— Si des fonds destinés à votre fils ont été mal administrés, cela devra être éclairci. Mais ne pensez pas que cette somme, à elle seule, déterminera la décision concernant sa résidence. Le juge doit avant tout examiner l’intérêt de Hugo.
Élodie acquiesça.
Pour la première fois depuis trois ans, elle entrevoyait la possibilité que la pauvreté qu’on lui reprochait ait été aggravée par des démarches qu’elle n’avait jamais comprises.
Elle n’avait pas besoin de devenir riche pour être une bonne mère.
Mais elle avait besoin de savoir si quelqu’un avait profité de son deuil pour prendre des décisions financières à sa place.
4. L’audience
Le matin de l’audience, Élodie arriva au tribunal avec Maître Lefèvre.
Elle portait une veste bleu foncé empruntée à une collègue et tenait la main de Hugo jusqu’à ce qu’une personne de confiance l’accompagne dans un espace adapté aux enfants.
Monique et Gérard étaient déjà là, entourés de leur avocat.
Monique portait un tailleur crème. Gérard tenait une chemise épaisse contenant les attestations qu’ils avaient réunies.
Lorsqu’elle aperçut Élodie, Monique lui adressa un sourire satisfait.
— Tu aurais dû nous laisser faire, murmura-t-elle. Tout aurait été beaucoup plus simple.
Élodie ne répondit pas.
L’audience commença.
L’avocat des grands-parents insista sur les revenus modestes de la mère, les horaires étendus de ses emplois et les difficultés matérielles du foyer. Il présenta les déclarations censées provenir de Thomas et de la responsable du centre social.
Maître Lefèvre demanda que leur authenticité soit examinée.
Elle produisit ensuite les attestations scolaires, les justificatifs de suivi médical de Hugo, les documents établissant les efforts d’Élodie pour organiser la garde de son fils pendant ses horaires de travail, ainsi que les messages dans lesquels Monique annonçait à l’enfant qu’il allait bientôt vivre chez elle.
Elle ne prétendit pas qu’Élodie était parfaite.
Elle démontra qu’elle était présente, qu’elle travaillait pour répondre aux besoins de son fils et qu’aucun élément présenté ne permettait de conclure automatiquement qu’elle était incapable de l’élever.
Puis elle évoqua les documents financiers liés au décès de Julien.
Le visage de Gérard changea.
Son avocat demanda quelques minutes pour consulter les pièces.
Le juge examina la lettre de l’assureur et le formulaire portant la signature contestée.
— Madame Moreau, demanda-t-il à Élodie, reconnaissez-vous cette signature ?
— Non, monsieur le juge. Je n’ai jamais signé ce document ni demandé à mes beaux-parents de gérer cet argent à ma place.
— Avez-vous reçu une somme de 43 680 euros après le décès de votre mari ?
— Non. Je n’ai reçu aucune somme de ce montant. Je pensais que les démarches étaient terminées.
Le juge se tourna vers Gérard.
— Pouvez-vous expliquer votre rôle dans le traitement de ce dossier ?
Gérard se redressa.
— J’ai simplement aidé mon fils à protéger son enfant. Élodie était bouleversée. Nous avons fait ce qui nous semblait nécessaire.
— Avez-vous reçu des fonds de l’assureur ?
Gérard hésita.
— Je ne me souviens pas des montants exacts.
Son propre avocat lui demanda alors de préciser sa réponse.
Gérard consulta les documents qu’il avait apportés, puis déclara qu’il devait vérifier les relevés avant de pouvoir répondre avec certitude.
Le juge ne tira aucune conclusion définitive de cette hésitation. Il ordonna que les documents pertinents soient communiqués et que les questions relatives aux fonds fassent l’objet des vérifications appropriées.
Il demanda également que les pièces contestées soient conservées pour permettre l’examen de leur authenticité.
Enfin, il revint à l’objet principal de l’audience : Hugo.
— La résidence d’un enfant ne se décide pas en fonction de la richesse comparée des adultes, rappela-t-il. Elle doit être appréciée à partir de sa situation concrète, de ses besoins et de son intérêt.
La demande de changement immédiat de résidence ne fut pas accordée sur la base des seuls éléments présentés ce jour-là. Le juge demanda des informations complémentaires avant toute décision définitive et rappela aux adultes qu’ils devaient préserver l’enfant de leur conflit.
Élodie ne venait pas de gagner toutes les batailles.
Mais elle n’avait pas perdu son fils.
Et les documents qui avaient servi à l’accuser allaient désormais être examinés plutôt que considérés comme des vérités acquises.
5. La question que Gérard ne pouvait plus éviter
Les semaines suivantes furent consacrées à l’examen des contrats et des mouvements financiers.
L’assureur confirma qu’une partie des démarches avait été effectuée sur la base du formulaire contesté. Les relevés faisaient apparaître des mouvements qu’il fallait rapprocher des pièces justificatives et des autorisations applicables.
L’avocate d’Élodie demanda un relevé complet des opérations et la communication des documents originaux. Elle ne prétendit pas que toutes les sommes avaient été détournées, mais elle insista pour que chaque transfert soit expliqué.
De son côté, Gérard finit par reconnaître qu’il avait reçu des courriers et participé aux démarches concernant les fonds.