— Elena, tu comptes rester plantée là encore longtemps ? Valera a faim ! Et le garçon aussi ! Tu pourrais au moins préparer une omelette. Avec du jambon, si tu en as. Valera ne mange pas ces petites portions ridicules.
Antonina se tenait au milieu de la cuisine, vêtue de mon peignoir en satin.
Mon peignoir.
Celui que j’avais acheté avec ma première prime annuelle et que je gardais précieusement pour mes soirées de repos.
Elle avait également sorti mes tasses préférées, déplacé mes épices et laissé un pot de mayonnaise ouvert à côté de l’évier.
Je portai tranquillement ma tasse à mes lèvres.
— Bonjour, Antonina.
Elle cligna des yeux.
— Comment ça, bonjour ? Je viens de te demander de préparer le petit déjeuner !
— J’ai entendu.
— Alors, qu’est-ce que tu attends ?
Je reposai ma tasse sur la table.
— Que tu comprennes que je ne suis pas ton employée.
Son visage se décomposa, puis se durcit.
— Pardon ?!
Valera apparut dans l’encadrement de la porte, en se grattant le ventre sous son tee-shirt froissé.
— Qu’est-ce qui se passe ? Où est l’omelette ?
Antonina pointa un doigt vers moi.
— Ta cousine par alliance est devenue complètement insolente ! Je lui demande simplement de préparer quelque chose à manger, et elle me répond comme si j’étais une mendiante !
Je regardai les deux sacs de courses qu’ils avaient apportés la veille. Ils étaient encore posés près du réfrigérateur, à moitié pleins de bouteilles, de charcuterie et de paquets de biscuits.
— Vous avez apporté suffisamment de nourriture pour plusieurs jours, dis-je. Vous pouvez vous servir.
Valera éclata de rire.
— Ah, c’est donc ça ! Madame ne veut pas cuisiner ! Tu sais, Elena, dans une famille normale, on ne compte pas chaque œuf.
Je souris.
— Parfait. Puisque vous êtes une famille normale, vous n’aurez aucun mal à préparer votre propre petit déjeuner.
Je pris mon café et sortis de la cuisine.
Derrière moi, j’entendis Antonina pousser un cri indigné.
— Victor ! Viens immédiatement ! Ta femme est en train de nous chasser !
Je m’arrêtai dans le couloir.
Voilà. Nous y étions.
La scène que j’avais évitée pendant des années venait enfin de commencer.
Et, cette fois, je n’avais aucune intention de l’arrêter.
Le mari qui ne voulait pas de problèmes
Victor était dans le salon, occupé à regarder son téléphone. Lorsqu’il entendit sa cousine l’appeler, il ferma les yeux une seconde, comme un homme qui espère qu’un problème disparaîtra si on lui laisse suffisamment de temps.
— Victor, tu m’entends ? cria Antonina. Viens voir comment ta femme nous traite !
Il se leva et me rejoignit dans le couloir.
— Elena, qu’est-ce que tu fais ? murmura-t-il. Tu pourrais simplement leur préparer quelque chose. Cela prendrait dix minutes.
Je le regardai.
— Et ensuite ?
— Comment ça, ensuite ?
— Ensuite, je préparerai le déjeuner. Puis le dîner. Je laverai la vaisselle, je nettoierai derrière eux et je trouverai des serviettes propres. Demain, je ferai les courses parce qu’ils auront terminé tout ce que nous avons acheté. Dimanche soir, je passerai deux heures à remettre l’appartement en ordre. Et lundi, j’irai travailler comme si je n’avais pas passé mon week-end à servir quatre personnes.
Victor soupira.
— Tu exagères toujours.
Cette phrase me fit presque rire.
— Tu savais qu’ils venaient ?
Il détourna les yeux.
— Oui.
— Depuis quand ?
— Depuis mercredi.
Je restai silencieuse.
Mercredi.
Cela signifiait qu’il m’avait vue faire les courses jeudi soir. Il m’avait regardée rentrer avec deux grands sacs, nettoyer la salle de bains et changer les draps, parce que je voulais profiter d’un week-end tranquille avec lui.
Et il n’avait rien dit.
— Pourquoi ne m’as-tu pas prévenue ?
— Antonina m’a appelé. Elle voulait nous faire une surprise. Je pensais que tu serais contente de les voir.
— Tu pensais vraiment que je serais contente de recevoir trois personnes sans prévenir, après une semaine de travail, alors que je n’avais rien préparé pour elles ?
— C’est ma famille, Elena !
— Et moi, je suis ta femme.
Il resta muet.
Je poursuivis, d’une voix calme :
— Tu aurais pu me dire la vérité mercredi. Nous aurions discuté ensemble de la possibilité de les recevoir, de la durée de leur séjour et de ce que chacun devait faire. Mais tu as préféré me laisser découvrir tout cela devant la porte, parce que tu savais que tu n’aurais pas réussi à me convaincre.
Victor passa une main sur son visage.
— Je ne voulais pas de dispute.
— Alors tu as décidé que je devais subir la situation à ta place.
Il ne trouva rien à répondre.