Parmi les papiers figurait une lettre de la banque, datée de quelques mois après la mort de Julien, mentionnant un contrat d’assurance et des pièces complémentaires nécessaires à son règlement.
La lettre avait été adressée à Élodie.
Elle ne se souvenait pas l’avoir lue.
Au bas de la page, une note manuscrite indiquait : « Dossier transmis au représentant de la succession. »
— Qui vous a remis cette lettre ? demanda l’avocate.
— Mon beau-père. Il m’avait dit qu’il s’occupait de toutes les démarches, parce que je n’étais pas en état de le faire après les obsèques.
Maître Lefèvre releva la tête.
— Nous allons demander à l’assureur de nous communiquer l’historique du dossier et l’identité des personnes qui ont été autorisées à intervenir.
Élodie sentit un frisson lui parcourir le dos.
Pendant trois ans, elle avait cru que son mari n’avait laissé qu’un petit crédit, quelques meubles et une vieille voiture.
Et si elle s’était trompée ?
2. L’enfant au centre d’une bataille
Les jours suivants furent éprouvants.
Monique envoya plusieurs messages à Hugo sur le téléphone d’Élodie, lui promettant une grande chambre, une console de jeux et des vacances à la mer.
Elle lui demandait aussi s’il était heureux chez sa mère.
Élodie montra les messages à son avocate, qui lui conseilla de conserver les preuves et de protéger son fils de ces échanges sans entrer dans une confrontation directe.
À l’école, la directrice confirma que Hugo était régulièrement présent, qu’il arrivait généralement à l’heure et qu’Élodie répondait aux sollicitations de l’établissement. Elle accepta de transmettre, dans le cadre approprié, les éléments factuels utiles à la procédure.
Thomas, de son côté, découvrit que la fausse attestation n’était pas la seule pièce problématique.
Une seconde déclaration, censée provenir d’une responsable du centre social, affirmait qu’Élodie avait réclamé de l’argent à plusieurs bénévoles en échange de faveurs personnelles.
La responsable nia avoir rédigé ou signé ce document.
— Quelqu’un utilise mon nom, dit-elle, bouleversée. Je ne sais pas encore comment, mais je n’ai jamais écrit cela.
Le centre social conserva une copie de la déclaration et signala l’incident à son conseil juridique.
Maître Lefèvre fit de même pour l’attestation attribuée à Thomas. Elle demanda que les documents originaux soient produits et que leur provenance soit vérifiée.
Rien ne permettait encore de conclure qui avait fabriqué ces pièces. Mais deux personnes niaient formellement les avoir signées, et les déclarations semblaient toutes servir le même objectif : présenter Élodie comme une femme instable, intéressée et incapable de s’occuper de son enfant.
La stratégie devenait plus claire.
Il ne s’agissait pas seulement de convaincre un juge que les grands-parents avaient davantage d’argent.
Il s’agissait de construire un dossier contre une mère en utilisant des témoignages qu’elle contestait.
3. Les 43 680 euros oubliés
Deux jours avant l’audience, l’assureur répondit à la demande de renseignements formulée par l’avocate.
Le dossier contenait une information qu’Élodie n’avait jamais reçue directement.
Après le décès de Julien, un contrat de prévoyance lié à son ancien emploi avait prévu le versement d’un capital à ses bénéficiaires. Un autre produit d’épargne, constitué avant sa mort, avait également été déclaré.
Le montant total susceptible d’être versé au titre de ces contrats était de 43 680 euros, sous réserve de la vérification des bénéficiaires, des clauses contractuelles et des pièces nécessaires au règlement.
Élodie relut le montant.
— Quarante-trois mille six cent quatre-vingts euros ?
— Oui, répondit Maître Lefèvre. Mais attention : nous devons distinguer les sommes effectivement dues, celles déjà versées et celles qui pourraient rester en attente. La réponse de l’assureur indique qu’une partie du dossier a été traitée par l’intermédiaire d’un représentant de la succession. Nous devons encore établir précisément ce qui s’est passé.
L’avocate lui montra ensuite une copie d’un formulaire d’instruction reçu par l’assureur.
Le document comportait une signature attribuée à Élodie. Il indiquait qu’elle souhaitait que les fonds soient administrés par Gérard Moreau au nom de son fils mineur.
Élodie sentit son estomac se nouer.
— Je n’ai jamais signé ça.
Le formulaire était daté de six mois après les funérailles. À cette époque, elle travaillait le jour, faisait des ménages le soir et essayait de retrouver un rythme de vie pour Hugo.
Elle se souvenait que Gérard lui avait demandé plusieurs fois de lui remettre des papiers « pour les démarches de succession ».
Mais elle ne se souvenait pas avoir autorisé quiconque à gérer une telle somme.
— Nous allons demander les originaux, les traces de réception et les justificatifs de tout versement effectué, expliqua l’avocate. Il est trop tôt pour affirmer que votre beau-père a détourné de l’argent. Mais cette signature contestée doit être examinée.
Elle ajouta une demande de vérification financière au dossier.
Puis elle releva les yeux.