Cette phrase aurait autrefois déclenché chez elle des heures d’angoisse. Elle aurait cherché à savoir si elle avait été trop dure, si elle devait appeler son mari, si elle risquait de perdre son mariage.
Cette fois, elle retourna simplement à son bureau.
Elle avait des factures à régler et un rapport professionnel à terminer.
Sa vie ne pouvait pas rester suspendue à chaque colère de sa belle-mère.
Les comptes que Guennadi ne voulait pas regarder
Une semaine plus tard, Nadia remarqua que Guennadi recevait plusieurs appels de sa mère pendant le dîner. Il rejetait les appels, puis consultait nerveusement son téléphone.
Lorsqu’elle lui demanda ce qui se passait, il répondit que tout allait bien.
Elle ne le crut pas, mais ne le pressa pas.
Le lendemain, il rentra avec une enveloppe contenant des documents bancaires.
— Il faut qu’on parle, dit-il.
Nadia posa son livre.
Guennadi s’assit en face d’elle. Il avait l’air épuisé.
— Maman a des dettes. Plus que je ne le pensais.
Il lui expliqua qu’il avait régulièrement envoyé de l’argent à sa mère depuis plusieurs années. Au départ, il s’agissait de petites sommes pour les médicaments, les charges et les réparations. Puis les demandes étaient devenues plus fréquentes. Elle avait emprunté à des connaissances, utilisé une carte de crédit et contracté plusieurs prêts à la consommation.
— Je pensais qu’elle remboursait au fur et à mesure, avoua-t-il. Mais elle a accumulé des retards. Maintenant, elle veut que je l’aide à tout régler.
Nadia inspira lentement.
— Combien ?
Il lui donna un montant. Ce n’était pas une somme qu’ils pouvaient couvrir sans bouleverser leur budget.
— Et tu comptais prendre un crédit immobilier en plus de tout cela ?
Guennadi passa une main sur son visage.
— Maman disait que si nous vendions ton appartement, nous pourrions acheter le trois-pièces et qu’elle pourrait nous aider à payer les mensualités.
— Avec quel argent ?
Il ne répondit pas.
— Guéna, tu savais que ses finances étaient fragiles. Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ?
— Parce que j’avais honte. Et parce que je savais que tu dirais non.
Cette réponse lui fit plus mal que les précédentes.
— Tu as raison, dit-elle. J’aurais refusé de vendre l’appartement pour payer des dettes dont je ne connaissais même pas l’existence. Mais j’aurais accepté de chercher avec toi une solution raisonnable pour aider ta mère.
Il releva les yeux.
— Tu aurais vraiment accepté ?
— Aider quelqu’un, ce n’est pas lui donner tout ce qu’il demande. C’est regarder ce qu’on peut faire sans détruire sa propre stabilité.
Nadia prit une feuille et un stylo.
Ils passèrent la soirée à examiner leurs revenus, leurs dépenses et les dettes connues. Ils établirent une liste des obligations de Guennadi, des dépenses du ménage et de l’argent qu’il pouvait raisonnablement consacrer à sa mère.
Le résultat était clair : ils ne pouvaient pas financer un nouveau logement et absorber les dettes de Tamara. Il faudrait d’abord arrêter les emprunts, vérifier les montants réclamés et organiser un remboursement réaliste avec l’aide d’un conseiller financier.
Pour la première fois, Guennadi regarda ses comptes sans se raconter que tout finirait par s’arranger.
— J’aurais dû te le dire plus tôt, murmura-t-il.
— Oui.
Nadia ne chercha pas à adoucir la vérité.
— Et tu dois comprendre que si nous voulons continuer à vivre ensemble, je ne peux plus être la dernière informée des décisions qui risquent de nous mettre en difficulté.
Il acquiesça.
Ce n’était pas encore une réparation. C’était seulement le premier moment où il reconnaissait sa responsabilité sans rejeter la faute sur quelqu’un d’autre.
La décision de Nadia
Les semaines suivantes furent difficiles.
Tamara appela plusieurs fois pour demander de l’argent. Lorsque Guennadi lui expliqua qu’il ne pourrait plus répondre à toutes ses demandes, elle l’accusa de l’abandonner pour sa femme.
Il eut du mal à tenir bon. Certains soirs, il envisageait de lui envoyer encore une somme, en espérant qu’elle se calmerait. Mais Nadia lui rappela leur accord : aucune aide financière importante sans discussion préalable, et aucune nouvelle dette contractée pour apaiser une dispute.
Ils décidèrent de contribuer à certaines dépenses essentielles de Tamara, dans la limite d’un budget défini. Ils l’aidèrent également à contacter ses créanciers pour examiner les possibilités de remboursement. En revanche, ils refusèrent de prendre ses dettes à leur nom ou de lui promettre un appartement plus grand.
Tamara ne les remercia pas immédiatement. Elle se plaignit auprès de connaissances, racontant que son fils était devenu froid et que sa belle-fille contrôlait désormais chaque rouble.
Nadia laissa courir.
Elle ne pouvait pas empêcher les autres de parler. Elle pouvait seulement décider de ne plus se justifier sans fin.
Un dimanche, Guennadi s’assit près d’elle, dans le salon.