— Parfois, donner un petit papier demande plus de courage que tu ne le crois.
Il ne savait pas encore comment il pourrait remercier cette famille. Mais il savait une chose : il ne laisserait pas la générosité de Laura se transformer en dette qu’elle serait obligée de payer toute sa vie.
Il ferait les choses correctement.
Avec des avocats indépendants, des professionnels de santé et les autorités compétentes.
Et surtout, il ne prendrait aucune décision importante sous le coup de la peur.
Pendant ce temps, Renata découvrait que son plan ne se déroulait plus comme prévu.
À 18 h 40, elle arriva à l’hôpital, accompagnée d’un avocat nommé Federico Salas.
Elle entra dans la chambre avec un bouquet de fleurs blanches et une expression d’inquiétude parfaitement maîtrisée.
— Mon amour ! Pourquoi ne m’a-t-on pas prévenue plus tôt ?
Gabriel la regarda.
Il connaissait ce visage depuis douze ans. Il savait comment elle fronçait légèrement les sourcils lorsqu’elle voulait paraître préoccupée, comment elle posait la main sur son bras devant les autres et comment elle transformait une conversation difficile en une scène où elle semblait toujours être la personne la plus raisonnable.
Mais, ce soir-là, il remarqua autre chose.
Elle ne lui demanda pas comment il se sentait.
Elle regarda immédiatement la table de nuit, puis le dossier médical posé près du lit.
— Que disent les médecins ? demanda-t-elle.
— Ils cherchent à déterminer pourquoi mon état s’est autant dégradé.
Son visage se tendit.
— Ils pensent que c’est lié à ton traitement habituel ?
— Ils envisagent plusieurs possibilités.
Elle posa les fleurs.
— Il faut absolument que tu te reposes. Federico est venu avec les documents dont je t’ai parlé. Ce serait mieux de régler les questions patrimoniales maintenant, pendant que tu peux encore prendre tes décisions.
Gabriel observa l’avocat.
— Quelles questions patrimoniales ?
Federico ouvrit sa mallette.
— Monsieur Montero, votre épouse souhaite vous présenter une proposition de réorganisation de vos actifs. Il s’agit d’une mesure préventive. Elle pourrait simplifier la gestion de vos sociétés si votre état de santé vous empêchait temporairement de les diriger.
— Et le testament ?
Renata se raidit.
Federico tourna légèrement la tête vers elle.
— Nous avions également préparé un projet de testament, mais rien ne vous oblige à le signer aujourd’hui.
Gabriel sentit une colère froide monter en lui.
— Pourtant, ma femme semble très pressée.
Renata se pencha vers lui.
— Gabriel, ne sois pas injuste. Je suis la personne qui a toujours été à tes côtés.
Il la fixa.
— Depuis dix-huit jours, tu es venue me voir une seule fois.
Elle ouvrit la bouche, puis la referma.
— J’avais beaucoup de choses à gérer.
— Je comprends. Tu as eu beaucoup de travail pendant que je ne pouvais plus me lever seul.
— Tu sais que je fais tout cela pour nous.
— Alors tu ne verras aucun inconvénient à ce que mon avocat personnel examine les documents avant que je prenne une décision.
Federico referma lentement sa mallette.
— Bien entendu.
Renata se redressa.
— Quel avocat personnel ?
Gabriel eut un sourire sans joie.
— Celui que j’ai appelé ce matin.
Le silence qui suivit fut plus révélateur que toutes les protestations qu’elle aurait pu faire.
Renata le regarda comme si elle découvrait un étranger dans son propre mari.
Puis elle se tourna vers Federico.
— Nous allons vous laisser vous reposer.
Ils quittèrent la chambre.
Gabriel attendit que la porte se referme.
Il avait gagné quelques heures.
Mais il venait aussi de prévenir Renata qu’il n’était plus aussi vulnérable qu’elle le croyait.
Le lendemain, son avocat, Alejandro Vargas, arriva avec une chemise noire remplie de documents.
Alejandro connaissait Gabriel depuis plus de quinze ans. Il avait accompagné les premières années de son entreprise, négocié ses contrats les plus difficiles et l’avait aidé à établir une séparation claire entre son patrimoine personnel et ses sociétés.
Il s’assit près du lit.
— J’ai examiné les premières informations que vous m’avez transmises. Il y a plusieurs anomalies.
— Lesquelles ?
— Trois semaines avant le début de vos symptômes, une demande de modification de vos dispositions successorales a été adressée à un cabinet notarial. Elle prévoyait de modifier la répartition de certains biens et d’accorder des pouvoirs supplémentaires à votre épouse.
Gabriel ferma les yeux.
— Je n’ai jamais demandé cette modification.
— C’est précisément ce que nous devons établir. Le cabinet a suspendu le dossier lorsqu’il a demandé une confirmation directe de votre part. Mais une seconde demande a été envoyée plus récemment, accompagnée d’un document prétendant que vous souhaitiez accélérer la procédure en raison de votre état de santé.
— Qui a envoyé cette seconde demande ?
Alejandro ouvrit son dossier.
— L’assistante de votre épouse, depuis une adresse professionnelle.