Marc Delcourt ne réfléchit pas. Il attrapa la radio fixée à sa ceinture.

— Verrouillage immédiat du secteur médical. Personne ne sort, personne n’entre sans identification. Élodie, restez avec Claire. Sophie, éloignez-vous de cette seringue.

Une alarme retentit au bout du couloir. Les éclairages de secours s’allumèrent, projetant une lumière rouge sur les portes métalliques.

La voix venait de disparaître.

Marc avança jusqu’à l’angle du corridor, accompagné de deux surveillantes. Au sol, près d’une porte technique entrouverte, gisait un badge d’accès. Il le ramassa sans le toucher directement.

Le nom inscrit dessus lui glaça le sang.

Laurent Dumas.

— Il est où ? demanda-t-il.

Personne ne répondit.

Les équipes fouillèrent les locaux techniques, les vestiaires et les accès de service. Dumas demeurait introuvable.

Lorsqu’ils revinrent au secteur médical, Claire était assise sur son lit, les bras serrés contre son ventre. Élodie se tenait devant elle comme un bouclier.

— Ils vont revenir, murmura Claire.

Marc s’accroupit à distance raisonnable.

— Cette fois, nous avons des preuves que quelqu’un a tenté de vous faire administrer un produit non prescrit. La seringue sera analysée. Les images seront préservées. Je ne vous demanderai pas de nous croire sur parole. Je vais vous montrer ce que nous découvrons.

Claire leva vers lui des yeux rougis.

— Vous auriez dû le découvrir il y a huit mois.

Il ne chercha pas d’excuse.

— Oui.

Ce simple mot sembla la surprendre davantage qu’une promesse.

— Huit mois, répéta-t-elle. Huit mois à vous dire que je n’avais pas tué François. Huit mois pendant lesquels quelqu’un pouvait entrer dans ma cellule. Et maintenant, vous voulez que je vous fasse confiance ?

— Non. Je veux que vous restiez en vie assez longtemps pour que nous établissions la vérité.

Claire détourna la tête.

— Alors retrouvez ma fille.

Marc se releva.

— C’est la prochaine chose que nous allons faire.

Il ignorait encore que, dans un appartement à près de trente kilomètres de là, Emma Vasseur venait de recevoir un message qui allait tout changer.

« Ta mère a parlé. Ne réponds à personne. Si un homme vient te chercher, demande-lui le mot que papa utilisait quand tu étais petite. »

Emma relut le message trois fois.

Elle avait onze ans. Elle savait que sa mère était en prison, qu’on l’accusait d’avoir tué un homme riche et puissant, et que son oncle Nicolas lui répétait depuis des mois qu’il fallait cesser de poser des questions.

Mais elle savait aussi une chose : son père, Julien, lui avait appris à ne jamais monter dans une voiture avec quelqu’un qu’elle ne connaissait pas.

Il était mort quatre ans plus tôt.

Le message provenait d’un numéro inconnu.

Elle se leva, prit le téléphone fixe de sa grand-mère et composa le seul numéro que sa mère lui avait fait mémoriser avant son arrestation.

Celui de Sophie Morel, la médecin qui avait autrefois travaillé dans la clinique où Claire était infirmière.

Sophie ne répondit pas. Emma laissa un message, puis retourna dans sa chambre et verrouilla la porte.

Dix minutes plus tard, on sonna.

— Emma ? C’est Nicolas. Ouvre-moi.

Elle s’approcha de la porte sans toucher à la poignée.

— Quel était le mot de papa ?

Un silence.

— Quoi ?

— Le mot qu’il disait quand j’étais petite.

— Emma, ouvre. On n’a pas le temps.

— Quel mot ?

La voix de Nicolas changea.

— Ne rends pas les choses plus compliquées.

Emma recula.

Puis elle entendit sa grand-mère crier dans le salon.

La porte de sa chambre trembla sous un premier coup.

Elle se réfugia dans la salle de bains et se glissa derrière la porte. Quelques secondes plus tard, son téléphone vibra.

Un nouveau message.

« Le mot était luciole. Si tu lis ceci, ne fais confiance ni à Nicolas ni à Antoine. Appelle la police. »

Cette fois, Emma n’hésita pas.

Elle composa le numéro d’urgence.

À 03 h 28, Marc reçut un appel d’un officier de police judiciaire.

— Monsieur Delcourt, nous avons une situation concernant la fille de Claire Vasseur. Une tentative d’enlèvement vient de nous être signalée. L’enfant est en sécurité, mais son oncle Nicolas a été interpellé à proximité du domicile de sa grand-mère.

Marc ferma les yeux un instant.

— Est-ce qu’elle va bien ?

— Elle est choquée, mais elle n’est pas blessée. Elle a demandé à parler à sa mère.

Marc regarda Claire à travers la vitre de la salle médicale.

— Je vais organiser un appel sécurisé.

— Pas tout de suite, répondit l’officier. Nous devons d’abord vérifier que les communications ne sont pas compromises. Votre établissement semble être directement concerné par notre enquête.

Marc raccrocha.

Il venait de comprendre pourquoi Claire avait eu si peur de parler.

On ne la menaçait pas seulement pour la maintenir silencieuse.