On utilisait sa fille pour contrôler chacune de ses décisions.

À 04 h 10, une équipe spécialisée arriva pour sécuriser les enregistrements et recueillir les premières déclarations. La seringue fut placée sous scellés. Les accès informatiques furent gelés et les agents concernés séparés de leurs fonctions le temps des vérifications.

Marc fit convoquer Laurent Dumas par radio. Aucune réponse.

Puis un technicien signala qu’une porte de service avait été ouverte avec un badge désactivé depuis plusieurs mois.

Le badge appartenait à un ancien agent, parti à la retraite.

Quelqu’un avait donc préparé l’accès à l’avance.

Et Laurent Dumas n’était peut-être qu’un exécutant.

À 05 h 02, les enquêteurs retrouvèrent le surveillant dans un local de maintenance situé derrière l’ancienne buanderie. Il n’opposa pas de résistance. Il avait retiré son uniforme et tenté de dissimuler son téléphone dans une gaine technique.

Lorsqu’on lui demanda pourquoi il était entré dans le secteur de Claire à plusieurs reprises, il répondit qu’il avait reçu des instructions.

— De qui ? demanda l’officier.

Dumas garda le silence.

On lui montra les images de surveillance.

Il finit par murmurer :

— Antoine Lemaire.

— Et la grossesse de madame Vasseur ?

Le surveillant se mit à trembler.

— Je n’ai jamais été censé m’occuper de ça.

— Vous saviez qu’elle était enceinte ?

— Je l’ai appris il y a quelques jours.

— Qui a fourni les médicaments ?

Dumas baissa la tête.

— Je ne sais pas exactement ce qu’ils contenaient. On me donnait des emballages et des consignes. Je devais seulement les remettre à un autre agent.

— Quel agent ?

Il ne répondit pas.

L’enquêteur posa alors sur la table une photographie agrandie de l’homme à la chevalière.

Dumas détourna immédiatement les yeux.

C’était suffisant pour justifier de nouvelles investigations, pas pour établir à lui seul toute la chaîne des responsabilités.

Mais l’homme qui avait organisé les visites clandestines avait désormais un nom, un visage et des liens documentés avec les deux frères Vasseur.

À 07 h 40, Claire fut autorisée à parler à Emma par une liaison sécurisée, en présence d’une psychologue et d’une enquêtrice.

Lorsque le visage de sa fille apparut sur l’écran, Claire porta les deux mains à sa bouche.

— Maman ?

Emma pleurait.

— Maman, ils ont essayé de m’emmener.

Claire se leva si brusquement que sa chaise bascula.

— Tu es blessée ?

— Non.

— Tu es avec qui ?

— Avec une dame de la police. Mamie est à l’hôpital, elle a fait un malaise, mais ils disent qu’elle va bien.

Claire ferma les yeux, tentant de reprendre son souffle.

— Écoute-moi, ma chérie. Tu n’as rien fait de mal. Tu n’as pas à protéger les adultes, tu comprends ? Tu n’as pas à mentir pour moi ni pour qui que ce soit.

Emma essuya ses joues.

— Pourquoi t’ont-ils fait ça ?

Claire regarda l’enquêtrice, puis revint vers sa fille.

— Je ne sais pas encore. Mais je vais découvrir la vérité.

— Est-ce que tu vas rentrer à la maison ?

La question lui brisa le cœur.

— Je vais faire tout ce qui est possible pour qu’on puisse se revoir dans de bonnes conditions. Je ne peux pas te promettre quand. Mais je te promets que je ne cesserai pas de me battre pour toi.

Emma hocha la tête.

Puis elle demanda :

— Maman, tu as vraiment tué cet homme ?

Claire resta silencieuse une seconde.

— Non, Emma. Je ne l’ai pas tué.

Cette fois, sa fille la crut assez pour ne pas poser une autre question.

L’appel prit fin.

Claire resta immobile devant l’écran noir. Puis elle se tourna vers Marc.

— Maintenant, je vais vous raconter ce qui s’est passé la nuit de la mort de François.

Il tira une chaise.

— Je vous écoute.

Elle prit une longue inspiration.

— François savait que son frère détournait de l’argent du groupe médical. Il m’avait demandé de vérifier certains dossiers, parce que j’étais la seule personne en dehors de la direction financière à connaître à la fois les protocoles de soins et les mouvements de matériel médical.

— Pourquoi vous ?

— Parce que des produits disparaissaient des stocks. Les quantités enregistrées ne correspondaient pas à celles utilisées. Au début, j’ai cru à des erreurs. Puis j’ai découvert que certains médicaments étaient facturés à des établissements qui ne les avaient jamais reçus.

Elle s’arrêta.

— François devait remettre les documents à un auditeur indépendant. Il m’avait donné rendez-vous le soir de sa mort.

— Et l’ampoule retrouvée avec vos empreintes ?

— Je l’avais manipulée plus tôt dans la journée, dans le cadre de mon travail. Elle faisait partie d’un lot mis à l’écart après une anomalie de livraison. Je n’ai pas injecté son contenu à François.