Je n’ai répondu à aucun.

À midi, Julia m’a envoyé un message : elle avait préparé une première liste des documents financiers nécessaires et me demandait de ne rien déplacer ni dissimuler.

Je lui ai transmis les relevés de mes comptes personnels, les documents de notre appartement et les informations relatives à notre assurance.

Puis j’ai dormi presque trois heures.

C’était la première fois depuis mon hospitalisation que je m’endormais sans me demander si Marcus finirait par venir.

Les jours suivants, j’ai commencé à récupérer lentement. Je marchais quelques minutes dans le jardin de ma sœur, je suivais les recommandations de mes médecins et je mangeais de petites portions, même lorsque je n’avais pas faim.

Mais Marcus ne renonçait pas.

Le quatrième jour, il s’est présenté devant la maison de ma sœur.

J’ai reconnu sa voiture à travers la fenêtre.

Il portait encore sa blouse sous son manteau, comme s’il sortait directement du bloc opératoire. Il avait l’air fatigué, mais son regard restait déterminé.

Ma sœur m’a demandé si je voulais qu’elle le fasse partir.

— Non. Je vais lui parler quelques minutes.

Je suis descendue au rez-de-chaussée et j’ai ouvert la porte sans l’inviter à entrer.

Marcus m’a regardée longuement.

— Tu as mauvaise mine.

J’ai failli rire.

Un mois à l’hôpital, six kilos perdus, deux interventions chirurgicales… et c’était la première chose qu’il trouvait à me dire.

— Je me remets doucement.

Il a baissé la voix.

— Elena, je sais que j’ai mal géré les choses.

— Mal géré ?

— J’aurais dû venir.

J’ai attendu la suite.

— Mais tu dois comprendre que cette opportunité représentait quinze ans de travail. Ce programme pouvait changer ma carrière. J’avais des médecins internationaux à superviser, des réunions, des responsabilités. Je ne pouvais pas tout abandonner.

— Je ne t’ai jamais demandé d’abandonner ton travail.

— Alors qu’est-ce que tu voulais ?

Je l’ai regardé droit dans les yeux.

— Que tu te souviennes que j’étais ta femme.

Il a détourné le regard.

— Je t’aime, Elena.

Ces mots m’ont fait plus mal que je ne l’aurais cru.

Parce que j’avais attendu de les entendre pendant trente jours.

Mais maintenant qu’ils arrivaient, ils ne suffisaient plus.

— Marcus, quand j’étais dans cette chambre, je pensais parfois que je ne rentrerais jamais chez moi. Je ne te demandais pas de me sauver. Je ne te demandais même pas de rester à mon chevet. Je voulais seulement savoir que, quelque part dans cet hôpital, il existait une personne qui se souciait de savoir si je respirais encore.

Ses yeux se sont humidifiés.

— Je suis désolé.

J’ai cru, pendant une seconde, qu’il allait enfin parler sans chercher à se défendre.

Mais il a ajouté :

— Tu dois aussi reconnaître que tu as choisi le pire moment pour me mettre sous pression.

J’ai senti mon cœur se refermer.

Même ses excuses contenaient encore un reproche.

— Tu vois, Marcus ? C’est exactement pour cela que je ne peux plus continuer comme avant.

Je lui ai tendu une enveloppe préparée par Julia.

Il l’a prise, sans comprendre.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une notification officielle concernant notre séparation et les démarches à venir. Tout passera désormais par mon avocate.

Son visage a changé.

— Tu veux vraiment détruire notre mariage pour une absence ?

— Non. Notre mariage ne s’est pas brisé en un mois. Ce mois m’a seulement empêchée de continuer à ignorer ce qui était déjà cassé.

Il a baissé les yeux vers l’enveloppe.

— Et si je change ?

— Alors tu changeras. Mais je ne peux plus rester dans ce mariage simplement pour attendre que tu deviennes un jour l’homme dont j’ai besoin.

Il a voulu me prendre la main.

Je l’ai retirée doucement.

— Je te souhaite sincèrement de réussir dans ta carrière, Marcus. Mais je ne sacrifierai plus ma santé, ma dignité et mon avenir pour protéger l’image que tu as de toi-même.

Puis j’ai refermé la porte.

Je ne me suis pas effondrée.

Je suis remontée dans la chambre, j’ai pris mes médicaments et je me suis installée près de la fenêtre.

Dehors, la pluie avait cessé.

Pour la première fois depuis des semaines, je pouvais regarder le ciel sans espérer voir apparaître quelqu’un.

Les procédures furent longues. Nous avons dû régler les questions financières, examiner nos engagements communs et organiser la séparation dans le respect de nos droits respectifs.

Marcus tenta plusieurs fois de me convaincre de revenir. Il m’envoya des fleurs, des messages et même une longue lettre dans laquelle il reconnaissait avoir privilégié sa carrière.

Je l’ai lue jusqu’au bout.

Je ne lui souhaitais aucun mal. Je savais qu’il était capable de sauver des patients, de prendre des décisions difficiles et de travailler sous une pression considérable.