous devons rester prudents, lui expliqua-t-il. Vous avez été exposé à quelque chose qui pourrait avoir provoqué des lésions. Nous allons déterminer leur étendue et surveiller votre évolution.
Gabriel hocha la tête.
— Faites tout ce qui est nécessaire.
Puis il demanda à voir Laura.
Elle arriva en fin d’après-midi avec Mateo, qui tenait contre lui un petit dinosaure en plastique.
Le garçon s’approcha du lit.
— Vous allez mourir ?
La question, posée avec la simplicité terrible des enfants, fit vaciller Gabriel.
Il se redressa légèrement.
— Les médecins font tout pour que cela n’arrive pas.
Mateo sembla réfléchir.
— Maman dit qu’il faut dire la vérité, même quand on a peur.
Gabriel regarda Laura.
— Votre mère a raison.
Il prit ensuite le temps de remercier l’enfant.
— Tu m’as transmis son message. Tu m’as aidé à comprendre que quelque chose n’allait pas. Je ne l’oublierai pas.
Mateo sourit timidement.
— Je n’ai rien fait de spécial. J’ai juste donné le papier.
Gabriel sentit ses yeux se remplir de larmes.