Le cabinet de Julia Bennett se trouvait au vingt-deuxième étage d’un immeuble du centre-ville. Lorsque je suis entrée, elle a immédiatement posé son stylo.
— Mon Dieu, Elena… Tu devrais être chez toi, au chaud, en train de te reposer.
— Je sais.
Elle m’a observée quelques secondes. Mes vêtements flottaient sur mon corps amaigri. Mes mains tremblaient encore lorsque je portais un objet trop lourd. Mais ce n’était pas la faiblesse physique qui m’avait conduite jusqu’à elle.
J’ai posé ma tablette sur son bureau.
— Je veux que tu prépares les documents nécessaires à une séparation. Et je veux savoir comment protéger mes droits avant que Marcus apprenne que je suis sortie de l’hôpital.
Julia n’a posé aucune question inutile. Elle a ouvert les fichiers, lu les dates, comparé les captures d’écran et examiné le règlement du programme médical.
Au bout de vingt minutes, elle a relevé les yeux.
— Tu es certaine de vouloir engager cette procédure maintenant ?
J’ai pensé à la chambre d’hôpital, aux nuits où je me réveillais en suffoquant, persuadée que mon corps ne tiendrait pas jusqu’au matin. J’avais subi deux interventions chirurgicales. Une infection grave avait entraîné des complications que les médecins avaient mis des jours à stabiliser.
Pendant tout ce temps, je n’avais demandé qu’une chose à l’infirmière de nuit : vérifier si mon mari avait appelé.
La réponse avait toujours été la même.
Non.
— Je suis certaine de ne plus vouloir inventer des excuses pour lui, ai-je répondu.
Julia a hoché la tête.
— Alors, nous allons procéder méthodiquement. Nous allons examiner vos biens communs, les comptes, les assurances et les documents relatifs à votre mariage. Et nous conserverons les preuves que tu as recueillies légalement. Je ne veux pas que tu prennes une décision financière irréversible sous le coup de la douleur.
J’ai acquiescé.
Je n’étais pas venue chercher une vengeance spectaculaire. Je voulais simplement reprendre le contrôle de ma vie.
Avant de partir, j’ai signé une autorisation permettant à Julia de commencer les démarches nécessaires.
Puis j’ai éteint mon téléphone.
Pour la première fois depuis un mois, je n’ai plus attendu que Marcus m’appelle.
Le lendemain matin, à 8 h 15, il a finalement téléphoné.
J’étais assise dans la cuisine de ma sœur, une tasse de thé devant moi.
— Elena ? Tu es sortie ?
Sa voix était étonnée, presque contrariée.
— Hier.
— Pourquoi personne ne m’a prévenu ?
J’ai regardé la fenêtre.
— L’hôpital avait mes coordonnées. Tu travailles dans le même établissement.
Un silence.
— Écoute, j’ai eu une période extrêmement chargée. Le programme était compliqué et les responsabilités importantes. Tu sais comment ça fonctionne.
— Oui, Marcus. Je sais comment fonctionne un protocole médical. J’ai lu le règlement.
Il s’est tu.
— Quel règlement ?
— Celui qui autorisait les membres de ton programme à demander deux heures de dispense lorsqu’un proche direct était hospitalisé en urgence.
Sa respiration a changé.
— Elena, ce n’est pas aussi simple.
— J’ai vérifié le registre. Tu n’as déposé aucune demande.
— Tu fouilles maintenant dans les dossiers professionnels ?
— J’ai consulté le règlement et les informations auxquelles j’avais légitimement accès. Je n’ai pas consulté de dossiers médicaux confidentiels.
Je voulais qu’il comprenne que je ne confondais pas ma douleur avec un droit de violer la confidentialité de son travail.
— Tu ne comprends pas la pression que je subissais, a-t-il insisté. Si je m’étais absenté, j’aurais pu compromettre ma position dans le programme.
— Pourtant, tu as assisté au banquet.
— C’était une obligation professionnelle.
— Et la remise de ton prix ?
Il n’a pas répondu.
Je me suis souvenue de la photographie diffusée par l’hôpital. Marcus se tenait sur scène, un trophée à la main, entouré de collègues. Il souriait comme un homme qui avait tout réussi.
Je l’avais regardée depuis mon lit, une perfusion dans le bras.
— Tu aurais pu m’envoyer un message, ai-je murmuré. Dix mots auraient suffi.
— J’étais épuisé.
— Moi aussi.
Cette fois, il n’a rien trouvé à répondre.
Puis il a tenté une autre approche.
— Je passe te voir ce soir. Nous allons discuter tranquillement à la maison.
— Je ne suis pas à la maison.
— Où es-tu ?
— Chez ma sœur.
— Elena, ne commence pas avec tes drames. Tu viens de sortir de l’hôpital. Tu as besoin de repos, pas de prendre des décisions absurdes.
J’ai fermé les yeux.
Voilà. Même maintenant, il continuait à décider de ce dont j’avais besoin.
— Marcus, je ne souhaite pas te voir pour le moment. Mon avocate te contactera.
— Ton avocate ?
Sa voix s’est élevée.
— Tu plaisantes ?
— Non.
J’ai raccroché.
Quelques minutes plus tard, mon téléphone s’est rempli de messages. D’abord des excuses, ensuite des reproches, enfin des appels répétés.