— Un prêt ? répéta Nadia.

Elle ne haussa pas la voix. Elle posa simplement sa tasse sur la table, puis regarda son mari avec une attention nouvelle, comme si elle venait de découvrir chez lui un défaut qu’elle avait trop longtemps refusé de voir.

— Guéna, avec quel argent comptes-tu rembourser ce prêt ?

Guennadi remua sur son fauteuil.

— On travaille tous les deux. On trouvera bien une solution.

— Tous les deux ? Nadia inclina légèrement la tête. Depuis six mois, je paie seule les charges de cet appartement, les courses et la plupart des dépenses courantes. Ton salaire sert à quoi, exactement ?

Tamara Nikolaïevna leva les yeux au ciel.

— Voilà ! C’est toujours la même chose avec toi ! Tu comptes chaque rouble, tu fais des tableaux, tu nous rappelles tout ce que tu paies. Dans une famille normale, on partage !

— Je suis tout à fait d’accord, répondit Nadia. On partage les dépenses, les responsabilités et les décisions. Mais on ne partage pas seulement les avantages en laissant toujours la même personne payer.

La belle-mère rougit.

— Tu insinues que nous profitons de toi ?

— Je ne l’insinue pas. Je pose une question très simple : pourquoi devrais-je vendre un appartement qui m’appartient pour acheter un logement plus cher, alors que vous n’avez pas les économies nécessaires et que mon mari ne sait même pas comment il remboursera le crédit ?

Guennadi se leva enfin.

— Arrête de parler comme si j’étais un incapable !

— Alors, cesse de me demander de financer des projets que tu n’as pas préparés.

Cette phrase le fit taire.

Tamara, elle, n’était pas prête à abandonner.

— Tu as épousé mon fils ! Tu savais qu’il avait une mère. Tu ne peux pas vivre confortablement pendant que je reste dans un logement qui tombe en ruine !

Nadia la fixa quelques secondes.

— Je n’ai jamais interdit à Guennadi de vous aider. Je n’ai jamais exigé qu’il coupe les liens avec vous. Mais aider sa mère ne signifie pas que sa femme doit lui céder son héritage.

Elle désigna les murs fraîchement repeints, les étagères qu’elle avait installées elle-même et le vieux buffet de sa grand-mère, restauré pendant de longues soirées.

— Cet appartement n’est pas un taudis. Il a été entretenu, rénové et payé sans l’aide de personne. Vous n’aimez peut-être pas sa taille, mais cela ne vous donne aucun droit sur lui.

— Tu te crois supérieure parce que tu as hérité de quatre murs ! cracha Tamara.

Nadia sentit la colère monter, mais elle la laissa passer sans répondre à l’insulte.

— Non. Je crois simplement que ce qui m’appartient doit rester sous ma responsabilité.

Elle se dirigea vers le petit bureau, ouvrit un tiroir et en sortit une chemise contenant les documents de propriété.

— L’appartement est à mon nom. Je ne le vendrai pas. Et je ne signerai aucun emprunt pour financer un logement que nous ne pouvons pas nous permettre.

Guennadi regarda les papiers comme s’ils venaient de le trahir.

— Tu es en train de détruire notre famille pour un appartement !

— Non, Guéna. Je refuse de mettre notre avenir en danger pour satisfaire une exigence qui n’est même pas la mienne.

Tamara attrapa son sac.

— Très bien ! Puisque nous sommes de trop, nous allons partir. Et quand ton mari en aura assez de vivre avec une femme aussi égoïste, ne viens pas pleurer !

Elle se dirigea vers la porte, persuadée que Nadia allait la retenir, s’excuser et promettre de réfléchir.

Mais Nadia ne bougea pas.

Guennadi, en revanche, se précipita derrière sa mère.

— Maman, attends ! Ne pars pas comme ça !

La porte claqua quelques secondes plus tard.

Nadia resta seule dans le salon. Elle regarda le fauteuil vide, puis la télévision éteinte. Pour la première fois depuis longtemps, elle n’eut pas envie de courir après son mari pour réparer une dispute qu’elle n’avait pas provoquée.

Elle alla dans la cuisine, prépara du thé et s’assit près de la fenêtre.

Dehors, la ville poursuivait son agitation ordinaire. Dans l’appartement, le silence lui parut presque agréable.

Elle ne savait pas encore ce que cette conversation changerait dans son mariage. Mais elle savait une chose : elle ne vendrait pas sa tranquillité pour acheter la paix de quelqu’un d’autre.

Le prix du silence

Guennadi rentra tard dans la soirée.

Il posa ses clés sur le meuble de l’entrée et passa devant Nadia sans la regarder. Elle avait préparé un dîner simple, mais il ne s’assit pas.

— Maman est bouleversée, annonça-t-il.

— Je m’en doute.

— Elle dit que tu l’as humiliée.