— Tu as emballé toutes mes affaires ? répéta Maya, en regardant les sacs alignés dans l’entrée.
Leonid croisa les bras, satisfait de lui-même.
— Oui. J’ai tout organisé. Demain matin, tu pars à la maison de campagne.
Maya eut un petit rire incrédule.
— Toute seule ?
— Évidemment. Qui d’autre ? La maison a besoin d’être remise en état. Le potager est envahi de mauvaises herbes, les allées sont couvertes de ronces et les framboisiers ont besoin d’être taillés. Tu vas t’en occuper jusqu’à l’accouchement.
Le sourire de Maya disparut.
— Leonid, je suis enceinte de sept mois.
— Et alors ? Tu n’es pas malade. Ma mère a travaillé jusqu’au dernier mois de sa grossesse. Elle raconte même qu’elle allait chercher de l’eau au puits quelques jours avant ma naissance.
— Ta mère vivait à une époque où elle n’avait pas le choix, répondit Maya. Et ce n’est pas parce qu’elle a dû travailler dans ces conditions que je dois faire pareil.
Leonid soupira comme si elle venait de lui annoncer qu’elle refusait de respirer.
— Voilà, c’est exactement ce que je reproche aux femmes d’aujourd’hui. Au moindre inconfort, elles se comportent comme si le monde devait s’arrêter. Tu resteras là-bas, tu travailleras un peu chaque jour et tu rentreras quand le bébé sera sur le point d’arriver.
Maya le fixa.
— Et toi, tu feras quoi pendant ce temps ?
— Je travaillerai, évidemment. Il faut bien que quelqu’un gagne de l’argent pour cette famille.
Il prononça cette phrase avec une telle assurance que Maya sentit une étrange froideur lui envahir la poitrine.
Depuis le début de sa grossesse, elle avait continué à travailler à temps partiel comme architecte d’intérieur. Elle avait acheté les meubles de la chambre du bébé, préparé les documents pour la maternité et mis de côté une partie de son salaire pour les dépenses à venir.
Leonid, lui, avait passé des semaines à expliquer que les préparatifs pouvaient attendre.
Mais, apparemment, le désherbage d’un potager ne pouvait pas attendre.
— Tu as déjà réservé le transport ? demanda-t-elle.
— Mon frère viendra te chercher demain à huit heures. J’ai également appelé maman. Elle m’a donné la liste des tâches à faire.
Maya baissa les yeux vers les sacs.
Des gants trop grands. Des bottes épaisses. Des vêtements usés. Pas un seul vêtement de maternité. Pas un seul coussin adapté à son dos. Pas même une bouteille d’eau.
Elle releva lentement la tête.
— Tu as donc organisé mon départ, choisi mes vêtements, établi mon programme de travail et prévenu toute ta famille. Et tu ne t’es pas dit une seule fois que tu devais peut-être me demander mon avis ?
Leonid eut un sourire impatient.
— Pourquoi faire toute une histoire ? Tu es ma femme. Nous devons nous entraider.
Maya ne répondit pas.
Elle prit son téléphone, ramassa son sac à main et se dirigea vers la chambre.
— Où vas-tu ? demanda-t-il.
— Préparer mes affaires.
Il sourit, persuadé d’avoir gagné.
Il ne remarqua pas qu’elle venait de prendre une décision.
Et cette décision n’avait rien à voir avec le potager.
Le lendemain matin, à huit heures précises
Le frère de Leonid arriva devant l’immeuble avec son vieux break gris.
Il sonna deux fois.
Personne ne répondit.
Il appela Leonid.
— Ta femme n’est pas prête ? Je suis en bas.
— Comment ça, elle n’est pas prête ? Elle a ses sacs dans l’entrée. Monte donc l’aider !
Quelques minutes plus tard, les deux hommes se retrouvèrent devant la porte de l’appartement.
Elle était fermée à clé.
Leonid, qui venait de sortir de la douche, descendit en trombe l’escalier après avoir compris que Maya n’était plus à l’intérieur.
Il la trouva dans la cour, assise sur un banc à l’ombre, une petite valise à ses pieds. Elle portait une robe légère et des chaussures confortables. Dans une main, elle tenait une bouteille d’eau. Dans l’autre, son téléphone.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? lança-t-il.
— J’attends une voiture.
— La voiture de mon frère est juste là !
— Pas celle-là.
Il regarda la valise, puis son visage.
— Maya, ne commence pas. On a déjà discuté de tout ça.
— Non, Leonid. Tu m’as annoncé ce que tu avais décidé. Ce n’est pas la même chose que discuter.
Il s’approcha, baissant la voix pour ne pas attirer l’attention des voisins.
— Tu vas vraiment me faire passer pour un monstre devant mon frère ?
Maya eut un rire bref, sans joie.