Élodie ne répondit pas à la question de sa belle-mère.
Elle regarda Hugo, qui s’était réfugié derrière elle, puis les trois adultes qui occupaient son salon comme s’ils en étaient les propriétaires.
— Hugo ne partira nulle part sans que la justice en décide, dit-elle. Et vous ne reviendrez plus chez moi sans mon autorisation.
Monique eut un petit rire.
— Tu crois encore que tu peux nous donner des ordres ? Dans cinq jours, le juge saura exactement quel genre de mère tu es.
Elle récupéra son téléphone, fit signe à Gérard et se dirigea vers la porte.
Avant de sortir, elle se retourna.
— Prépare son sac. Ce sera plus facile pour lui.
La porte claqua.
Hugo éclata en sanglots.
— Maman, je ne veux pas partir chez mamie. Je veux rester avec toi.
Élodie s’agenouilla et le serra contre elle.
— Écoute-moi bien, mon cœur. Tu n’as rien fait de mal. Les adultes vont régler leurs problèmes. Tu n’as pas à choisir entre qui que ce soit.
Mais lorsqu’elle se releva, ses jambes tremblaient.
Elle avait travaillé pendant des années pour offrir à son fils une vie digne. Elle avait accepté les heures supplémentaires, les nuits de ménage, les vêtements d’occasion et les vacances qu’ils ne prenaient jamais. Elle n’avait pas honte de vivre modestement.
Ce qui lui faisait peur, c’était de voir sa pauvreté transformée en accusation.
Thomas, resté près de la table, posa doucement la feuille portant sa fausse signature.
— Madame Moreau, je vais vous dire quelque chose. Je ne connais pas encore toute votre histoire, mais ce document est une raison suffisante pour demander des explications. Et je peux témoigner de ce qui s’est passé aujourd’hui.
Élodie essuya ses joues.
— Pourquoi feriez-vous ça pour nous ?
Thomas regarda Clara, qui tenait la main d’Hugo.
— Parce que ma femme est morte il y a quatre ans. Depuis, j’ai appris qu’on peut perdre énormément de choses sans avoir perdu le droit d’être un parent. Et parce que votre fils vient d’entendre sa grand-mère lui annoncer qu’elle allait l’arracher à sa mère.
Il marqua une pause.
— Personne ne devrait avoir à vivre ça.
Élodie acquiesça, sans encore oser lui faire confiance.
Elle ignorait que, dans le dossier de succession de son mari, une somme de plus de 43 000 euros attendait depuis trois ans que quelqu’un pose enfin les bonnes questions.
1. Les cinq jours qui pouvaient tout changer
Dès le lendemain matin, Élodie se rendit chez Maître Lefèvre, une avocate spécialisée en droit de la famille.
Elle apporta tout ce qu’elle possédait : les documents du tribunal, les messages de Monique, les justificatifs de ses revenus, les factures de loyer, les attestations de l’école et la copie de la déclaration attribuée à Thomas.
L’avocate examina chaque pièce avec attention.
— D’abord, je veux que vous compreniez une chose : gagner moins d’argent que vos beaux-parents ne signifie pas que vous êtes une mauvaise mère. Nous devons montrer comment vous vous occupez concrètement de votre fils, dans quelles conditions il vit et si ses besoins sont satisfaits.
Élodie baissa les yeux.
— Ils vont dire que je ne peux pas lui offrir une vie correcte.
— Alors nous répondrons avec des faits. Votre logement est-il sûr ? Hugo est-il scolarisé régulièrement ? Ses soins sont-ils assurés ? Qui s’occupe de lui lorsque vous travaillez ? Avez-vous des personnes de confiance autour de vous ?
Élodie répondit à toutes les questions.
Elle expliqua ses deux emplois, les horaires qu’elle avait aménagés autour de l’école, l’aide ponctuelle du centre social et les économies qu’elle essayait de préserver pour les urgences.
Maître Lefèvre prit des notes.
— Nous allons aussi demander à vérifier l’authenticité de cette attestation. Monsieur Renaud affirme qu’il ne l’a pas signée. Il faudra établir comment son nom a été utilisé et par qui.
Thomas accepta de rédiger une déclaration factuelle relatant les événements qu’il avait personnellement observés. Il précisa qu’il n’avait jamais prétendu qu’Élodie était incapable d’élever son fils et qu’il n’avait pas rédigé le document présenté par Monique.
Il ne chercha pas à embellir la situation. Il ne prétendit pas connaître Élodie depuis des années. Il raconta simplement la vérité.
L’avocate recommanda également à Élodie de conserver tous les messages, de noter les incidents avec leurs dates et de ne pas confronter seule sa belle-famille au sujet des documents suspects.
Puis elle posa une dernière question :
— Votre mari avait-il des économies, une assurance-vie ou un héritage en cours de règlement après son décès ?
Élodie réfléchit.
— Julien avait parlé d’une assurance, mais son père m’avait dit qu’il n’y avait presque rien. J’ai reçu quelques documents après les funérailles, puis plus rien.
— Vous avez conservé ces documents ?
Élodie sortit une vieille chemise cartonnée.
L’avocate l’ouvrit.