Le retour de Leonid

Le quatrième jour, Leonid se présenta chez Irina avec un bouquet de pivoines et un sac de pâtisseries.

Il avait l’air fatigué.

Maya accepta de le recevoir dans le salon, à condition qu’Irina reste dans la pièce voisine.

Il posa les fleurs sur la table.

— Je suis venu m’excuser.

Maya attendit.

— J’ai parlé avec ma mère. Elle m’a expliqué qu’elle avait travaillé jusqu’au dernier mois de sa grossesse et que je devais m’inspirer de son exemple. Je pensais qu’elle avait raison.

— Et tu n’as pas pensé à demander à un médecin ce qui était approprié pour moi ?

Leonid baissa les yeux.

— Non.

— Tu ne m’as pas demandé si je voulais aller à la campagne.

— Non.

— Tu ne m’as pas demandé si j’étais capable de travailler plusieurs heures par jour dans le jardin.

— Non.

Elle le regarda sans colère.

— Tu vois le problème ?

Il hocha lentement la tête.

— Oui. J’ai décidé à ta place.

— Et tu as présenté cette décision comme une obligation parce que tu es mon mari.

Il passa une main sur son visage.

— Je croyais que je faisais ce qu’il fallait pour la famille. Je voulais que le potager soit prêt avant l’arrivée du bébé. Je pensais que si tu restais à la campagne, tu pourrais te reposer le soir.

— En désherbant toute la journée ?

Il eut un sourire honteux.

— Dit comme ça, c’est stupide.

— Ce n’est pas seulement stupide, Leonid. C’est dangereux de supposer que tu connais mieux que moi mes limites, surtout maintenant.

Son expression changea.

— Tu crois que j’aurais pu te faire du mal ?

Maya prit quelques secondes avant de répondre.

— Je crois que tu étais tellement concentré sur ce que tu voulais obtenir que tu n’as pas pris le temps de réfléchir à ce que je risquais. C’est différent. Mais le résultat aurait pu être le même.

Il resta silencieux.

Puis il dit :

— Je ne veux pas que tu aies peur de moi.

— Alors ne me mets plus jamais dans une situation où je dois choisir entre t’obéir et protéger ma santé.

Il acquiesça.

— Je comprends.

Maya ne lui promit pas qu’elle rentrerait le lendemain. Elle ne lui dit pas non plus que tout était pardonné.

Elle lui demanda simplement ce qu’il comptait faire.

Leonid répondit qu’il retournerait à la maison de campagne, qu’il s’occuperait lui-même des travaux et qu’il demanderait de l’aide à un jardinier pour les tâches trop lourdes.

— Et pour la suite ? demanda-t-elle.

Il hésita.

— Je dois apprendre à ne plus décider de tout tout seul.

— Oui. Et ce n’est pas quelque chose que tu peux régler avec un bouquet de fleurs.

— Je sais.

Il se leva, embrassa Maya sur le front seulement après lui avoir demandé si elle était d’accord, puis repartit sans insister pour qu’elle rentre avec lui.

Ce petit geste ne suffisait pas à réparer des mois de comportement autoritaire.

Mais il montrait qu’il avait enfin commencé à écouter.

Le potager, sans Maya

Le week-end suivant, Leonid retourna seul à la maison de campagne.

Il découvrit que le potager était effectivement envahi de mauvaises herbes, que les allées demandaient un bon nettoyage et que les framboisiers ne se tailleraient pas tout seuls.

Pendant deux jours, il travailla jusqu’à avoir mal au dos et aux mains.

Le dimanche soir, il appela Maya.

— Je crois que j’ai sous-estimé le travail, admit-il.

— Tu crois ?

— D’accord, je l’ai énormément sous-estimé.

Maya sourit malgré elle.

— Et qu’as-tu appris ?

— Que les mauvaises herbes poussent plus vite que mes bonnes idées.

Elle éclata de rire pour la première fois depuis leur dispute.

Puis Leonid redevint sérieux.

— J’ai aussi compris que je te demandais de faire en quelques semaines un travail que je n’avais pas envie de faire moi-même. Et je le faisais en utilisant le fait que tu étais ma femme pour te convaincre que tu devais accepter.

Maya sentit sa gorge se serrer.

Ce n’était pas une excuse parfaite. C’était néanmoins la première fois qu’il reconnaissait la véritable nature de son comportement, sans accuser sa mère, le jardin ou les circonstances.

— Merci de me le dire, répondit-elle.

— Est-ce que tu accepterais de rentrer à la maison ?

Maya regarda Irina, qui lui adressa un sourire encourageant sans intervenir.

— Pas tout de suite. J’ai besoin que nous parlions encore. Et j’aimerais que nous rencontrions un conseiller conjugal avant la naissance du bébé.

— D’accord.

— Et je veux que tu comprennes une chose : si je reviens, ce sera parce que je le souhaite. Pas parce que tu m’auras préparé des sacs et fixé une date de départ.